‹ La constitution de l'AndorreChapitre 62 sur 110 · Flstel de Coll.\nges, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Flstel de Coll.\nges, loc. cit., p

La situation na guère changé aujourd'hui : en apparence, la constitution est plus libérale et les pouvoirs sont concentrés dans une plus grande quantité de mains : c'est cependant un progrès.

La plus grande portion des revenus des chefs de famille est dépensée en travaux agricoles ou destinée à l'achat et à la nourriture des bestiaux. « Les paysans « pauvres qui les entourent partagent les travaux de (( leurs enfants et leurs repas : leurs habits sont tissus (( comme Ihabit de leur maître, de la laine de son « troupeau. Les jours de fête, ils partagent les mêmes « délassements, jamais humiliés, jamais maltraités. Le « peuple, loin d'envier la fortune du riche, le respecte « comme son magistrat, l'aime comme son bienfaiteur, « et regarde son bien comme un atelier inépuisable (( sur lequel il a un droit de travail et de nourriture'. » C'est ainsi qu'en Andorre se trouve réalisé le « bien-être (( de tous par tous », suivant la formule célèbre de certains rénovateurs sociaux.

Dans les Vallées, l'on pratique aussi beaucoup les substitutions soit par testament, soit par contrat de mariage, et cela se comprend puisque la constitution repose tout entière sur la stabilité du système familial : elles tenaient de même une très large place dans notre ancien droit, où elles étaient liées, comme en Andorre, aux institutions politiques. Par là est maintenue ce qu'on appelait en France « la splendeur du nom » : avec le droit d'aînesse, ce sont les deux raisons pour lesquelles les familles arrivent à conserver indéfiniment le même patrimoine. Et Ion ne peut pas dire que le fait de retirer ainsi du commerce les biens substitués ait pour conséquence, comme autrefois chez nous, un préjudice considérable pour l'intérêt général qui exige

1. Dr rîotissiLLOO, loc. cit., p. 20 ; cf. aussi H. Castiluon (d'Aspcl), Illstuirc do la Vallée cl République d'Andorre, p. 81.

la libre circulation des biens, parce que les grandes familles andorranes savent pratiquer si libéralement le patronage qu'aucune plainte ne s'élève du côté des sacrifiés : c'est ce que n'a pas su faire l'aristocratie française qui ne connaissait que ses droits sans se préoccuper de ses devoirs.

3° Cantrtère pdlriarcal. — Comunuiismc et Solidarité.

— Nous avons vu. (pp. 81 et suivantes), que le chef de famille est comme entouré d'une atmosphère de vénération ; la constitution andorrane, en établissant qu'il fallait avoir celte qualité pour être électeur \ a consacré l'intluence de cet autocrate au petit pied. Son autorité s'étend sur tous les membres de la famille, rappelant celle du paterfamilias ; toute la puissance domestique est entre ses mains : ses frères et sœurs lui doivent obéissance et sa femme, comme ïu.ror romaine, est placée sous son pouvoir. Ce dernier point présente quelque analogie avec la nianus: bien que l'épouse soit à la tète du ménage, elle est simplement la première des servantes et elle voit dans son mari un chef et un maître ; comme ses propres enfants, elle est soumise à sa puissance à ce point qu'elle ne prend pas ses repas avec lui. 11 y a là, ainsi que l'a fait remarquer M. Reynald, a une analogie avec les mœurs des paysans (( des Pyrénées, chez qui la femme ne se met pas à table »-.

Tout, chez les Andorrans, revêt encore aujourd'hui un caractère patriarcal depuis les séances du Conseil général jusqu'aux fêtes particulières, comme les mariages.

Les réunions qui rassemblent les membres d'une maison ou de toute la nation (comme le pèlerinage de Notre-Dame de Meritxell), prennent le caractère d'une fête de famille, parce que les riches ont su racheter

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