CHAPITRE V
L'UNIVBRSiri B*OXrOHB
On rattache généralement au règne d'Alfred Tarigine de l'enseignement supérieur. Ce grand prince , éclairé par ses voyages en France et en Italie, fortifié à l'école du malheur, devenu enfin en 871 paisible pos^^esseur du trône y pensa qu'il avait le devoir d'intervenir personnellement pour remédier à l'état d'ignorance dans lequel restaient ses sujets^ Il commença la réforme en appelant près de lui des religieux éro(Ëts qu'il avait connus sur le Continent ; et , avec leur concours , il forma des savants indigènes qui firent élervés aux plus hautes dignités de FÉglîse. Avant la mort d'Alfred (900), une école fut, selon toute apparence,
établie à Oxford. Malgré les vicissitudes amenées par rinvasion des ennemis , par les ravages du feu au milieu de constructions en bois , et par les fréquentes révoltes des étudiants, cette école ne cessa guère de grandir pendant les siècles suivants. Améliorée au xii® siècle par les exemples puisés à l'université de Paris , rebâtie en pierre , en 1190, après un incendie qui avait dévoré la ville, l'école d'Oxford fut désormais appelée, dans les actes authentiques, ce l'université. y> La constitution devint , à vrai dire , définitive , en 1249 , après la fondation de l'établissement qui y fut annexé sous le nom d'University-College, Beaucoup d'autres collèges se sont depuis lors établis, en se modifiant progressivement selon les intentions des fondateurs. Sous leur forme première ces institutions cultivaient et propageaient la connaissance des humanités , avec une organisation analogue à celle qui s'appUquait de toutes parts à la culture et à la propagation de la religion. Dans les collèges , les élèves agrégés (Fellows) étaient groupés autour du chef élu et des maîtres, comme dans les couvents, les moines autour de l'abbé et des dignitaires. La création des collèges et des couvents fut provoquée par les mêmes besoins sociaux , encouragée par la protection des autorités civiles ou religieuses , perpétuée au moyen de dons et de legs confiés , selon le vœu des fondateurs, à des corporations perpétuelles jouissant
iird
de la personnalité civile. Enfin les établissements du culte et de l'enseignement ont également subi l'influence des changements survenus dans la constitution de l'Angleterre. Sous le règne de Henri VIII, ils ont dû renoncer au catholicisme et, sous le règne d'Elisabeth, se soumettre définitivement aux 39 articles de l'Église anglicane. En présence des défaillances individuelles amenées par le progrès des richesses , ils ont dû surtout renoncer à leurs anciennes libertés et obéir de plus en plus au régime réglementaire émanant du parlement. Cependant, grâce au respect de la tradition, qui se conserve dans la vie publique , non moins que dans la vie privée, l'université d'Oxford, comme toutes celles de la Grande-Bretagne, jouit encore d'une indépendance que pourraient envier beaucoup d'universités du Continent ^
* Montalembert , comme M. Taine (Voir le texte cité note 5), a montré comment, par le respect de la tradition et la sagesse des réformes , les universités ont su conserver en Angleterre une prospérité qui a été détruite en France par les nouveautés révolutionnaires et par la routine d'un régime faux. — « Les universités anglaises, comme la con- « stitution et la société anglaise tout entière , ne sont autre a chose qu'un magnifique échantillon de Tancienne société a du moyen âge, telle qu'elle existait dans toute l'Europe « occidentale... L'Université de Paris était organisée précisément sur le même pied, avec ses nombreux et célèbres col- « léges de Navarre, de Beauvais, de Lisieux, d'Harcourt, etc., tt fondés la plupart par la munificence des évoques et des « seigneurs. Cela est si vrai que , lors des discussions inté-
Ue2 LIVRE INEUVtEMfi — LE GOBVEHîNEMENT PROVINCIAL
L*tKii'?erâté à' Oxford a peur Httre^ o^iel r «le chgmeôfter, tes maitresr et les éctdiers ie l'université d'Oxford. y> Elte compreaè u^e admtoistration" cenlîrale, des corps spéekux et des individus^ épe»« dans le inonde entier.
L'administration eentrate de la corporateon reraiplit une dîouble mission; elte maintient ea paix , dans un intime contact et jme action eontïmune, des corps nombreux et autonomes; elte établit entre tes individus une Mêrarchie fondée, non^-seutement sur la possession du savoir qu'elle enseigne , mais encore et surtoot sur le respect du cuWe officiel, rattachement à la corporatioïi- et k praftique des devoirs du « Crentlematt)) (VI, vi). Cette administraliion est placée sous l'a/U'Ioritê no^ minale dli roi , nommé en cette qualité VisitoTy et sous le patronage d'un ebancelier, qui est élu a vîe par la corporation, parmi les personnages les plus illustres, et qui n'intervient guère qtt?edaiBslesrap» ports de Tinstitution avec Tautorîté publique. Le vice-chancelier exerce le pouvoir exécutif: avant le règne d'Elisabeth il était éki pa^r l'assemblée
« riewres de TUniversité d'Oxford sur Tapplication des ré-» « formes récemment (1856) introduites, on cherchait sans a cesse la solution des difficultés en recourant à VHistoire « de l'Université de Farts, par Dti Boutay, tant est évi- 't dente et naturelle Tanalogie entre ce que nous avons « perdu et ce que l'es Anglais ont eu soin de conserver. » ( MoNTALEMÇEBT , De ^avenir poNHque es VAn^hferre, p; i89.)
CH. V *-* L^fjNirrBRsiTE i>n)xroiisi 103
géxié(rate<v mai» depuis lors* fl est nomné ^ avee l'asafêntimej&t de TasseioUée, par k chaonteriieir. LTuse^ r&sb qa^il soit dioisi, àtoisr de7ôl«>., panoni ks che& dé e<!^ége8 et re&ommé peiadant qmrlve années canséGiitive& Avec Ynààe àe quatre Ppth t9tee*cà«7iecii&^s cfn^il choisit , il ^rige,, a^ree^vme autorité fort éteinkce , toutes les alËaiires de la eor^ poratîon. Il i>e> reçoit en sa qtvaliité de men^tiafi-* cdâjer qu'uBe Mble inâenanité- ({&.00Ofr.); et il est temE à une représeaitation oiiéreuse ; maisi il coa^sn^ sa sitiisi<tio& â«Bs soii* collège. Par ernsh pensatioa, il reçoit de grands bomiieïirs : 9 est sa* lise avec gé&uflexi^i> pav les aspirants^ aux grades uuffiversstaire»; il est précédé par les cevassiers daa» les cérémonies publiques; il est Ae> droit autorité^ dirvgefiii;t& dansf la poliee tarbainev et M»« gïsfrale dans le eomté.
Tf^ eorps spéciaux sont chargés de prendre les décisions qui, en se référant à la coutume, rèf lesA Fadmimstratien du. viee • ehanceKer . Le premier, nommé C(mêeêl hébdomadmm, eom* ppendi deuii sortes è& membres , saroir ; quatre meiabres d^office, le chancelier, le vice -chancelier et les deux Proeêûrs (procureurs); dix* huit membres élus parmi les chefs de collège, les professeurs et les maîtres es arts. Il forme le conseil d'administration et a Finîtiative de tous les règlements. Le second corps, appelé la Con,grégation , est composé èe 300 membres eandf-
ron. Il réunit tous les officiers de l'université et les maîtres es arts domiciliés dans la ville et la banlieue. Il choisit les dix-huit membres élus du premier corps; et il ratifie ou rejette leurs propositions, après deux délibérations dont la seconde exige l'emploi de la langue latine. Le troisième corps, dit la Convocation, est constitué , en principe , par les maîtres es arts et par les docteurs en théologie , en droit et en médecine , répartis au nombre de plusieurs milliers, dans toutes les conditions sociales, sur le monde entier. Cette assemblée, où dominent en nombre les ministres de l'Église anglicane, intervient dans toutes les résolutions importantes de l'université : elle nomme son chancelier et ses deux représentants au parlement* (XI, vi); elle repousse ou convertit, par son approbation, en décrets exécutoires, sauf faculté d'amendement, les décisions proposées par le Conseil hebdomadaire et approuvées par la Congrégation. Les membres absents, beaucoup plus nombreux que les membres présents, ont le droit d'envoyer leur vote par écrit : leur influence , souvent prépondérante , s'emploie habituellement à maintenir les tradi-
* Le mandat de représentant d'une des universités à la chambre des communes est le plus recherché de tous par les hommes d'État : il a été confié à des orateurs célèbres ; parmi ceux qui sont morts dans ce siècle on peut citer William Pitt et Robert Peel.
tîons. La Convocation , ne pouvant être fréquemment réunie, est représentée par des commissions permanentes, élues, en assemblée générale, se partageant une foule d'attributions, parmi lesquelles figurent la révision des comptes, l'administration des domaines possédés en mainmorte par la corporation, la garde dès collections scientifiques et surtout la conservation des privilèges de l'université. Ces commissions, à l'exception de la première , sont présidées par le vice-chancelier.
L'université garde intégralement, depuis le moyen âge, en dehors de la juridiction commune, les pouvoirs de justice et de police, dans la ville et la banlieue , pour toutes les causes où peuvent être impliqués des membres de la corporation. Le service disciplinaire a surtout pour objet les mœurs des étudiants : il est seul chargé de la police de nuit dans la ville ; et il étend son contrôle sur les , marchands et les propriétaires de logements garnis. La justice est rendue, savoir : pour les cas de haute trahison , par un High'Stewa/rd que nomme le chancelier; pour les causes civiles et criminelles , par le vice-chancelier et son assistant. La justice correctionnelle et la direction de la police sont confiées aux deux Proctors, qui se succèdent annuellement par rotation et sont toujours les plus anciens Fellows de deux collèges. Les Proctors, déjà signalés au
m LIVRE NIïUVllîHK— UR GOinrERNEMENT PROVINCIAL
sujet âu Conseil hebdoisiadaire. , praBnent une part essentielle; à la vie jownalière de Funivair* ^ité : &ù dehoors de leur action disciplinaire ils agistsent oonstamment comme assistantjs ou délégués du yice-ehaneeJiier; ils ae font aider ou suppléer par quatre PvOi-pmîtor^ qu'ils ebcâaîssent eux-«ftêmes.
Les collèges^ au nombre de dix^neuf% formes»! les principaux éléments de Tuniversîté. Chaeim d'eux compi^nd un chef, des Fetlows et, à une exception près , des écoliers. Le chef nominal, dit Visiter, est encore, ici le roi ou un membre éminent de la noblesse ou de l'épiscopat* Le chef réel, qui conserve un des noms fort divers donnés par les fondateurs des établissements, est le représentant officiel, plutôt que le directeur et l'administrateur du collège, car ces deux fonc^ tiens sont toujours attribuées à deux agents spè» oiaux. 11 reçoit un salaire qui varie selon la ri-^ abesse du eoUége et qui s'élève moyennemeint à 30.000 fr. Dans la plupart des maisons leschef^ doivent être maîtres es arts et ecclésiastiques; ils scflût élus par les Fellows. Ils contribuent beaucoup à la prospérité du collège, quand ils ont les aptitudes nécessaires pour faire régner la paix entre les^ persoinnalités moitiés et div^gentes qui y sont réunies. A l'origine des fondations, les
■* Ufï TiBgtième collège a été récemment înstîtue.
Feltows étaient de pauvres écoliers entretenue avec ïes revenus de dotations immobilières qui suffisaient à peine aux besoins les plus urgents. En général, ceis dotations étaient faites à la condition qu'un nombre déterminé de Fellows serait choisi dans certaines familles , ou certaines localités. Le principe de ces dotations a été scrupuleusement respecté ; mais le temps en a modifié rimportance et l'application. Les moyens d'instruction se sont multipliés en Angleterre, au point que l'université n'a plus qu'à fournir un complément. Beaucoup de familles sont aujourd'hui en mesure de pourvoir aux frais d'éducation de leurs enfants : loin de demander assistance à l'université elles peuvent lui fournir des ressources. La principale difficulté ne consiste phis à former des hommes instruits , mais à donner une rémunération suffisante à leurs talents. D^Un autre côté , les revenus des immeubles affectés aux dotations ont pris, par la succession des siècles , un énorme accroissement; la portion de ces revenus qui^ à l'origine, ne procurait qu'une maigre subsistance à chaque Individu doté, atteint aujourd'hui une valeur moyenne de 5.000 à 7.000 fr. Sous l'influence de ces changements, les Fellov^s sont devenus peu à peu des prèbendiers qui se partagent les revenus et les bénéfices dé leur collège. Il existe aujourd'hui à Oxford environ 550 prébendes accordées exclu-
sivement à des personnes gardant le célibat et réparties, en nombre fort inégal, entre les dixneuf collèges. Sur ce nombre , il n'y en a guère plus de 100 à 150 qui prennent part, dans leurs collèges, au travail de l'enseignement, comme professeurs {Lecturers)^ maîtres de conférences ou répétiteurs (Tutors). Parmi les autres titulaires on compte surtout : des ecclésiastiques qui jouissent de cette ressource aussi longtemps qu'ils ne sont pas pourvus d'un bénéfice assurant de convenables moyens d'existence ; des savants demeurant dans le collège où ils reçoivent à titre gratuit, outre leur, prébende , les allocations de table et de logement; enfin des personnes qui résident en dehors de l'université, qui jouissent de leur prébende pendant une durée maximum de dix années et qui, à l'aide de cette ressource temporaire, s'engagent dans diverses carrières où elles se créent des situations conformes à leurs goûts.
Le changement survenu dans la condition du Fellow entraine peu à peu une modification correspondante dans le mode d'élection : autrefois il était tout naturel que les représentants d'un fondateur fissent choix d'un écolier, même peu habile à profiter de l'éducation universitaire ; mais aujourd'hui l'opinion pubhque est blessée quand une prébende de Fellow est accordée à un homme fait qui ne justifie cette faveur ni par son ca-
ractère , ni par ses talents. On s'explique donc que, malgré.le respect accordé à la tradition, le parlement éclairé par des enquêtes remplace , en certains cas et avec une extrême modération , le choix par le concours.
Cependant, à aucune époque, les écoliers n'ont fait défaut à l'université. Dès la fondation des collèges, on institua, au-dessous des Fellows qui étaient pour la plupart gradués , deux classes de bénéficiaires : les Undergraduates qui furent plus tard appelés Scholars; les serviteurs qui pouvaient recevoir une part d'enseignement dans les moments de liberté que leur laissaient les devoirs de la domesticité. Cette dernière classe d'écoliers est encore représentée par plusieurs types, à Oxford comme à Cambridge : elle est maintenant dispensée du service domestique; mais elle continue à être distinguée des Scholars par le montant de l'allocation et le costume. Quelques uns de ces écoUers rempUssent <[uelques fonctions dans les chapelles , sous le nom de Bible-clerks.
Les écoUers qui furent d'abord les Fellows, puis les Undergraduates, sont aujourd'hui les Scholars. Ils sont toujours membres de la corporation d'un collège ; mais, au lieu d'y partager un dividende , ils reçoivent une allocation fixe pendant une durée de cinq années au plus. Ces subventions temporaires, analogues aux bourses des lycées français , ont été en général instituées au
iMittyëii ûè dôiîs oti legs ct)tifiés à un collège de l'tinîlnei^itô , soùs là condition qu'elles seraient attribuées à des élèves sortant de teliè localité eti dé M\é école. Plus î^écèttimetit, le parlement les a multipliées; et, à cet effet, il â subdivisé èft 'âllb'càtiôîis d'écoliers certaines prébendes d^ Félk)WÉ. Le nombre de ces bdutsès est à ptfù. ^rès le tièï^â de celui dès prébendes ; et la soîttm^ allouée office une môyéhhè de l'600 fr., èttti^e dès ètti'êiïiës de 500 et de 3.000 fr. Les réfbrmateûl^s tendent aujourd'hui à diminuer l'inégalité èntfé les bourses dès diverses fondMïôhfe et dés diVeî^ collèges ; cependant ils pro- G'èdéftt ave^ prudèntîè , sachant bien que tout ce §ui ëônlfarie l'inégalité dans les intentions dès fond^téùt's, diminue l'abondance des dons. Les S6hèlàt*à actuels diffèrent encore de ceux dû moyen âge, en ce qu'Us ne doivent plus élire choisis dans tes familles pauvres. Ils subviennent eux-mêmes, pour la plupart, aux deux tiers ou aux trois quarts de leur dépense. Cependant la tradition n'est pas complètement oubliée : des allocations dites Exhibitions sont instituées en favetir des étudiants pauvres indiqués ci-desèUs. D'autres Exhibiti<>ns, de sources très*- variées, sont attribuées aiHl Schôlars, èomme supplément des bourses proprement dites.
Les pensionnaires, classe presque inconnue autrefois à Oxford , même à l'époque de la Re-
CH. y — L'UNIVERSITE D'OXFORD 111
naissance, forment aujourd'hui les trois quarts des 18(30 étudiants immatricules. ïls sont pour la plupart répartis entre les i9 collèges. Une minorité habite dfes pensions noihmées Halls ^ organisées à peu près comme les collèges , avec cette différence que leur existence n'est point assurée par des dotations et que leurs chefs sont nommés par le vice-chancelier ou par d'autres autorités universitaires. Les étudiants qui ne peuvent trouver place dans ces établissements, logent dans des maisons privées, autorisées à cet eiBfet par les Proctors et soumises à leur surveillance *. Les catégories de pensionnaires ont été établies par l'usage et par les règlements de l'université. Les Noblemen , où nobles , possèdent ou sont appelés à posséder un titre de noblesse (VI, ix). La durée du stage qui doit précéder l'examen du baccalauréat est réduit pour eux , par privilège spécial, de trois à deux années. Ils sont également sous un régime à part en ce qui touche le cos*
* Depuis 1864, diverses réformes ont été accomplies ^ pour adoucir Tétat de dépendance où sont les étudiants devant les collèges ou les Halls, et pour étendre la libnlé de renseignement. Le logement en ville , qui n'était autorisé autrefois que pour les anciens étudiants d'une moralité éprouvée, est accordé maintenant aux étudiants de première année. Tout maître es arts peut établir une nouvelle .pension, sous la seule condition d'adhérer aux principes de TËglise officielle. On laisse tomber en désuétude la coutume qui exigeait la même adhésion des aspirants au baccalauréat.
tume officiel, le logement, la table et le haut prix de tous les tarifs universitaires. Les Gentlemen (VI, vi) obtiennent leur situation en se soumettant à des tarifs compris entre ceux que paient les deux autres catégories ; mais ils sont soumis en outre, surtout dans quelques collèges, à certaines obligations imposées par l'opinion des camarades. Les simples pensionnaires, dits Commoners, sont placés au dernier degré de cette hiérarchie de la naissance ou de la fortune : l'opinion les a longtemps classés au-dessus des Scholars; mais, depuis que les bourses sont attribuées à des jeunes gens de la classe aisée, à la suite de concours, la robe de Scholar, devenue l'indice du talent, prend chaque jour un rang plus élevé parmi les autres. Tous les étudiants sont soumis à une discipline prudente et active qui est pour eux la transition des sollicitudes de la vie domestique aux libertés de la vie civile. Sous les voûtes splendides que le moyen âge éleva en l'honneur de la science, ils apprennent à respecter les usages de leurs aïeux^. Ils sont retenus dans les meil-
^ « Rien ne manque ici, ni les beautés de Tart, ni les « fraîcheurs de la nature , ni les graves et grandioses im- « pressions de l'histoire... A chaque bâtiment, le guide « indique les dates et les auteurs de la fondation , des emc< bellissements , des restaurations. Tous ces vieux hommes « semblent encore vivants; car leur œuvre leur a survécu « et dure. La sagesse des anciens temps subsiste écrite en « sentences latines sur les murailles... Et ce n'^est point
leures traditions de la race par la saine influence du milieu universitaire plutôt que par rautorité des maîtres. L'étranger qui visite Oxford comprend tout d'abord que ce grand établissement est « national » plus encore que « scientifique »; qu'il tend moins à créer des gradués qu'à former des hommes capables d'occuper dignement une place dans la classe supérieure (VI, viii). Il s'explique pourquoi les chefs de l'université attachent tant d'importance au stage de trois ans exigé des aspirants au baccalauréat. Il entrevoit même que la réduction du stage à deux années sera un privilège conforme à la raison , aussi longtemps que les demeures de la noblesse resteront l'école de l'honneur et de la vertu. Même au point de vue de « l'esprit moderne » , il est tout naturel que la durée de l'apprentissage soit réduite en faveur des jeunes gens qui, depuis l'enfance, reçoivent dans leur famille le principal enseignement de l'uni-
a une ville morte ni endormie ; l'œuvre moderne achève et tt agrandit Pœuvre antique; les contemporains, comme « autrefois, contribuent de leurs bâtisses et de leurs dons... « Et je pense aux tristes logis de la Sorbonne, à Taspect a si terne et si étriqué de notre Collège de France. — Pauvres « Français si pauvres , et qui vivent campés ! Nous sommes a d'hier et ruinés de père en fils par Louis XIV, par Louis XV, a par la révolution et par TEmpire. Nous avions démoli , il « a fallu tout refaire à nouveau. Ici , la génération suivante « ne rompt pas avec la précédente : les réformes se super- « posent aux institutions, et le présent, appuyé sur le passé, « le continue. » ( Taine , iVo^es sur V Angleterre, p. 168.)
versité. Quant à renseignement scolaire proprement dit, il est donné à la fois par la corporation centrale , par les collèges ou les Halls , et même par dçs institutions privées qui tendent aujourd'hui à se multiplier.
Le haut enseignement d'Oxford a eu d'abord ppur objet la théologie, avec les sciences annexes, et pour maîtres des bénéficiaires ecclésiastiques. Depuis la fiji du moyen âge , il se complète progressivement par l'étude du droit, de la médecine, des langues, de l'histoire, des sciences exactes et des sciences de la nature. Ces enseignements sont constitués au moyen de dons et de legs qui définissent la destination de chaque chaire, çt règlent le choix ainsi que la rètrilpution du maître. Les noms des fondateurs restent liés à la désignation officielle des chaires. Leurs intentions sont, autant que possible, respectées. Cependant elles sont parfois en contradictiojj. avec les nécessités propres au temps présent ; sur ce point comme sur les autres, l'université, avec l'autorisation ou sous la pressian du parlement, modifie les fondations dans quelques-uns de leurs détails. Les 40 chaires actuelles n.e concourent point également, quelques-unes même ne concourent point du tout au progrès des connaissances ou à l'instruction des écoliers. Il en est peu qui soient en rapport direct avec le programme des examens relatifs à la collation des
grades. Ot, à Oxfoçd comme gillwrs, la ïi\yMtrt des écoliers recherchent les ay^ts^^â atU^chés, aux grades universitaires bes^ucoup plus que le^ satisfactions intellectuelles fournies par k culture désintéressée des sciences. Ils délaissent 4onç les chaires pfficielles pour rec^iercher dç3 eix&^i-i gnements qui leur parais3e^;it plu^ fructueu;s^. Tçla^ sont l^s cours des coUégefs, dans lesquels 1^ Lpcr turers spéciaux ^ tout en traitaut méthodiquement leur sujet j négligent moins que les maîtres. • de Funiversilé les exigences du programjne. Telles sont, surtout les répétitions données païf les Tutor* daus les coUéges ou daua les liaisons privé^^. ^ Oxford, comme dans certaines autres universités des îles Britanniques et du Goutinèut , ce g^w^ d'enseignement s'abaisse parfois au point den'^tr^ plus qu'un exercice de rnémoire qui a pour règtç unique le texte du programme officiel , ou les pré-, férences présumées de l'examinateur. Les jeunes, gradués qui viennent de passçr avec succès leurs examens, sont recherchés pour cette fo;ictiqn ^oy les aspirants aux grades; et ils se créent ainsi une carrière lucrat;ive, quand ils n'ont pas ^% vue une situation plus élevée ^.
® Le lecteur qui désirerait avoir des informations conoplémentaires sur Torigine et Torganisation actuelle de renseignement à Oxford consultera ayec fruit les ouvrages suivant^. — Vallet de Vi ri ville : Histoire de l'instruction piif^liq^e en Europe; 1 vol. in -4°; Paris, 1849. — Mémoire $ur
Sous un tel régime , les maîtres de l'université ont fort peu d'influence sur les décisions relatives aux programmes, aux examens et à la collation des grades. Ces décisions sont. généralement prises , en assemblée générale , sur la proposition du vice -chancelier et des Proctors. Les examinateurs sont nommés pour un an; ils ne sont jamais renommés plus d'une fois ; ils sont généralement choisis parmi les Tutors, rarement parmi les maîtres et les Lecturers.
Dans la faculté des arts, qui embrasse l'ensemble des connaissances nécessaires aux classes dirigeantes, les élèves reçoivent le grade de bachelier après trois examens successifs. Le premier {the responsions) est passé lors de l'entrée à l'université : il fixe la date de l'immatriculation et, par suite, les délais dans lesquels doivent être passés les examens ultérieurs ; il a pour objet les connaissances littéraires et mathématiques de l'enseignement secondaire. Le second examen {the modérations) peut être passé avant l'expiration de deux années de séjour, c'est-à-dire dans le cours du septième trimestre qui suit l'immatriculation : il porte sur les connaissances plus élevées des lettres et des mathématiques. Les élèves qui s'y présentent se
r Université d* Oxford, par M. Lorain; lu à rAcadémie des sciences morales, les 22 et 27 juin 1850. — Demogeot et MoNTucci : De V enseignement supérieur en Angleterre et en Ecosse; 1 vol. in-S^; Paris, 1870.
classent eux-mêmes en deux catégories : les Passmen, qui ne prétendent justifier que des connaissances strictement nécessaires pour obtenir le certificat ordinaire, ou en d'autres termes l'autorisation de subir le troisième examen ; les Classmen , qui prétendent être admis parmi ceux qui , au troisième examen, concourent pour les honneurs. Ces derniers prennent désormais pour spécialité l'une des quatre branches de la faculté des arts , savoir : les lettres , les mathématiques , les sciences naturelles, Yhistoire avec la législation. Le troisième examen, dit l'examen final, est confié à cinq commissions , savoir : la grande et la petite commission des lettres, les trois commissions des mathématiques , des sciences naturelles et de l'histoire. Il ne peut être passé que par les élèves dont le stage comprend un nombre de trimestres supérieur à 12 et inférieur à 18. Les Passmen subissent des épreuves peu difficiles devant la petite commission des lettres et devant l'une des trois autres commissions qu'ils désignent eux-mêmes : en cas de succès , ils sont admis au grade de bachelier es arts , et ils peuvent joindre à leur nom les initiales B. A. Les Glassmen subissent des épreuves beaucoup plus difficiles devant la grande commission de leur spécialité. Ils sont rangés en trois classes correspondant au degré de mérite dont ils ont fait preuve : ceux qui ne sont pas admis au moins dans la
3® classe retombent dans la catégorie des P^ssmen. Les quatre catégories de bacheliers ^ malgré l'extrême inégalité desmérites, reçoivent des diplômes identiques. La distinction n'est établie que par la publication des noms appartenant aux quatrç cfi* tégories. Cependant les noms ne^ sont classés dans chaque catégorie que selon Tordre alphabétique. En ce qui touche l'acquisition ^es connaissances scolaires, l'université ne tend guère à exciter l'esprit de concurrence. Elle veut form^çr 4p bons Anglais plutôt que de livrer de§ membres à une républiq.ue des lettres^: à ce point de vue, en effet, les meilleurs ne sont ç?ts les plus ^va^ts. La tendance <Je l'université est ençpre plus marquée dans la collation du grade supérieur de la faculté, celui de maître es arts. Ce grade peut être accordé , sans ïiouvel eî;apa.en ,. à tQus pçux qui, étan,t bacheliers, sont immatriculé^ ç^p^is 27 semestres* Ce long stage DL'§ntraîn.ç xfxèï»e pas
" Des critiques ont été adressées sur ce point au système d' enseignement d'Oxford. Montalembert oppose justement à ces critiques \^ résultat obtenu; et il çQnclufa dans les termes suivants :
« A tous leurs détracteurs, les universités anglaises « peuvent répondre triomphalement en montrant leurs pro- « duits , c'est à dire la nation anglaise représentée par ses tt c|ief% et ses classe^ dirigeantes. Elles ont été instituées , « selon une belle parole du docteur Pusey, pour faire des « hommes et non des livres. Tout observateur impartial c( conviendra qu'elles ont merveilleusement sempli leur <i mjgSiiQp. « [ffçi l'avoir politique çl^ l'Angleterre, p. t9î.)
CH. V — L'UNIVî:RSITE D'OXFORI) u«
la résidence à l'université pendant les quatre dernières années : il peut être à la rigueur justifié par le paiement régulier des droits universitaires. Les grades mérités dans ces conditions ne sont définitivement accordés aux titulaires que par la Congrégation, dans des cérémonies imposaates gui ont un caractère à la fois religieux et chevaleresque , et dans lesquelles on indique solennellement aux gradués les devoirs imposps par leur institution.
Les trois facultés de théologie , d^ droit çit de médecine groupent, en général, les étudiants qui se proposent moins d'occujper les hautes situg,tiens de l'administration et de la politique , que ^ se créer une spécialité professionnelle. Cepeudapt l'université d'Oxford n'oflre guère le haut enseignement spécial qu'aux ecclésiastiques anglicaos. Comme on l'indiquera plus loin^ les légistes et les médecins se forment à d'autres écoles. Dans chacune de ces facultés , il y a deux grades , comme dans celle des arts : seulement, le nom de « maître > y est remplacé par celui de ac docteur ».