LA HIÉRARCHIE DANS L^ÉTAT ET LES GRANDS DIGNITAIRES
En Angleterre , comme chez les autres nations dont l'ascendant moral est accepté par le monde entier, on a toujours repoussé le faux dogme de « l'égalité providentielle* ». La constitution sociale se prête avec une merveilleuse élasticité à l'élévation rapide des individualités éminentes parties des derniers rangs de la société. L'opinion publique y aide , encore plus que les institutions de la vie privée. « Les parvenus » qui ont conquis une situation élevée par le travail , le talent et la vertu , et qui possèdent en outre les qualités du Gentleman (VI, viii), sont aussi considérés que s'ils devaient surtout cette situation à l'héritage
* La Réforme sociale; 48, ii et xiii; 62, xi. — UOrganisation du travail; % 59. -^ Correspondances sur V Union de la paico sociale : n<> 4, p, 24; n*>5, p. 18; n® 8, p. 44.
de leurs aïeux. L'opinion ne favorise pas seule* ment ceux qui s'élèvent ainsi : elle veut que le fondateur d'une maison puisse y sans entrave et autant qu'il dépend de lui, maintenir ses des* cendants au niveau qu'il a conquis. L'opinion n'admet pas que cette liberté aille jusqu'à la transmission forcée des foyers et des ateliers , mais elle approuve hautement celle des titres de noblesse. Elle voit dans les titres un stimulant qui concourt à conserver la tradition des aïeux ; elle trouve d'ailleurs , dans les mœurs et les institutions, le moyen de refuser, en fait, la prépondérance sociale à la noblesse, dès que celle-ci se transmet sans la vertu.
Au-dessous du roi, la coutume place, dans l'Etat, aux sommets de la hiérarchie, la faiûille royale, et, en tête de celle-ci, les enfants du roi. Parmi ces derniers sont d'abord classés comme les plus proches héritiers du trône l'aîné des fils, dit prince de Galles, et son épouse; puis l'aînée des filles, dite princesse royale*. Viennent ensuite les personnages qui ayant acquis une haute situation par la richesse , le talent et la vertu, se dévouent au service de l'Église et de l'Etat. La liste des préséances est très-nettement
^ La loi leur attribue en partie le caractère auguste de la souveraineté : elle déclare crime de haute trahison une conspiration contre la vie du Prince ou un attentat contre la chasteté de la Princesse.