‹ La constitution de l'Angleterre considérée dans ses rapports avec la loi de Dieu et les coutumes de la paix sociale, Précédee d'apercus sommaires sur la nature du sol et l'histoire de la race (volume 2)Chapitre 85 sur 163 · LE BIEN ACTUEL ET LA FROSPERITÉ · texte numérisé non relu

LE BIEN ACTUEL ET LA FROSPERITÉ

Comme aux âges précédents, le règne du bien repose en Angleterre sur cinq appuis principaux : la famille -souche rurale, la religion unie à l'État, Téducation des universités, la fécondité de la famille et le judicieux emploi de ses rejetons, l'ampleur et l'organisation élastique de la souveraineté.

Les propriétaires ruraux perpétuent dans leurs familles -souches, par les bonnes mœurs et Tusage du testament, l'influence qu'ils exercent depuis dix siècles sur les campagnes. Ils ne se bornent pas à imposer leur autorité par la force des choses : ils la font désirer comme une conséquence légitime de leurs qualités personnelles, comme un élément nécessaire de la prospérité nationale. Ils ne constituent pas seulement la principale classe dirigeante : dans l'opinion de tous , ils sont a: la classe supérieure ». En raison de leur prudence et de leur dévouement, les familles rurales n'excitent point la jalousie des autres classes. Grâce à la modération qui les porte à voir, dans la perpétuité des baux at mW, une des gloires de leur maison, ils sont de vrais patrons, à la fois pour les

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fermiers et pour les journaliers. Les familles nobles se distinguent , à cet égard, entre toutes ; aussi leurs privilèges restent -ils confirmés par l'opinion. Les manufacturiers et les commei^çants enrichis ne conçoivent eux-mêmes, contre ces privilèges, aucun sentiment hostile. Ils savent que , selon l'esprit de la constitution britannique , la .noblesse conférée par le roi à ceux qui ^ mettent leur richesse , leur talent et leur vertu au service de la Vieille- Angleterre , marche de pair avec celle qui est transmise par le sang d'illustres aïeux. Ils se gardent donc d'attaquer les bases actuelles d'une supériorité sociale qu'ils peuvent conquérir pour eux-mêmes, ou tout au moins pour leurs descendants. En achetant un domaiuQ rural, ils incarnent dans leur famille les qualités de la Gentry. En se dévouant aux intérêts de la localité et à là prospérité de la patrie , ils s'assimilent les vertus de la noblesse. Ces familles d'élite forment une précieuse pépinière, dans laquelle le roi peut toujours trouver les remplaçants dès vieilles souches déracinées, sous l'action du temps , par les atteintes du vice originel. ,

: 1/ union de la religion et de l'État procure encore aux Anglais les avantages qui ont été recherchés dans le passé par tous les peuples prospères , et qui ne sont guère contestés en Europe que Chez lés peuples souffrants. L'insti-

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tution a toujours eu' de grands avantages : elle a rappelé aux gouvernants enorgueillis de leur puissance que , pour les nations comme pour les individus , le principe de toute prospérité est la soumission à la loi divine. Cependant, depuis les époques <ie corruption ouvertes par la Renais^ sance, cette- coutume a déchaîné le fléau des guerres religieuses; et T Angleterre en a soùf-^ fert autant que les autres grandes nations de rOccident; D'un autre côté, les États-Unis de TAmérique du Nord grandissent depuis un siècle et observent fidèlement les trois premiers commandements de Dieu , avec le concours de re* ligions séparées de TEtat. Doux grands peuples prospères, sortis d'une souche commune, pratiquent ainsi, avec les mêmes apparences de succès , deux régimes religieux fort différents. Cependant un tel contraste, dans l'uiie des institutions fondamentales de Thumanité, amè*t nera tôt ou tard des conséquences opposées. La comparaison dé ces résultats fera donc connaître un jour la meilleure solution*,

^ La question semble se résoudre de plus en plus, contre la nouveauté, en faveur de la tradition. Dès Tannée 1864 je signalais des symptômes de décadence dans les croyances religieuses et les mœurs des États-Unis [La Réforme so-^ ciale, 11 , IV) : depuis lors le mal a fait de rapides progrès* On ^onsuilera utilement sur ce point un ouvrage (sous presse] de mon ami, M. Claudio Jannet. — Voir, à la fin de ce tome , la Bibliothèque de l* Union, ^- F. L^P.

L'éducation donnée à la jeunesse riche , pendant un stage de trois ans, aux universités d'Oxford et de Cambridge est un des plus fermes appuis de la constitution sociale. Les bacheliers ou les mfidtres es arts d'Oxford connaissent, diton, moins que ceux de Londres, les sciences ayant pour objet le monde physique ; mais ils pos sèdent mieux la ce science du monde moral i> '.

* « En quelque lieu que vous soyez, n'y fussiez-vous qu'en « passant, tâchez de savoir, par les habitants les plus hono- « râbles , les inclinations du peuple , les coutumes du pays, « la forme du gouvernement, les opinions et tout ce qui « touche à la vie civile... Cette connaissance acquise..., vous <K manierez plus facilement les esprits, vous aurez plus « d'autorité sur eux , vous saurez sur quels points vous de- « vez le plus appuyer dans la prédication... — On méprise « souvent les avis des religieux, sous prétexte qu'ils ignorent <c le monde... Mais lorsqu'on en rencontre un qui sait vivre « et qui a l'expérience dos choses humaines, on l'admire «c comme un homme extraordinaire... Tel est le fruit morte veilleux de la science du monde. — Vous devez donc ce maintenant travailler à l'acquérir avec autant de zèle que « vous en aviez autrefois pour apprendre la doctrine des (c philosophes et des théologiens. Seulement , ce n'est pas « dans les manuscrits , ce n'est pas dans les livres impri- « mes qu'on acquiert cette science : c'est dans les livres « vivants , c'est dans les relations avec les personnes sûres « et intelligentes. Avec cette science, vous ferez plus de bien « qu'avec tous les raisonnements des docteurs et toutes les « subtilités de l'école. » (Instructions de saint François de Xavier au père Gaspard Barzée partant pour la mission d'Ormuz , datées de Goa en 1549. — Daurignac , Histoire de saint François de Xavier, t. II, p. 34.). — Voir aussi l'Union n«3, ch. ii.

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Les étudiants apportent au stage , ou en d'autres termes à renseignement mutuel d'Oxford, les sentiments qui leur ont été inculqués, dans la vie domestique, par les plus éminentes familles de l'Angleterre : la soumission à l'autorité paternelle , les habitudes du Gentleman et l'amour des traditions nationales. Ils y acquièrent l'esprit d'obéissance envers les supérieurs; ils apprennent , sous l'égide de la religion et le bienveillant contrôle des maîtres, à ne point abuser des libertés de la vie privée; ils s'exercent surtout à dominer leurs contemporains par la dignité des manières , l'ascendant du bon exemple, l'usage de la parole et l'autorité de la raison. En un mot, ils reçoivent à l'université le véritable enseignement d'une classe supérieure, rimtiation pratique à l'art de commander.

En Angleterre, comme partout, la fécondité est le caractère distinctif des familles perpétuées par le testament, des nations appelées à dominer les races stériles. Chaque père trouve aisément dans sa nombreuse postérité le digne héritier de la famille : c'est celui qui , docile aux leçons des parents, s'exerce à continuer les bonnes traditions des aïeux, au foyer domestique et à l'atelier de travail. Après avoir ainsi pourvu au premier de ses devoirs , le père de famille, secondé par l'héritier, consacre le reste de sa vie à l'établissement de ses autres

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eiifants. Il fait -admettre les caractères brillants etJe^ aptitudes éminenles dans l'armée, la magistrature, Tadministralion publique et les arts libéraux du Royaume-Uni. Il encourage l'émigralion des natures ardentes qui jetteraient le trouble sur un territoire, encombré d'habitants, comme des^ individualités calmes et modestes qui conviennent au défrichement des territoires déserts» C'est ainsi que cette heureuse nation produit en abondance , et classe avec discernement les hommes qui, chaque année, ajoutent à la splendeur de la métropole et agrandissent le territoire de ses colonies.

Les quatre forces sociales dont le rôle vient d'être rappelé créent cette étonnante prospérité qui s'accroît depuis dix siècles, même sous les mauvais gouvernements. La cinquième, la souveraineté, plus portée que les autres à la corruption, a fait naître parfois la souffrance; mais ordinairement, sous la pression d'excellentes coutumes , elle remplit très - bien sa principale mission, l'affermissement de la paix sociale. La souveraineté procure aux Anglais ce bien suprême , parce qu'elle est répartie , avec une distribution judicieuse de droits et de devoirs , dans le corps entier de la nation; parce qu'elle est conforme à la nature même des personnes et des lieux; parce qu'elle unit intimement, dans une harmonieuse hiérarchie , les trois éléments

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