‹ La constitution de l'Angleterre considérée dans ses rapports avec la loi de Dieu et les coutumes de la paix sociale, Précédee d'apercus sommaires sur la nature du sol et l'histoire de la race (volume 2)Chapitre 62 sur 163 · CH. 1" — CARACTÈRES DE U SOUVERAINETÉ · texte numérisé non relu

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tel désordre, rédifice social s'est toujours écroulé : nombre de lieux, jadis occupés par des agglomérations ainsi constituées, n'offrent plus aujourd'hui au voyageur que des ruines peuplées de plantes et d'animaux sauvages. Dans cet état des sociétés, une catastrophe ne peut être conjurée que par une souveraineté assez forte pour dominer les discordes intestines, et restaurer l'obéissance à la loi morale.

Les nations riches et lettrées de l'Europe ont une situation intermédiaire entre ces conditions extrêmes de l'Orient et de l'Occident. Elles occupent trois sortes de lieux , auxquels correspondent trois organisations distinctes des sociétés, savoir : les montagnes et les plateaux élevés , où se perpétuent certaines traditions de la vie pastorale; les campagnes, partiellement envahies par les maux que provoque l'agglomération des familles ; enfin les villes , où régnent à divers degrés les corruptions historiques de Sodome et de Gomorrhe , de Babylone et de Ninive (I,ixetVIII,xni).

Ces nations sont de toutes parts envahies par la souffrance : cependant elles semblent con-

une enquête ouverte récemment en Angleterre sur Texploitation des mines de houille , a mis à nu ce sentiment dUndifférence ou de révolte touchant les intérêts généraux de la société. {Bulletin de la Société d'économie sociale, t. IV, p. 453 et 682.)

server encore la paix sociale et offrir toutes les apparences de la prospérité , si elles substituent un judicieux accroissement des pouvoirs publics à la part d'autorité qui ne peut plus être exercée par le père de famille. Sous ce rapport, l'Angleterre, malgré ses défaillances, peut être présentée comme modèle à ses émules du Continent ^

Selon l'exposé fait aux livres précédents, l'autorité paternelle a toujours eu des fondements solides dans le corps même de la nation. La souveraineté du père , fortifiée par le testament, n'a jamais cessé de dresser les jeunes générations au travail et à la vertu, plus efficacement que ne l'a pu faire la souveraineté du chef de l'État, secondée par la force armée et par les officiers publics. Les chefs de famille, qui tiennent au sol par le droit de propriété ou par un bail , dirigent en toute liberté la paroisse rurale , pourvu qu'ils y fassent régner la paix et se soumettent à la coutume. En respectant ces mêmes obligations, les propriétaires fonciers qui constituent la classe supérieure , ceux qui perpétuent dans leurs résidences rurales les vertus du Gentleman, gouvernent souverainement le comté. Enfin, les paroisses, les comtés, les cités et les trois provinces du Royaume-Uni, représentées par la

^ La Réforme sociale; 53, vi à x.

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chambre des communes et la chambre des pairs, concourent avec le roi au gouvernement de TÉtat. Dans Tère de paix sociale ouverte par la réforme morale de Georges III, les deux chambres du parlement ont, en fait, pris à la haute direction des affaires une part plus grande que celle du roi et de son conseil. Cependant, cette organisation du pouvoir n'est nullement essentielle à la constitution britannique* : elle se modifierait, par l'ensemble des circonstances qui amèneraient un jour au pouvoir un roi populaire et un parlement méprisé. Si l'antagonisme social qui se développe, depuis 1830, avec des circonstances regrettables, continuait à s'aggraver ; si la nation se divisait par la discorde, au point que ses représentants devinssent impuissants à constituer une majorité, le roi reprendrait momentanément, dans l'État comme dans les localités ^, la plénitude de l'autorité publique.

Cette heureuse répartition des pouvoirs , créée par une longue expérience, transmise à chaque génération par des coutumes dérivant de la loi suprême , se prête donc , avec une merveilleuse élasticité, aux alternances de souffrance et de

* La Réforme sociale; 61 , v. zziz ^ Au début de mes voyages en Angleterre, en 1836, j'ai souvent entendu, dans les campagnes éloignées des villes, des discours prouvant que, selon la conviction des opinants, le roi gouvernait personnellement les affaires publiques. — F. L-P.

prospérité qu'impose à chaque nation le libre arbitre de ses membres. Un peuple se gouverne en toute liberté aux époques de vertu ; il s'appuie davantage sur le roi, quand le vice et Terreur se propagent ; il doit se borner à obéir quand le mal est à son comble. Enfin si, comme il arriva au XVII® siècle, tous les pouvoirs publics manquent à leur devoir, c'est dans le cœur du père et de la mère que se trouvent les dernières traces de dévouement et le seul espoir de salut. Cette réserve de vertu , ce moyen suprême de réforme restent acquis à l'Angleterre depuis la fondation de ses domaines à familles-souches (II , vii ; V, xiv). C'est ainsi qu'aux époques de souffrance traversées depuis dix siècles, la race anglaise a toujours puisé, dans la vie privée et dans les trois éléments de la vie publique , les moyens de régénération sociale. Là est le secret de la prospérité soutenue qui a grandi sous les plus mauvais rois (II, iv, n. 4) , tandis que l'instabilité et le fréquent retour de la souffrance sont le caractère habituel des races qui fondent leur constitution sociale sur un principe absolu de gouvernement^. Si malgré sa richesse, sa puissance et son activité littéraire, l'Angleterre reste le modèle des grandes nations, c'est d'abord qu'elle conserve comme son plus précieux héritage la vraie notion

^ La Réforme sociale ; 62 , ix.

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de la loi morale , de l'autorité paternelle et de la vie privée; c'est ensuite que, dans la vie publique, elle groupe harmonieusement les trois principes de la souveraineté, en conjurant les excès de chacun : c'est, en résumé, qu'elle est patriarcale au foyer, démocratique dans la paroisse , aristocratique dans- la province et monarchique dans l'État \

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