‹ La constitution de l'AndorreChapitre 65 sur 110 · Bladé, loc. cit., p. 80, à la note · texte numérisé non relu

Bladé, loc. cit., p. 80, à la note

Si, après tant de siècles écoulés, Ion retrouve dans la constitution de l'Andorre les trois caractères que nous venons d'analyser, c'est que la population des Vallées a manifesté pendant longtemps une crainte superstitieuse pour toute innovation. Le long triomphe de cette antique coutume, qui ordonne à tout habitant de la République de repousser loin de lui toute nouveauté et de résister toujours à la civilisation et au progrès, est probablement dû à Tintluence de la puissante aristocratie andorrane. Par là son besoin de domination était rendu plus facile et les Andorrans du début du xix*' siècle obéissaient aux chefs de famille avec la même soumission que ceux du ix*'.

Déjà quelques secousses avaient ébranlé la vieille organisation, transmise par les ancêtres ; la réforme de 1866 a donné enfin quelques satisfactions à la plèbe, jusque-là complètement écartée des affaires. Il y a encore beaucoup de progrès à accomplir ; les Andorrans, amoureux avant tout de liberté comme les Anglais et non d'égalité comme nous, sauront les amener, sans à-coups trop brusques, par les voies lentes et sûres de l'évolution.

Par suite de cette particularité dominante du caractère andorran, toute innovation, même la moindre, prend l'apparence d'une petite révolution sociale et c'est pour cela (ju'en 1893 lévèque d'Urgel, lors de l'établissement d'une ligne télégraphique reliant les Vallées au réseau français, engageait la population andorrane à couper les fils et à renverser les poteaux.

Tous ceux qui ont écrit sur l'Andorre n'ont pas manqué de s'écrier, comme l'a fait M. Caslillon (d'Aspet), après M. de Roussillou : « Rien n'a changé « parmi eux : le luxe, les arts, l'industrie et tout ce « que la civilisation des grands peuples qui les « avoisinent enfante de prodiges, les touchent fort

« peu' ». Mais ce qui est iiumain évolue ; déjà, dans son livre, paru en 1866, iM. Vidal signalait quelques changements ; l'Andorre, qui était restée nioniiliée pendant des siècles, a, depuis douze ou quinze ans environ, considérablement changé d'aspect'. Un exemple donnera une idée de cette haine que portaient les Andorrans à toute innovation : vers 1850, trois industriels ariégeois voulurent créer un établissement thermal et une lilature aux Escaldes. « Ils vinrent (( en Andorre où ils finirent par découvrir un notable (( de la paroisse d'Encamp, ami du progrès, qui voulut « bien s'associer à leur tentative. Nos gens ne (( doutaient plus du succès, lorsque se réunit, sur ces (( entrefaites, le Conseil général. Le patron de l'entre- (( prise, qui faisait partie de l'auguste assemblée, proposa « bien la création d'un établissement de bains et d'une « filature, assurant que cette double innovation aurait « pour résultat d'augmenter le bien-être de la contrée. « Il eut beau dire, il eut beau faire : sa proposition « ne trouva pas un seul adhérent. Ne se tenant pas « pour battus, nos industriels voulurent insister « encore ; mais le bruit de leurs démarches, s'étant « répandu dans la vallée, y jeta une alarme telle qu'il « fallut renoncer à jamais aux projets conçus et « regagner, au plus vite, le port le plus voisin' ».

Les Andorrans ne sont plus, de nos jours, aussi farouches qu'à cette époque' : cela ressort d'une note présentée, le 25 novembre 1891, par M. Escande-Voltan, Conseiller général de l'Ariège, « à leurs Excellences

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