H. Douchet, loc. cit., p
de dix siècles d'histoire. Craignons de transformer en révolté cet intéressant petit peuple et de faire du Val d'Andorre, chanté par Halévy, une nouvelle Erin ; les caractères de la population espagnole et de celle des Vallées ne sont pas faits pour s'entendre ; celle-ci est trop amoureuse de liberté et la livrer à l'Espagne sera, nous le craignons, écrire une page sanglante dans l'histoire de l'Andorre : Cuba et les Philippines sont là pour nous donner raison.
D'ailleurs les Andorrans et les Lliviens auraient beau jeu s'ils nous objectaient qu'ils ne sont pas les seuls à jeter le trouble dans l'harmonie de nos frontières : la principauté de Monaco se trouve enclavée dans le département des Alpes-Maritimes. On pourrait laisser le choix de leur nationalité à ces peuples en organisant un plébiscite, ce qui est de nos jours si à la mode; le Conseil général des Pyrénés-Orientales proposait ce système en ce qui concerne les habitants de Llivia. Mais, dans ce cas, on semblerait leur poser la fameuse question du cuisinier aux poulets : a A quelle sauce voulez- vous être mangés ? Espagnole ou Française? » Et les malheureux objecteraient vainement, comme les pauvres volatiles, qu'il ne veule'nt pas être mangés.
Il serait cruel de résoudre ainsi le problème : notre façon de procéder se rapprocherait par trop de la méthode Bismarkienne. Sans doute les Lliviens ne sont pas très intéressants car ils ne vivent que grâce à la « contrebande nourricière »' ; mais pour les Andorrans, il n'en est pas de même : trop de liens historiques nous unissent à eux pour les rompre ainsi d'un trait de plume et il faut se souvenir (juc nous n'avons pas seulement des droits sur les Vallées, nous avons aussi contracté des obligations à leur égard.