PIÈCE III — PROGBÈS DE LA TOLÉRANCE RELIGIEUSE
« nière qui était nouvelle pour moi. La clef grinça V dans une énorme serrure, et quand la porte fut « entre-bâillée, je vis qu'elle était retenue par une (c grosse chaîne pour empêcher l'irruption subite d'un « ennemi. Une servante au tablier sale nous regarda « ensuite d'un air défiant, et demanda à ma mère (( ce qu'elle voulait. Sur la réponse : « Je désire voir tt Monsieur Hamel, » la porte fut refermée afin de a dégager la chaîne de l'hélice qui en retenait l'extré- (c mité, et, dès que nous fûmes entrés, la porte fut i( fermée à double tour et garnie encore de cette « grosse chaîne. Dès que nous fûmes dans le vestic( bule, ma mère alla à une porte où, selon le plan « banal, je croyais trouver une salle à manger. Elle a nous mena à un oratoire .aux murs nus et sang> w autre ornement qu'un modeste autel où montait en « ce moment l'abbé Hamel, notre curé et mon parce rain. C'était en 1815 ou 1816 , et Ton prenait encore « alors toutes ces précautions pour jouir du droit si « vulgaire de prier Dieu.
« Par toutes ces précautions on éludait les lois dites « pénales, qui étaient encore en vigueur. Comme les « penseurs objecteront peut-être qu'elles étaient parce ticulières à l'Irlande et le fruit de la haine séculaire « du Saxon contre le Celte, je vais citer deux faits (( propres à l'Angleterre. Étant à Malvern pendant la (( guerre de Crimée, je causais avec un' paysan qui « me conduisait à une chapelle catholique chez un (( propriétaire des environs. Il me dit que, lisant seule lement le Times, il ignorait par conséquent la « vérité sur les événements du monde, et me de-
(( manda si réellement les Anglais se battaient contre tf les Russes et surtout 8*ils étaient alliés avec les (( Français. Il me dit ensuite que, né dans le nord de (( l'Angleterre , il y avait été souvent poursuivi à « coups de pierres par ses voisins protestants parce (( qu'il fréquentait, selon l'expression vulgaire, une a maison à messe; qu*il avait eu souvent recours au a magistrat local, mais que celui-ci, étant prolestant, « avait toujours trouvé des prétextes pour le renvoyer a avec ce qui était au fond un déni de justice. Je suis « donc venu à Malvern, ajouta -t-il , parce qu'ici les (( gens sont plus doux.
« Le fait suivant est si révoltant, et par là si « peu croyable, que je livre à votre discrétion tous les « noms propres. Un sieur T***, atteint par Tinjuste « révocation de l'édit de Nantes, émigra en Irlande, « où ses descendants occupent encore aujourd'hui « une position honorable. Protestant toujours zélé, le « frère aîné envoya son cadet faire ses études à Ox- « ford, dont les tendances religieuses sont réputées « plus orthodoxes que dans l'université rivale de « Cambridge. Mais le docteur Pusey professe tou- « jours à Oxford ces doctrines semi -protestantes qui, « fondées sur une étude impartiale de l'histoire, « ramènent forcément à la vérité des doctrines a catholiques. Comme tant d'autres élèves de Pusey, « Charles T*** se fît catholique, et son frère aîné, « qui était le chef de la famille, fît enfermer son « cadet dans une maison de fous. Je laisse à penser « quelles furent, pendant de longs mois d'isolement, « les tortures morales du Jeune étudiant. Il trouva