CHAPITRE IX
LES. pONTR6i.ES DU GOUVERNEMENT LOCAL
La âotioa du gouvernement était sur beaucoup de points , au moyen âge , différente de celle qui prévaut aujourd'hui. La vie privée se dévelopjiait librement dans un cercle plus étendu. Les chefs de famille, agissant isolément ou groupés en associations, pourvoyaient souvera.inement aux intérêts de leurs foyers et de leurs ateliers. Les paroisses rurales, les comtés et les cités réglaient, avec une indépendance presque complète, divers groupes spéciaux d'intérêts communs.
Le changement survenu dans cet ancien état de choses a eu généralement pour cause, parfois pour prétexte , la défaillance morale des particuliers et le zèle protecteur des gouvernants. Il a eu pour conséquence l'accroissement du nombre des fonctionnaires salariés. Le danger de cette transformation a été souvent signalé ^ . Bien que
^ Sully indique , dans plusieurs parties de ses mémoires, et notamment dans le passage qui suit, les désordres, provoqués à cet égard en France sous les Valois. « Surtout sçachant par expérience qu'il n'y a rien qui tesmoigne dar vantage la décadence prochaine d'un Estât que Teffréi^é^ multiplicité d'officiers, et la licence que se donnent ceux de justice et de finance de s'enrichir excessivepnent pux de§-
rextension de renseignement scolaire ait déclassé, en Angleterre, une foule d'individus et multiplié beaucoup les agents de la centralisation', on se plaît encore à proclamer que les fonctionnaires rétribués par TÉtat doivent être placés, dans la liiérarchie sociale, au-dessous des personnes privées qui travaillent au bien public dans une situation indépendante ^ Néan-
pens des revenus publics et des biens des particuliers, il (Henri IV) fit premièrement un grand retranchement d'officiers. » {(Economies royales, ch. civ.) — Sur les vices de la bureaucratie, voir la Réforme sociale , ch. 63.
^ « C'est là le plus grand péril de la société anglaise; le « mal est loin d'être aussi grand que sur le Continent, mais (c l'Angleterre est déjà sur la pente fatale. Il est temps, « pour les hommes d'État, de reconnaître que le désir uni- <c versel et immodéré des emplois publics est la pire des « maladies sociales. Elle répand dans tout le corps de la « nation une humeur vénale et servile qui n'exclut nulle- « ment, même chez les mieux pourvus, l'esprit de faction « et d'anarchie. Elle crée une foule d'affamés capables de « toutes les fureurs pour satisfaire leur appétit, et propres à « toutes les bassesses dès qu'ils sont rassasiés. Un peuple de « solliciteurs est le dernier des peuples : il n'y a pas d'ignoa minie par où on ne puisse le faire passer. » (Montalem- BERT, De l'avenir politique de r Angleterre, p. 84.) Ce jugement a servi de thème à une discussion du parlement, et il n'y a rencontré que des suffrages unanimes. (Voirie compte rendu de ces débats dans le Times du 25 avril 1856.) z= ' Ainsi le chancelier de TËchiquier, présentant à la Chambre des communes l'exposé des motifs du budget de 1860-1861 , et traitant des cinq catégories de personnes qui paient Timpôt sur le revenu [Incnms'taœ), s'est exprimé dans les termes suivants , en se mettant évidemment au point^de vue