À Murat, Bordeaux, 10 avril 1808, Corr. Nap., n
pays', parce qu'il le supposait propre à satisfaire tout le monde en Espagne.
Mais Murat ne demandait qu’à ouvrir aux Espagnols des perspectives séduisantes * : très optimiste en général sur l'issue de l’entreprise, très simpliste, très désireux d’être applaudi et acclamé en Espagne comme en Pologne, il croyait à la popularité de l'Empereur dans le pays, ne voyait pas que cette popularité reposait sur une équivoque”; pour lui, la nation était dans son ensemble bien disposée pour l'Empereur, et seule l'aristocratie avait une attitude suspecte: « IL y a aussi un faubourg Saint-Germain, qui semble aussi très bien s'entendre avec celui de Paris ». Conformément aux instructions de l'Empereur, il fit la leçon « dans les deux sens, c’est-à-dire pour la noblesse et pour les hommes qui dans le nouveau système doivent voir la carrière ouverte à leurs talents, et ce pays-ci n’en manque pas ». Toutefois Murat insista spécialement sur le mot de « régénération » et le mit en valeur dans ses entretiens avec les ministres. Il entreprit spécialement deux personnages qui lui semblaient « hommes d'honneur et remplis de talents » et qui étaient particulièrement influents dans le nouveau ministère, le général O’Farrill, ministre de la guerre, et M. d’Azanza, ministre des
finances *.
O’Farrill et Azanza, que la révolution du 18 mars avait
1. À Murat, Bayonne, 17 avril 1808, Lecestre, n° 262; à Murat, Bayonne, 22 avril 1808, Corr. Nap., n° 13772; à Bessières, même date, n° 19GTD Sal Murat, Bayonne, 25 avril, n° 13780; à Bessières, Bayonne, 2 mai 1808, n° 13802 ; etc.
2. Voir sur ce point : Comte Murat, Murat lieutenant de l'Empereur en Espagne, p. 279-281, et les textes qu’il cite.
3. Ceci est l'impression qui résulte de toutes les lettres de Murat, en mars, avril et même mai 1808. L’équivoque était que, jusque vers la fin d'avril, on s'attendait à voir l'Empereur reconnaître Ferdinand VII, peut-être lui donner sa nièce Charlotte en mariage (comme il en avait eu la pensée).
4. Murat à l'Empereur, Castillejo, 19 mars 1808, Corr. Nap., n° 92/; Madrid, 29 mars, n° 239 : &« Vous êtes adoré de la nation; les nobles vous admirent et vous craignent, mais ils préfèrent les Bourbons. »
5. Murat à l'Empereur, Madrid, 15, 16, 17 avril 1808, Corr. Murat, n°* 260,
portés au pouvoir, avaient des scrupules loyalistes, le premier surtout. Ils déclaraient vouloir rester fidèles à Ferdinand tant que celui-ci n'aurait pas formellement renoncé au trône. Mais ces formalistes n'étaient pas irréductibles. D’Azanza, qui était « dans la force de l’âge », avait «passé utilement pour son instruction beaucoup d'années dans la carrière diplomatique » ; patriote, à en croire La Forest, «très propre à être un homme de parti », il avait « une haute réputation de probité et beaucoup d'influence ». Quant à O’Farrill, qui avait été élevé en France, La Forest le déclarait «l’homme du ministère actuel d'Espagne qui a le plus de tête, le plus d’instruction et qui connait le mieux son affaire ». Plus informé peutêtre sur les choses de France que les autres Espagnols, il mit sans doute son point d'honneur à se laisser persuader qu'un changement de dynastie serait utile à l'Espagne par les réformes qu'il permettrait". En tout cas, ce fut lui qui émit le premier, dès le 16 avril, l’idée, accueillie avec empressement par Murat, que, si Ferdinand VIT se démettait « de son autorité entre les mains de Charles IV, la nation recevrait à cœur ouvert tout ce que V. M. voudrait faire pour elle, et une constitution quelle qu'elle füt »°.
Le soir du même jour, Azanza exprima les mêmes idées qu'O’Farrill, et Murat en fit part aussitôt à l'Empereur : « Les deux ministres O’Farrill et Azanza veulent comme tout bon Espagnol une constitution de V. M.; ils en sentent tous le besoin... Ils m'ont dit : « Que l'Empereur, lorsque nos
1. Nous ne pouvons malheureusement connaitre les idées d’Azanza et d'O’Farrill que par ce qu’en disent dans leurs rapports Murat (n°° 260-262, précités, et à Napoléon, 27 avril, n° 274) et La Forest (Corr. La Forest, 1. 1”, p. 35-38, rapport à Champagny du 22 mai 1808). Dans leur mémoire, publié en 1815 (Memoria sobre los hechos que justifican su conducta politica), les deux ministres réfugiés en France justifient surtout leur attitude de 1808 par des considérations de nature différente (la régularité de la transmission des droits des Bourbons à Joseph}; mais cela ne prouve pas grand’chose; il eûl été très maladroit, à ce moment-là, de légitimer une adhésion à Joseph par un désir de réformes libérales, et ce n’eùt pas été le moyen d’être pardonné par Ferdinand VII.