‹ La constitution de l'Angleterre considérée dans ses rapports avec la loi de Dieu et les coutumes de la paix sociale, Précédee d'apercus sommaires sur la nature du sol et l'histoire de la race (volume 2)Chapitre 87 sur 163 · LE MAL ACTUEL ET LA SOUFFRANCE · texte numérisé non relu

LE MAL ACTUEL ET LA SOUFFRANCE

Âju milieu d'une série croissante de prospé* rites , l'Angleterre n'a jamais pu éviter complètement la soullrance. Dans l'ère moderne, comme aux âges précédents , elle a eu ses misères morales. Éprouvée par les mauvais exemples de Charles II et des deux premiers Georges, raffermie après 1783, par la vie domestique de Georges III , les écrits de Samuel Johnson et la parole de Biu'ke, elle commence aujourd'hui à montrer de nouveaux symptômes d'affaiblissement. Cette fois , le mal provient non du vice mais de l'erreur, non des rois et des courtisans mais des savants et des manufacturiers.

U se manifeste surtout par deux aberrations qu'on pourrait nommer (C les faux dogmes de la science et du travail d.

Selon la première de ces aberrations, les sciences expérimentales, qui de nos jours donnent tant de fécondité à l'ordre matériel, seraient appelées à détruire les fondements de l'ordre moral. Les prétendus savants, auteurs de ces prophéties , classent méthodiquement , dans leurs livres, l'homme avec les animaux. Ils ne voient en lui que l'être physique; et, en lui

appliquant les analyses de l'anatomie et de la physiologie, ils sont souvent conduits à lui refuser le premier rang. Quant à l'être moral, qui est rhommo presque entier, il reste inaperçu de ces esprits prévenus ou inattentifs. Violant là principale règle de la méthode expérimentale , ces faux savants regardent comme non avenus les phénomènes moraux, bien qu'ils se manifestent par des œuvres palpables qui envahissent peu à peu le domaine entier de la planète. Quand ils ne prennent pas uniquement, pour point de départ de leurs déductions , l'huître , le singe ou le cadavre de l'homme, ils ne songent jamais à se reporter aux sociétés humaines de tous les temps et de tous les lieux, c'est-à-dire aux vrais sujets d'observation imposés à la fois par le bon sens et la méthode expérimentale. Si, pour nier Dieu, c'est-à-dire pour justifier leur idée préconçue , ils sont contraints , par un semblant de respect pour la méthode, à citer l'homme vivant, ils se gardent d'aller aux modèles indiqués par la raison : ils se complaisent dans l'étude du « sauvage »; et encore ils le calomnient pour l'abaisser autant que possible au niveau de la brute ^ Ils prétendent condamner les vrais savants de tous les âges qui , ayant consacré leur vie à l'étude méthodique des sociétés prospères,

* Voir, à la fin de ce tome, la Pièce I des Documents annexés.

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