‹ La Constitution De Bayonne (1808) Essai d'Édition CritiqueChapitre 16 sur 87 · À Joseph, 21 février 1809, Corr. Nap., n · texte numérisé non relu

À Joseph, 21 février 1809, Corr. Nap., n

Quant à Joseph, il essaya sans doute, surtout au début, de témoigner pour l’œuvre de son frère un peu plus de respect. Elle était liée à son avènement, et pouvait servir à le justifier. Mais les circonstances ne permirent mème pas toujours à ce singulier roi de faire concorder avec les articles de Bayonne les décrets qu'il rendait et qui n'avaient d’ailleurs, le plus souvent, qu'une valeur de manifestes. Les circonstances obligèrent de bonne heure Joseph, tantôt à rester en decà du statut, à paraitre respecter l'Espagne du passé, pour ne point donner aux Espagnols de nouveaux motifs de haine ou de mécontentement et pour ne point blesser son entourage; tantôt au contraire à le dépasser, soit pour satisfaire à des nécessités urgentes, soit pour effrayer ou châtier les fauteurs ou adhérents de l'insurrection. Pour répondre aux exigences et aux vues de son frère, il dut souvent ordonner, sanctionner ou accepter des mesures purement arbitraires. A vrai dire, il eut de grands officiers, des ministres, un conseil d'État; il pensa quelquefois à former un sénat ou même à convoquer des Cortès, mais dut toujours reconnaître que les circonstances ne s’y prêtaient pas encore. Il fit quelques manifestations dans le sens de la régénération, mais ne put en réalité rien régénérer'.

1. À défaut d’une étude complète du régime joséphiste en Espagne (que je considère comme difficile à l'heure actuelle pour bien des raisons), il serait tout au moins bien utile d’avoir soit le recueil des décrets de Joseph, soit au moins une étude sérieuse (et objective) de la législation joséphiste (laquelle comprend d’ailleurs, en majorité, des décrets de circonstance, sur lesquels on pourrait passer assez vite), On trouverait les textes des décrets dans la Gaceta de Madrid (qui n’existe pas à la Bibliothèque nationale de France) et dans le «legajo » Estado 3092 de l'Arch. hist. nacional de Madrid (en afliches ou imprimés destinés à la publicité). Joseph a eu une secrétairerie d'État, dirigée par Urquijo : elle aurait dù fonctionner à la façon de celle de Napoléon. Mais dans tout ce que j’ai parcouru (à lArch. hist. nacional) des papiers de cette secrétairerie d État de Jose ph (c’est-à-dire dans ceux qu'on peut atteindre à l’aide du répertoire existant), je n'ai pas vu ce qui serait particulièrement précieux pour une étude de ce genre, &’est-à-dire les procès-verbaux du conseil d'État de Joseph et les rapports ministériels préalables aux décrets.

Dans l’état actuel des choses, il faut se contenter de moyens d'information plus médiocres:le paragraphe ci-dessus repose sur la correspondance

Il n'apparaît point d’ailleurs que la constitution de Bayonne ait fait grande impression en Espagne‘. Donnée par Napoléon, elle ne pouvait qu'être accueillie froidement par ceux des insurgés qui la lurent; la plus grande partie d’entre eux ne la connurent probablement même pas. Le gouvernement de Joseph ne fit guère d'efforts pour la répandre”. Napoléon, qui s’est si gravement trompé dans les affaires d'Espagne, ne se trompait pas du moins quand, en avril 1808, il attachait si peu d'importance à la question des réformes. Les Espagnols se révoltaient contre l «intrusion » française par indignation patriotique, par orgueil national et religieux. Leur soulèvement avait un caractère instinctif, passionné, souvent mystique. Ce n'était pas en faisant un appel sans sincérité à la raison des insurgés qu’on pouvait tenter de les ramener; en leur présentant un avenir de félicité qu'on pouvait leur faire oublier un présent de fourberie et d'agression; en prétendant les « régénérer » qu'on pouvait les subjuguer.

de La Forest, aux Archives des Affaires étrangères, vol. 675 à 691 (publiée pour 1808, 1809 et les six premiers mois de 1810, par M. de Grandmaison; t. [”, I et IT parus) ; sur les Mémoires, d'ailleurs tendancieux, de Miot de Mélito ; et sur les lettres de Joseph, publiées par Du Casse, Mém. roi Jos., t. V à IX.

1. La constitution de 1812 présente peu d’analogies avec celle de Bayonne; elle offre, en somme, plutôt des analogies avec la constitution de 1991, et (pour certains points spéciaux) avec celle de lan II.

2. Du moins à en croire La Forest, rapports à Champagny du 14 février et du 3 avril 1809, Corr. La Forest, t. I, p. 92 et 170. Le second de ces rapports nous apprend que la constitution ne fut publiée dans la Gaceta de Madrid que du 29 mars au 2 avril 1809.

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