‹ La constitution de l'Angleterre considérée dans ses rapports avec la loi de Dieu et les coutumes de la paix sociale, Précédee d'apercus sommaires sur la nature du sol et l'histoire de la raceChapitre 115 sur 190 · I/UNITE SOCIALE : LA FAMILLE, SES TROIS TYPES ET SON HISTOIRE · texte numérisé non relu

I/UNITE SOCIALE : LA FAMILLE, SES TROIS TYPES ET SON HISTOIRE

Les sociétés qui se distinguent par la supériorité de leur organisation se reconnaissent à deux caractères saillants : les individus vivent dans une paix complète ; ils sont réunis en groupes sous des autorités fermes et prévoyantes qui écartent les conflits et conjurent les maux qu'amènerait l'isolement. Le moindre de ces groupes, appelé « la famille » est la véritable unité sociale ; et ce sont ces unités qui , en s'agglomérant, constituent « les sociétés ». Au milieu de nuances fort diverses, les familles se rattachent plus ou moins à trois types principaux. Ceux-ci correspondent eux-mêmes à trois formes de sociétés, où les individus considérés, depuis la naissance jusqu'à la mort, jouissent fort inégalement des satisfactions que donnent la paix sociale et la sécurité des existences individuelles.

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Dans le premier type, la famille patria/rcale, tous les fils mariés restent au foyer paternel, tandis que les filles, qui ne gardent pas le célibat, s'établissent dans les foyers voisins; les jeunes ménages sont sous Tautorité de l'aïeul ; la communauté , quand l'habitation devientinsuffisante, expédie au dehors un essaim de jeunes ménages, doté avec l'épargne de la famille et placé sous l'autorité d'un chef dont la capacité est constatée par une longue expérience. La séparation de la famille et de son essaim entrsdne toujours certaines difficultés, même quand celui-ci peut se fixer dans le voisinage; mais, sauf l'agitation produite de loin en loin par le retour périodique de cette crise , la famille reste ferme et stable au foyer des ancêtres*.

Le second type, la famille instable, présente les caractères opposés. Tous les fils, comme les filles, quittent la maison paternelle au moment de leur mariage; et ils élèvent, avec l'appui des parents, des foyers nouveaux. Sous ce régime, la famille se fonde par l'union de deux époux; elle s'accroît d'abord par la naissance des enfants ; elle diminue ensuite , à mesure que ceux-ci s'établissent; elle prend fin à la mort des parents.

^ Exemple d'un partage dans une communauté de paysans, avec fondation d'une nouvelle maison. Voir les Ouvriers européens : Paysans agriculteurs , Portefaix et Bateliers émigrants (à Tabrok) du bassin de TOka (Russie centrale).

Dans ces conditions, la sécurité de la femme et des enfants ne repose pas sur la double garantie d'une communauté vouée aux mêmes travaux et d'un chef éclairé par une longue pratique : elle ne dépend plus que des qualités d'un homme jeune , sans expérience , qui , en raison de ses défaillances personnelles , aurait été rarement jugé digne, dans le régime patriarcal, d'exercer le commandement suprême sur la communauté.

Le troisième type, la fo/miUe-soiiche, est intermédiaire entre les deux autres. Un seul enfant, fils ou fille , choisi par les parents , se marie près d'eux, avec le titre d'héritier- associé*. Le jeune ménage trouve d'abord au foyer les soins et la direction dont il a besoin, soit pour lui-même, soit pour ses propres enfants. Il n'est guère que l'auxiliaire des parents tant qu'il s'agit de doter et d'établir successivement au dehors les frères et les sœurs de l'héritier. Son autorité augmente par degrés , à mesure que les parents s'en déchargent, selon le déclin de leurs forces. Elle se complète quand ceux-ci n'ont plus qu'à réclamer les soins nécessaires aux infirmités ou à l'extrême vieillesse. La même succession d'événements, le même partage d'autorité et de dépendance , se reproduisent à des intervalles qui correspondent aux âges adoptés pour célébrer les mariages des

* ^Organisation de la famille, § 8.

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héritiers-associés. Ce régime pourvoit moins que le premier, et beaucoup plus que le second, à la sécurité qui est le premier besoin des femmes, des enfants et, en général, de tous les individus faibles, imprévoyants ou vicieux. Mais il est supérieur à tous les deux, en ce qui touche deux autres besoins légitimes des sociétés : le perfectionnement de l'ordre matériel et Tessor des individus doués de facultés éminentes. Ces deux besoins sont peu développés parmi les nomades , soit chez les pasteurs, où naît spontanément la famille patriarcale; soit chez les chasseurs, où la tendance vers la famille instable est encore plus irrésistible. Ils se lient, au contraire, à d'impérieuses convenances chez les peuples sédentaires où les perfectionnements de l'ordre matériel sont, pour ainsi dire, sans limites, où les petits groupes sociaux, exigeant des chefs habiles, peuvent se multiplier à l'infini. Or la famille-souche ne laisse rien à désirer ni pour le libre développement de l'esprit de nouveauté , source principale des progrès matériels , ni pour le libre essor des individus capables d'exercer le commandement. L'esprit de nouveauté propre à la jeunesse n'est point entravé dans les établissements fondés par les rejetons des familles-souches , comme il l'est souvent chez les familles patriarcales gouvernées par des vieillards. Il est cependant tempéré, au sein des souches elles-mêmes, par l'association du

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père et du fils, et il est préservé par là des excès qui ont lieu dans les familles instables. Quant à l'esprit d'indépendance et à l'apprentissage du commandement , ils ont pour foyers naturels les nouveaux établissements ; mais ils sont contenus dans de justes bornes; car ceux qui aspirent à commander ont été de bonne heure dressés à l'obéissance , par l'éducation reçue au foyer des ancêtres. Ces considérations sur la supériorité de la famille-souche ont été souvent développées et résumées dans la Bibliothèque de l'Union^. Elles justifient l'explication donnée au livre précédent (II, vu) touchant la cause qui, depuis quatorze siècles, a toujours fait grandir l'Angleterre au milieu de mille catastrophes. Elles démontrent l'inexactitude, et tout au moins l'insuffisance, des théories historiques qui attribuent ce succès à telle ou telle forme de la vie publique. Or la principale cause d'une prospérité constante ne peut se trouver dans les formes qui ont toutes subi avec le temps des modifications profondes : il faut la chercher dans une institution fondamentale , restée invariable pendant cette longue époque. Une seule institution offre cette permanence , et elle appartient à la vie privée : c'est la famille -souche, importée sur le sol de TAn-

^ La Réforme sociale, livre III, et notamment les chap. 24 et 30. — L Organisation du travail, § 6. — L'Organisa^ tion de la famille, livre I.

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gleterre par les Angle -Saxons, et conservée de nos jours par les Anglais.

Cependant, il s'en faut de beaucoup que la race anglaise soit aujourd'hui exclusivement composée de familles-souches. En outre , les familles de ce type , qui constituent encore la principale force de la nation , n'ont pas gardé dans leur intégrité les coutumes de la famille anglo-saxonne *.

Les races qui formèrent d'abord l'Heptarchie (II, rv) et plus tard le royaume d'Alfred le Grand, étaient essentiellement composées de paysans propriétaires , cultivant leur domaine de leurs propres mains. En ce qui touche l'exploitation de ce domaine, l'institution et le mariage de l'héritier, la transmission aux générations successives et l'établissement des rejetons émigrants, ces paysans se rattachaient exactement au type de famille-souche précédemment indiqué. En ce qui touche les autres détails de leur existence, ils ressemblaient beaucoup à plusieurs familles décrites dans la Bibliothèque de l'Union, notamment aux paysans du Lunebourg hanovrien ^ et

* D'après le recensement de 1861 , la population de l'Angleterre, composée de 20.200.000 individus, se répartissait entre 4.500.000 familles. Celles-ci ne comprenaient en moyenne que 4 ou 5 membres ; elles étaient donc moins fortes que les bonnes familles -souches du Continent, qui offrent encore, en beaucoup de lieux, un. personnel de 18 membres. {La Réforme sociale, [26, v.) i= ^ Bulletin de la Société d'économie sociale, t. II , p. 518, et t. III, p. 613.

du Lavedan*. Us différaient par le degré d'aisance et l'importance du domaine. Les moins aisés possédaient seulement la quantité de terre qu'ils pouvaient cultiver avec les bras de la famille. Les plus riches possédaient une plus grande étendue : ils s'adjoignaient des ouvriers domestiques pour cultiver personnellement les principales parties du domaine , celles qui étaient les plus rapprochées de l'habitation; ils concédaient le surplus à une classe de bordiers (petits tenanciers), moyennant une redevance en argent, en produits ou en services. Tous les paysans propriétaires étaient liés eux-mêmes aune classe supérieure de propriétaires fonciers. Celle-ci était composée des chefs ou seigneurs (Thanes), qui avaient armé les navires et réuni les équipages employés à la conquête, qui, avec divers degrés de puissance et de richesse, présidaient aux gouvernements locaux des Tithings et des Hundreds, qui enfin relevaient eux-mêmes des nobles d'un ordre plus élevé (Eorls) , préposés au gouvernement des comtés et du royaume. Les Thanes, les nobles et les rois vivaient à la campagne , comme le faisaient à la même époque , dans la Gaule, les chefs de la hiérarchie des Franks^

® Paysans en communauté du Lavedan (Hautes -Pyrénées), — Voir les Ouvriers des deux mondes, t. I , p. 107 ; L'Organisation de la famille, liv. II et Appendice I. = ' Aug. Thierry s'est familiarisé avec l'esprit et les mœurs

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Chez les Anglo-Saxons, les nobles et les paysans avaient toutefois une organisation rurale préférable à celle des Franks. La même supériorité existe encore dans les régions maritimes du Hanovre et des États Scandinaves, comparées aux régions intérieures comprises entre la ligne du Rhin et la frontière des pays slaves.

Les territoires, qui n'étaient pas cultivés par les domestiques du seigneur, étaient partagés en domaines analogues à ceux des paysans propriétaires. Ils étaient concédés, moyennant redevance, à une classé de grands tenanciers qui se transmettaient, sous le régime de la famille -souche, leurs tenure , comme les paysans leur propriété.

En résumé, les propriétaires fonciers d'Angleterre sont constitués au temps d'Alfred le Grand, comme l'étaient encore, au siècle dernier, les descendants de leurs ancêtres communs du Hanovre et du Danemark. Le corps de la nation est surtout formé par les familles-souches des paysans propriétaires et des grands tenanciers.

de cette époque, en méditant sur la chronique de Grégoire de Tours. H décrit avec prédilection les résidences rurales des rois franks , et commence ainsi son premier récit des temps mérovingiens : « A quelques lieues de Soissons, sur « les bords d'une petite rivière, se trouve le village de « Braine. C'était une de ces immenses fermes où les rois « des Franks tenaient leur cour , et qu'ils préféraient aux « plus belles villes de la Gaule. L'habitation royale n'avait « rien de l'aspect militaire des châteaux du moyen âge... »

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CH. l** — LES TROIS TYPES DE LA FAMILLE 171

Ces familles ont, dans leur dépendance, des serviteurs auxquels elles sont liées par des engagements forcés et de petits tenanciers qui leur sont attachés par des engagements volontaires permanents ^ Elles sont elles-mêmes subordonnées, par des redevances territoriales payées à titre d'impôt ou de fermage et par l'organisation militaire, administrative et judiciaire, aune hiérarchie compliquée. Celle-ci commence au Thane le plus voisin, et elle remonte, par les Eorls, au roi et à ses grands fonctionnaires.

Les rapports qui liaient ainsi les propriétaires du sol à ceux qui concouraient à la culture se sont relâchés à mesure que la population s'agglomérait : à l'origine ces liens, forcés ou volontaires, étaient toiqours permanents; aujourd'hui, ils deviennent de plus en plus momentanés ^. La transformation qui s'est ainsi opérée dans la condition sociale des cultivateurs est un des traits importants de l'histoire d'Angleterre. Commencée sous les Tudors , accélérée par la révolution de 1688, elle a été complétée par l'impulsion imprimée depuis un siècle à la création des colonies, aux entreprises commerciales et aux établissements manufacturiers.

La conquête des Saxons , des Angles, des Danois et des autres hommes du Nord avait été l'in-

* Les Ouvriers européens, p. 16 et 17. =: ^ Ibidem,

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vasion de races agricoles remplaçant les anciens occupants que la force avait complètement refoulés. La conquête des Normands (de Neustrie) n'amena que des soldats qui se proposèrent, non de travailler la terre, mais d'en absorber les produits. Pour atteindre ce but, ils détruisirent et dépouillèrent les seigneurs saxons ; mais ils eurent un grand intérêt à conserver les tenanciers des terres confisquées, à la charge pour ceux-ci de payer la redevance aux nouveaux propriétaires. Les seigneurs normands trouvèrent également avantage à maintenir dans leur ancienne situation les paysans propriétaires qui consentirent à payer l'impôt au nouveau seigneur. Là , comme ailleurs, le régime féodal des Normands s'appuya sur une race de petits cultivateurs qui avaient le droit de transmettre leurs domaines à leurs descendants, à la condition pour ceux-ci de remplir les obligations contractées par leurs ancêtres. Peu à peu ces cultivateurs se multiplièrent et s'enrichirent par le travail, pendant que leurs maîtres se détruisaient ou se ruinaient par la guerre ; et ils se rachetèrent à la longue de ces obligations, par le versement de sommes une fois payées. Ainsi se forma cette nombreuse classe de petits propriétaires indépendants (Freeholders) *®

*° Les Ouvriers européens, p. 204. — « Les petits pro- « priétaires, cultivant leur propre champ et jouissant d'une « modeste aisance..., jouaient dans le xvii® siècle un rôle

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qui , vers 1430, reçurent le droit d'être représentés à la chambre des communes lorsque la rente annuelle de leur propriété atteignait 40 shillings

(XI, YI).

Depuis 1688, les paysans propriétaires se sont progressivement transformés en tenanciers sans avoir entièrement disparu". Les grands propriétaires, trouvant dans la corruption parlementaire du xvin® siècle , le moyen de s'assurer les honneurs et les profits de l'autorité publique, étendirent à l'envi leur influence dans les élec-

« plus importaDt qu'aujourd'hui. Si nous nous en rapportons « aux statistiques les plus estimées de Tépoque, il n'y avait « pas alors moins de 160.000 propriétaires, ce qui avec leurs « familles devait faire près d'un septième de la population, a tirant toute leur subsistance de petites propriétés allô* « diales. Le revenu de ces propriétaires était estimé à 1.500 « ou 1.700 fr. par an. On calculait que le nombre des pro- « priétaires faisant valoir leurs terres était plus grand « que celui des simples fermiers. » (Macaulay, Histoire d'Angleterre depuis Vavénement de Jacques II, p. 248. )

" On a souvent dit que le sol de l'Angleterre n'était plus possédé que par de grands propriétaires. Les observations que j'ai faites dans de longs voyages à pied m'ont démontré l'inexactitude de cette assertion. Elles sont confirmées par les relevés faits sur les listes électorales à l'occasion de la réforme de 1867. D'après ces relevés, il existe en Angleterre 202.000 propriétaires cultivant ou affermant des domaines dont la Rent est supérieure à 2.500 fr. Il existe, en outre, 200.000 propriétaires-cultivateurs de domaines dont la Rent est inférieure à 2.500 fr., savoir : 45.000 domaines, de 2.500 à 500 fr.; 25.000, de 500 à 350 fr.; 130.000, entre 350 et 50 fr. — F. L-P.

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tiens en achetant les petits domaines coijtigus à leurs résidences. Les paysans, de leur côté, améliorèrent singulièrement leur situation , en vendant leurs terres moyennant un prix élevé et en tirant, comme fermiers, de leur capital, un revenu triple de celui qu'ils en obtenaient comme propriétaires. Plus récemment, ces aliénations de petits domaines de paysans se sont multipliées sous d'autres influences, notamment par le désir qu'ont les personnes enrichies par le commerce de conquérir la considération attachée à la possession de la terre ".

La révolution ainsi opérée dans la condition des propriétaires ruraux eut pour conséquence, parmi eux , la destruction de l'une des meilleures coutumes de la famille. La cohabitation et l'association

*^ La dépossession d'une race admirable de paysans propriétaires et d'une petite noblesse rurale , à la fois pauvre et énergique , s'est également opérée en plusieurs régions de la France , sous l'influence des richesses créées par le commerce et les manufactures. C'est ce qui est arrivé notamment en Normandie, sur le plateau fertile nommé « Pays de Gaux ». Cependant les mobiles de cette transformation de la société ont été très-différents de ceux qui agissent en Angleterre. Les enrichis ont acheté , non pour acquérir une considération que ne donne pas en France la possession de la terre , mais pour mettre leurs capitaux à l'abri des ruines causées par des révolutions sans fin. Les paysans ont vendu, non volontairement pour améliorer leur situation , mais contraints par les liquidations périodiques que le régime du Partage forcé fait peser, depuis l'époque de la Terreur, sur toutes les familles fécondes. [La Réforme sociale, 34, xi.)

des parents avec le ménage de leur héritier a toujours été un impérieux besoin, un indispensable moyen de prospérité pour les paysans. Les grands propriétaires se sont fait une situation différente : cessant de diriger eux-mêmes la culture, ils n'ont plus qu'à percevoir les revenus de domaines concédés à prix d'argent à des fermiers ; dégagés des liens que le travail impose , portés à jouir, sans conflits domestiques, des satisfactions que procure la richesse, ils ont pu renoncer au concours d'un jeune ménage, s'isoler dans la vie privée et prendre des habitudes peu sociables *^. L'héritier, quand il se marie , sort de la maison paternelle : il ne revient s'y établir qu'à la mort du père , au moment où la mère, devenue veuve, en doit sortir pour achever sa vie dans l'isolement et dans une condition inférieure à celle qu'elle occupait pendant la vie de son époux. Ces mœurs de la classe dirigeante ont été adoptées de proche en proche par les classes riches vouées aux entreprises commerciales ou manufacturières. On les retrouve également dans la petite bourgeoisie, et jusque chez les artisans , qui exploitent un métier fondé principalement sur le travail des bras. A ces niveaux moyens de la hiérarchie sociale il

*3 Le contraste entre les habitudes et les charmantes coutumes de la vieille France avait vivement frappé un voyageur anglais du dernier siècle. (Voir ci-dessus III , vin , n. 5.)

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y a souvent association entre le père et le fils; mais il y a rarement cohabitation.

Ces déchéances partielles de la famille, au sein des classes prévoyantes et sûres de leur avenir, soulèvent à peine une critique quand on les compare à la désorganisation complète, au milieu de laquelle vivent les classes qu'on pourrait nommer « les nomades à engagements momentanés ».

Les individus des deux sexes et de tout âge qui composent ces classes infortunées portent le principal poids des maux déchaînés, en Occident, par le prétendu principe de «l'offre et la demande i>^*. Ils suivent, dans leur multiplication, les progrès du commerce, de l'industrie manufacturière , de la minéralurgie et même de certaines branches d'agriculture. On n'insistera point ici sur les souffrances infligées à des millions d'individus qui , pour la première fois dans l'histoire des sociétés puissantes et riches, sont abandonnés, sans patronage, à tous les périls du vice et de l'imprévoyance. Cette plaie de la constitution anglaise a d'ailleurs été décrite par beaucoup de lettrés contemporains. Au surplus, elle ne se rattache pas exclusivement au domaine de la famille ; et l'on a pu lire dans des documents officiels que ses manifestations les plus déplorables , descendent à « la bestialité *^ i>.

** La Réforme sociale, 49 , m à v. zzz " Ces faits ont reçu longtemps une grande publicité: en Angleterre, par

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