‹ La constitution de l'AndorreChapitre 60 sur 110 · FusTEL DE CouLANGES, La citc atitiquc, p · texte numérisé non relu

FusTEL DE CouLANGES, La citc atitiquc, p

lii i)lupai( (les biens et comme ils iiont pas une grande valeur, une fois la liquidation faite, la part revenant à chaque héritier serait fort modique ; 2° les héritiers, ainsi dépouillés par la loi, ne quittent jamais, s'ils le veulent', la maison paternelle: ils reçoivent alors en nourriture et en logement la part dont ils pourraient jouir seuls en droit. Cette pratique met en défaut le vieil adage daprès lequel la communanté est une source de querelles, discordias wlet parère conninutio; 3° on fait faire aux légitimaires une renonciation à tous leurs droits sur l'héritage paternel et maternel au profit de l'héritier institué; par là on coupe court à toute réclamation et d'une façon légale, la validité de ces pactes sur succession non ouverte étant admise dans les Vallées. Par le communisme familial, le principe d'égalité qui, au premier abord, semble violé par le droit d'aînesse, se trouve recevoir un hommage, détourné sans doute, mais qui n'en est pas moins un hommage. Il n'y a pas spoliation des cadets ; au fond, c'est simplement la jouissance des biens en commun sous l'autorité de l'aîné, remplaçant celle du père. Et la règle du droit d'aînesse est même aujourd'hui si bien observée que les héritiers, qui ont réclamé leur part de succession pour en jouir séparément, sont excessivement rares et désavantageusement connus dans tout le pays. En voici un exemple : don Guillem Plandolit, le détenteur du droit carolingien et un des plus riches propriétaires de la République, étant mort intestat à Toulouse, vers 1880, en laissant six enfants, ceux-ci se partagèrent les biens de leur père, ce qui souleva dans les Vallées une émotion qui n'a pas encore complètement disparu. Ces républicains sont surtout des aristocrates : ils craignent fort les mésalliances et laliié ou chef de

1. A i-aisuii de la pauvreté du pays, beaucoup d'Audorrans s'e.\patriout, car il n'est pas rare de voir des familles de 6 et 7 enfants.

famille prend femme dans les maisons jouissant à peu près de la même situation dans le pays et possédant non la même fortune (ce nest point là ce que l'on considère dans ces mariages), mais les mêmes droits aux charges publiques, c'est-à-dire la même considération.

A défaut d'enfants mâles, l'aînée des filles est héritière et, comme elle représente alors l'espoir de la race, il existe pour elle une véritable obligation de se marier, de même que. sous le régime de certaines coutumes féodales, la vassale pouvait être forcée de se marier par son .seigneur (Assises de Jérusalem). Mais, en se mariant, elle ne recherche pas la fortune ; au contraire, elle épouse un fils de famille, autre que l'aîné, qui vient s'établir chez elle : la seule obligation qu'il doit remplir est de joindre le nom de sa femme au sien, afin de le sauver de l'oubli.

Quant aux autres héritiers, loin de se plaindre de la situation inférieure qui leur est faite, ils la trouvent toute naturelle, car les Andorrans possèdent au plus haut degré le sentiment de la famille, peut-être parce que les montagnes qui les entourent ont été pour eux une sorte de muraille de la Chine, derrière laquelle ils ont victorieusement résisté, du moins en cette matière, aux assauts de ce que l'on a appelé « l'esprit d'innovation ». Le chef de famille est non seulement obéi et respecté par eux comme un maître et comme « le représentant-né des droits de leurs aïeux »', mais aussi aimé. Les coutumes andorranes se trouvent d'accord avec les lois de Manou qui disent : « Que l'aîné « ait pour ses jeunes frères l'affection d'un père pour « ses fils et que ceux-ci à leur tour le respectent « comme un père. » Ils partagent les travaux et les repas de leur aîné, et c'est seulement au cas où ils

1. H. Castillon (d'A(*pot) ; Histoire de la Vnllce et Rt'puhl/'/itf (V Andorre ; p. 79.

se marient avec une héritière qu'ils abandonnent le toit paternel pour devenir à leur tour les chefs de familles voisines.

Lorsqu'un des enfants autre que le chef de famille, fille ou garçon, a besoin, pour réaliser un mariage avantageux, dune certaine dot. le frère aîné sait faire un sacrifice et lui donne même plus que sa part de succession, s'il le faut, mais avec cette particularité qu'il lui paie sa portion en argent, afin que le domaine ancestral reste toujours aussi étendu que par le passé. Cela est d'ailleurs fort rare et d'ordinaire l'aîné seul se marie, cependant que ses frères et sœurs se vouent à un célibat volontaire'. On voit quelle est l'importance de la terre en Andorre ; aussi a-t-on entouré le droit de propriété de nombreuses garanties : c'est ainsi que, s'il y a lieu à expropriation, H faculté de rachat est accordée au propriétaire d'une façon illimitée, de sorte qu'elle peut être exercée soit par lui-même, soit par ses héritiers. Grâce à cette perpétuité du réméré, l'Andorran, qui a vendu son patrimoine, a encore l'espoir de rentrer un jour en possession de sa m.sY/. L'on conçoit aisément qu'avec un pareil système, les familles andorranes aient laissé derrière elles de longs siècles de vie, sans subir le moindre changement'. « Je connais une de ces « maisons », dit M. de Roussillou ', « dont les titres « prouvent que, depuis sept à huit cents ans, elle « possède le même bien sans l'avoir en aucune nia- (( nièro augmenté ni diminué ; deux fois dans ce long « espace, elle se serait éteinte par le défaut d'enfant '( mAlo. si l'héritière, par un mariage assorti, n'eût

1. Los oadots, qui restent aiii^i à la maison sans so marier, sont dits concos (vieu.x garçons).

2.. Cf. Castili.on (d'Aspet) ; Histoire dr la Vnllcc et lirpiibli'ittc tV Andorre, pp. 79 et 80.

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