‹ La Constitution De Bayonne (1808) Essai d'Édition CritiqueChapitre 7 sur 87 · Murat à l'Empereur, 16 avril 1808, Corr. Murat, n · texte numérisé non relu

Murat à l'Empereur, 16 avril 1808, Corr. Murat, n

« deux souverains seront auprès de lui, nous fasse connaître « ses volontés ; qu'il vienne au milieu de nous, et il verra par « l'enthousiasme que partout on fera éclater sur son passage « que nous mérilons sa protection et ses bienfaits... Nous « voulons que l'Espagne le chérisse comme son sauveur, « comme son libérateur' ». Dès le 14 avril, Murat avait d’ailleurs fait part à l'Empereur « d’une idée qui... produirait un grand effet, fixerait les incertitudes, réunirait les opinions, ménagerait l'amour-propre national et amènerait au but que V. M. veut atteindre. Ce serait une convocalion d’une diète espagnole à Bayonne ou à Bordeaux ; celte diète devrait être composée du clergé, de la noblesse et du tiers état.? »

Au moment où Napoléon reçut les lettres, où Murat parlait diète et constitution, il avertissait Joseph de se tenir prêt à parür pour Bayonne”; il altachait maintenant beaucoup plus d'importance à gagner au changement qu'il avait résolu l’opinion espagnole. Il prescrivait à Murat, le 19 avril, de faire composer des pamphlets et des articles de journaux « pour préparer les esprits * »; le 25, le 26 avril, il lui indiquait par le détail ce qu'il fallait mettre dans ces articles : « Servez-vous des journaux », ajoutait-il, « pour donner la direction convenable à l'opinion ». Mais l'Empereur se bornait à peu près encore à faire promettre en son nom le maintien de l'intégrité et de l'indépendance de l'Espagne : s’il fallait, prescrivait-il par sa lettre du 26, annoncer son intention « de réformer plusieurs parties importantes du gouvernement », il cherchait à ne faire prévoir par à que des réformes administratives, propres à rendre à l'Espagne son prestige extérieur : « Faites ensuite imprimer dans les journaux des articles sur la mauvaise administration de l'Espagne depuis plusieurs années, et sur la nécessité d'y porter remède pour recouvrer l'éclat et la gloire

1. Murat à l'Empereur, 17 avril 1808, 4 heures du matin, Corr. Murat, n° 262. Cf. Comte Murat, Murat lieutenant de l'Empereur, p. 283-9284. 2. Murat à l'Empereur, 14 avril 1898, Corr. Murat, n° 259. | À Joseph, 18 avril 1808, Corr. Nap., n° 13763.

), 4. Lettres inédites, éd. Lecestre, n° 263.

des anciens Espagnols, et de marcher constamment avec Ja France..…..' » Ainsi, il ne s'agissait encore que de porter remède à la mauvaise administration de l'Espagne depuis plusieurs années ; ce n’était pas promettre autre chose que de rompre avec les procédés de Godoy. Cela n’annonçait pas des changements bien sérieux, mais seulement plus d'ordre ct moins de corruption.

Le 28 avril, après avoir pris le temps de la réflexion, l’'Empereur répondait enfin à Murat sur la question de la constituion souhaitée par les « bons Espagnols »; mais c'était seulement encore pour lui prescrire de dire dans une proclamation : « Si les Espagnols jugent nécessaires quelques changements dans leur constitution, ils ne seront faits que de leur gré et d'après leurs lumières et leurs opinions”. » Le 30 avril, le 2 mai, l'Empereur laissait encore voir son intention de ne point choquer les privilégiés d'Espagne”. Il sentait vraisemblablement qu’à faire aux Espagnols « éclairés » des promesses précises et définitives, il risquait de s’aliéner non seulement les grands, mais aussi le clergé et par suite le peuple.

Cependant, à Madrid, Murat faisait son possible pour présenter l'Empereur comme un « libérateur », et il lui écrivait de facon à lui en faire prendre l'attitude : «Je viens d'envoyer à l’infant Don Antonio, disait-il dans sa lettre du 25 avril, la liste des quatorze personnes les plus marquantes, avec invi-

1. Corr. Nap., n° 13780; Lecestre, n° 270. Dans sa correspondance, Murat compte beaucoup moins que l'Empereur sur l'effet des brochures et articles de journaux.

», Lecestre, n° 272:

3. Corr. Nap., n° 13796, 13802 ett. XVII, p. 52, n. 1, lettre de Charles IV à Ferdinand VII, 2 mai 1808, évidemment inspirée, probablement même dictée par l'Empereur (elle est assez de sa manière) : « Lorsque je serai assuré que la religion de l'Espagne, l'intégrité de mes provinces, leur indépendance et leurs privilèges seront maintenus, je descendrai dans le tombeau, ete. » Cf. le projet d'acte de médiation (Gorr. Nap., n° 13814), non daté, mais probablement du 2 ou 3 mai (le n° 13801 semble l'indiquer), destiné à être répandu en Espagne : « 4° Nous garantissons les privilèges et constitutions de chaque province, les privilèges, constitutions et propriétés de tous les ordres de l’État, »

tation de leur faire délivrer des passeports pour se rendre à Bayonne. Tous ceux que j'ai vus m'ont paru être dans les meilleures dispositions, et fiers d’attacher leur nom à une époque qui doit régénérer les Espagnes.…. V.M. trouvera avec des grands d'Espagne quelques hommes de loi membres de différents conseils. Ceux-là ont de véritables talents et désirent ardemment un nouvel ordre de choses....' » Le 27 avril, Murat avait une conférence de deux heures avec les deux ministres O’Farrill et Azanza. Il leur apprenait que l'Empereur était décidé à mettre Joseph sur le trône d'Espagne : « J'ai cru démêler, à travers l'attachement sincère qu'ils portent à leurs souverains, le contentement que donne à de vrais Espagnols l'espoir d’un meilleur avenir. » Et tous deux s’entretenaient avec lui de la Révolution française, « de ses heureux résultats, de la régénération de l'Italie, du bonheur à venir de l'Espagne... » Après la révolte de Madrid, le 2 mai, il disait dans une proclamation que l'Empereur voulait appeler l'Espagne « à se prononcer elle-même sur les instituüons politiques les plus analogues à son génie * ». Il ajoutait ainsi beaucoup à l'engagement contenu dans la lettre impériale du 28 avril.

Cependant l'Empereur ne se hàâtait point de satisfaire le vœu des «vrais Espagnols ». C’est seulement le 6 mai qu'il marquait l'intention de réunir &« une assemblée des états à Bayonne pour prendre les mesures convenables ». Mais le rôle essentiel de cette assemblée devait être alors de paraître choisir un roi dans la maison impériale‘. (Les objurgations répétées de Murat et de La Forest’ devaient d'ailleurs amener Napoléon à fixer plus vite les Espagnols sur leurs destinées.)

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