‹ La constitution de l'AndorreChapitre 39 sur 110 · Suri-EH-LAUMANN ; An Vul (l'Andorre, p. 13i · texte numérisé non relu

Suri-EH-LAUMANN ; An Vul (l'Andorre, p. 13i

notre pays ; ce qui augmenterait l'expansion des idées françaises notamment par la voie de la presse, les journaux de France n'étant pour ainsi dire pas connus en Andorre.

Cette réforme ne peut froisser en rien la susceptibilité des habitants des Pyrénées-Orientales, si ombrageuse quand il s'agit des affaires de la petite République ; elle ne porterait aucune atteinte à la situation faite aux Vallées par les décrets de rattachement de juin 1882 et février 1884 ; cela étant, il semble que l'on pourrait facilement accorder cette satisfaction aux Andorrans.

11° La France a, en 1893, construit une ligne télégraphique reliant le Val au réseau français, d'abord de Porté à Andorre-la-Vieille en passant par Encamp, puis jusqu'à San-Julia ; cette installation qui. douze ans auparavant, avait provoqué une émeute en Andorre fut, en 1893, demandée par le Conseil général et accueillie avec enthousiasme par les habitants. Mais si les Andorrans en ont été contents, il n'en a pas été de même de l'évêque d'Urgel, qui, irrité de voir le triomphe de la France s'accentuer de plus en plus gn\ce à sa politique sage et généreuse, excita la population des Vallées à la révolte contre notre pays et (ce qui aurait pu être beaucoup plus grave au point de vue des résultats) l'engagea à couper les fds et à renverser les poteaux de la ligne. Heureusement, à la suite d'une entrevue entre M. Bonhoure, préfet des Pyrénées-Orientales, et l'évêque don Salvador Casanas, toute trace de ce regrettable contlit entre les deux cosuzerains a disparu \

Le nouvel évêque, don Juan Laguarda, (nommé en 1902 en remplacement de don Riu, décédé sept ou huit mois après son installation comme remplaçant de don Casanas), semble vouloir suivre une politique moins

1. Cf. Rrcac des Pi/rrnrrs, 1891. pp. 95-98. Voir aussi p. 60 de cette étude.

agressive et imiter, afin d'augmenter le nombre de ses partisans, la tactique généreuse de la France. C'est ainsi qu'en 1903 il a fait établir à ses frais un réseau télégraphique allant de la Seo à San-Julia, avec cependant cette restriction qu'à partir de la frontière andorrane jusqu'à cette paroisse les Vallées fourniraient les poteaux. L'Andorre se trouve donc reliée télégraphiquement à la France et à l'Espagne à la fois.

III" A la fin de mai 1904, don Laguarda a fait construire, d'accord avec le Conseil général, une ligne téléphonique unissant, depuis Ordino, le Val à la Seo. moyennant la même obligation que ci-dessus, c'est-à-dire la fourniture des poteaux. Seulement l'évêque n'est généreux qu'à moitié et, s'il dote l'Andorre du téléphone, il veut que, par contre, elle en abandonne la direction entre ses mains : il a émis la prétention d'être seul à édicter les règles concernant ce service, ainsi qu'il appert d'un projet de règlement, qui est actuellement en discussion devant le Conseil général et qui ne sera probablement pas voté, d'après lequel les carnets à souche que l'on délivre aux abonnés devront porter une inscription, se terminant par ces mots: « l'évêque d'Urgel « est chargé de régler ce service », réduisant à zéro, en celte matière, l'autorité du Conseil souverain.

3° Pririlàje en ce qui ranvcrne les prisonniers.

A raison de la niauvaise organisation du système pénitentiaire andorran, (Andorre-la- Vieille est la seule paroisse ayant une prison), il fut décidé que ceux que le tribunal des rorts aurait condamnés à la prison ou au bagne iraient purger leur peine en Espagne ; puis, en 1868', ce fut la France que l'on chargea de les recevoir. En vertu de ce principe, les sept Andorrans, (|ui avaient tiré, en 1881, des coups de fusil sur le bayle

1. Kn co sens Moras. Lrs Coul urnes du pai/s (l'Andorii\ p. 45.

Fiançais, furent condamnés par les corts, le 4 juillet de la même année, à un au d'emprisonnement à subir en France.

§ 4. — Les Prétentions de l'Évk(jl'e d'Urgel ET DE l'Espagne

Nous avons vu ' que l'évêque prétend être, juridiquement, le seul maître des Vallées ; nous avons combattu cette thèse car, pour nous, il y a égalité de droits entre les coprinces. Pour donner plus de force à leur argumentation, les partisans de la théorie épiscopale ont représenté, à travers l'histoire, les prélats de la Seo comme des malheureux constamment victimes de leur puissante cosuzeraine et obligés, malgré leur bon droit, de s'incliner devant elle ; en un mot, comme l'a dit M. Brutails, « l'évêque a toujours raison, le « comte de Foix et après lui la France ont toujours « tort ^ ». Nous allons essayer de prouver par quelques faits que la iMitre et, avec elle, l'Espagne ont bien quelques peccadilles à se reprocher, que l'évêque n'a jamais tenu le rôle de martyr et que c'est la France seule qui devrait élever la voix pour se plaindre de ce que l'on essaie, sans cesse et par tous les moyens, d'empiéter sur ses droits et d'éiablir, à son détriment, la domination épiscopale sur les Vallées : le seul reproche que l'on puisse faire à notre pays c'est d'avoir suivi au grand jour une politique trop libérale. Nous ne distinguerons pas entre les prétentions de l'évêque et celles du gouvernement Espagnol ; tous deux s'efforcent de parvenir au même but : lannexion de l'Andorre. Entraînée par le désir de réaliser

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