CHAPITRE VIII
LES CARACTÈRES ET LES TENDANCES DE l'eNSEIGNEMENT
Dans l'étude des connaissances humaines , comme dans les autres genres d'apprentissage , et, en général, dans les diverses branches d'activité sociale , les Anglais ne sont guère contraints de suivre des voies rigoureusement tracées par les gouvernants. Ceux qui prennent pour but la conquête des grades universitaires, ou l'admission aux écoles spéciales des services publics, ont , entre de larges limites , le choix des moyens d'accès. Ainsi, par exemple, les programmes
GH. YIII — CARACTERES DE L^ENSEIGNEHENT 129
d'examen témoignent de la liberté extrême accordée aux candidats ; et , sous ce rapport , ils contrastent beaucoup avec certains programmes du Continent. Les connaissances signalées aux candidats constituent une sorte d'encyclopédie. Pour chacune d'elles on mentionne le maximum de points de mérite qui peut être obtenu ; et Ton complète le programme en indiquant le nombre total de points que le candidat doit au moins réunir pour être admis. Muni de ces informations, le candidat est en mesure de choisir le sujet de ses études et d'arrêter le plan de ses examens : il peut également réussir, soit qu'il fasse preuve d'une suffisante aptitude dans de nombreuses branches de connaissances, soit qu'il se borne à montrer, dans une ou deux branches , une vraie supériorité. Conseillés par leurs parents, leurs maîtres et leurs amis, les intéressés portent généralement leur choix sur les études qui les aideront le mieux dans la carrière qu'ils se proposent d'embrasser ; et de là résulte deux conséquences utiles. Les écoles secondaires constatent , par ce régime d'examens , les besoins des familles; et elles y adaptent leur enseignement. Les universités et les écoles spéciales tirent ellesmêmes avantage de ces dispositions du public pour améUorer certains détails de leur organisation intérieure.
Les chefs de l'enseignement supérieur, en lais-
130 LIVRE >ÎÉUVIÈME —LE GOUVERNEMENT PRÔVIÏTCIAL
sant celte liberté aulx candidats, s^inspit'ent en Dtltre d'une opinion fort Répandue en Ahgleterre. ils croient que là condition du succès , dans Tachèminemeiit vers les professions libéirales , est l'élévation du caractère plus cJUe la spécialité du savoir. Ils constatent journellement qu'un jeune homme , après avoir reçu dané sia famille l'édticatîôii du Gentleman, est apte à devenir officier, îûàgistrat ou fonctionnaire , s'il a seulement une intelligence commune; tandis que les lettî:és et tes savants habiles sont peu propres aux mêmes fonctions, quatid cette éducation préalable fait défaut. €ependatit les facultés intellectuelles recouvrent, à l'aide du temps, leur importance : la hiéraï-chie naturelle reprend ses droits pai'mi des hommes admis dans la même carrière, pour avoir d'abord justifié de qualités plus indispensables. L'enseignement universitaire exerce donc plus tard sa légitime influence sur le classement de ces hommes dans leur profession. Lès univer* sites liiodernes tendent spécialement, comme les anciennes, à donner ce moyen de succès â leurs gradués. Les unes et les autres voient affluer^ parmi leurs clients, ceux qui se destinent aux professions lucratives de l'enseignement, du droit et de la médecine. Elles confèrent en outre également les baccalaiœéats et la maîtrise de la faculté des arts à cette classe supérieure (VI,vin)j si nombreuse et si bienfaisante en Angleterre j
CH. VllI — CARACTÈRES DE L'ENSEIGNEMENT 131
qui Se dévoue gratuiteiiient au bien public àans ses résidences rurales. Les deux sortes d'établissetnents Cotitràstetil , il est vrai, sur un point essentiel : au thilieu d'une activité commune , ils àtttibuentbu refusent systématiquement une place à là religion; mais il semble que les préoccupations d^où est sorti ce contraste , tendent à s'^af^ faiblir, à tiiiesure que de judicieuses réformes donnent sàÛsfattion à tous les intérêts religieux. ïout eu conservant le caractère qui leur est propre , Oxford et Londres trouveront souvent dans l'avèïiîr Toccasioti de se Rapprocher.
Déjà iïième, l'université d'Oxford à fait plusieurs pas dans cette voie. Tout en restant le foyer et la pépinière de l'Église anglicane , elle commence à ouvrir âes portes aux jeunes gens élevés dans la pratique des autres cultes. C'est ainsi, par exenàple , qu'une loi récente admet tous les écoliers, sans distinction de communion religieuse, aux grades du baccalauréat ^ Cette réforme est une conséquetice naturelle de celles qui se sont accomplies dans l'organisation politique. Depuis que tous les dissidents sont, comme
* Une loi édictée en 1871 (34-35, Vict., c. 26.) a complété sous ce rapport Tanalogie des universités anciennes et de IMîiivtôrsité de Londres ; elle dispense les aspirants aux grades supérieurs ou aux fonctions universitaires laïques de souscrire toute profession de foi à Oxford , à Cambridge à Durham et aux collèges qui en dépendent.
les orthodoxes, admis dans le parlement sous la souveraineté d'un roi anglican, il est désirable que leurs enfants soient encouragés à fréquenter les universités officielles. A. Oxford comme à Cambridge, la partie essentielle de l'enseignement donné à un écolier est le contact journalier d'une jeunesse élevée dans les familles qui perpétuent le mieux la tradition des bonnes manières , de l'honneur, du patriotisme et de la vertu. Les dissidents anglais du protestantisme, les presbyteriens d'Ecosse, les catholiques qui forment la majorité d'Irlande. et qui entrent pour un vingtième dans la population de l'Angleterre devraient être mis en situation de concilier les avantag*^' de ce contact avec la conservation de leur foi ri^ligieuse. Les. difficultés actuelles seraient écartées si des pensions de famille , des Halls et des collèges spéciaux à chaque croyance recevaient les jeunes gens qui, par leur naissance bu la c idition • sociale de leurs parents , sont appelée' à siéger dans le parlement ou à remplir les charges de la magistrature. Par cela même qu'il ne dégénèrerait pas en un complet mélange , ce contact profiterait à toutes les fractions de la jeunesse : les dissidents auraient pour modèle l'ascendant social que donne aux classes dominantes l'exercice du pouvoir ; les orthodoxes prendraient exemple sur les vertus privées auxquelles les minorités dissidentes demandent habituellement la supé-