‹ La constitution de l'Angleterre considérée dans ses rapports avec la loi de Dieu et les coutumes de la paix sociale, Précédee d'apercus sommaires sur la nature du sol et l'histoire de la raceChapitre 116 sur 190 · LE FOYER DOME^IQUE ET LA VIÇ DE FAMILLE · texte numérisé non relu

LE FOYER DOME^IQUE ET LA VIÇ DE FAMILLE

Les Anglais se distinguent entre tous les peuples, par Forganisation matérielle de leur foyer domestique. Le nom qu'ils lui donnent « home » a chez eux, pour tous les cœurs, un charme incomparable. Éloignés par leur caractère et par la nature du climat de cette vie extérieure qui a tant d'importance pour les peuples du Midi, ils cherchent, plus que ces derniers, dans l'établissement et l'organisation intérieure de leur habitation , les moyens de faire régner le bonheur dans la vie de famille.

Les inégalités considérables qui existent dans la condition sociale des familles sont de moins en moins accusées parles différences du vêtement. Elles continuent, au contraire, à se manifester clairement par la nature des habitations. Les sommités de la hiérarchie sociale ont à la campagne leur principale résidence. Dans ces demeures construites avec une admirable entente des ressources locales et des vrais besoins sociaux, s' accompUssent tous les actes importants de

les enquêtes parlementaires; en France, par les ouvrages de MM. Villermé, A. Blanqui, Louis Reybaud, Jules Simon et autres écrivains habiles. (La Réforme sociale, 26, xv.)

la vie de famille*. Les personnes riches, tenues, en raison du rang qu'elles occupent, de se trouver à Londres pendant la session du parlement, et au chef- lieu du comté à Tépoqu'e des Quarter- sessions, ont en outre des maisons dans ces deux villes. Mais ces résidences urbaines ne jouent qu'un rôle fort secondaire dans l'existence de la famille; et, en ce qui concerne le luxe et le confort des installations intérieures , elles sont en général au-dessous des habitations urbaines du Continent, où les personnes de même condition se plaisent à établir leur résidence principale.

Quant aux habitations des autres classes de la société , elles conservent partout plusieurs excellents caractères qui tendent à se perdre en certaines régions du Continent. Les familles, qui ne se confondent pas avec les types nomades et dégradés dont il sera question plus loin (VI, i), habitent généralement, comme ceux-ci, les villes, les villages et les agglomérations manufacturières. Chacune d'elles occupe seule un foyer qui lui est propre et qui n'a rien de commun avec ceux des voisins * : elle échappe ainsi aux inconvénients

* La Réforme sociale; 54, xiii. z=z ^ Les Ouvriers europeens; Monographies XXII à XXV, § 10. — Les Ouvriers des deux mondes, t. I, Monographies 6 et 8, § 10. — Les six familles décrites dans ces ouvrages , bien que placées toutes dans une condition modeste, à Londres, à Sheffield,

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d'une promiscuité nuisible aux mœurs et à la dignité de ses membres. Les familles fixées sur le territoire par leur commerce ou leur fonction sont souvent propriétaires du foyer qu'elles occupent. Cependant le régime des locations appliqué à ce genre de propriété prend de nos jours une importance croissante en Angleterre, comme dans les autres sociétés où les révolutions propres aux industries commerciales et manufacturières jettent la mobilité dans une foule d'existences. Ce qui distingue l'Angleterre des autres nations commerçantes, c'est que ce régime reste subordonné au grand principe de la séparation absolue des foyers. Les entrepreneurs de constructions urbaines n'ont point imaginé, comme ceux du Continent, de bâtir de vastes phalanstères. Les édiles se gardent d'encourager ces constructions dangereuses , pour créer de nouvelles rues à façades monumentales. Le parlementne consentirait point à favoriser ces malsaines entreprises en violant, par l'abus du droit d'expropriation , le respect dû aux anciens foyers. Enfin les familles des classes moyennes se refuseraient formellement à délaisser leurs petites maisons à mesquines façades , pour se grouper dans des palais , et s'y soumettre aux exigences d'un rapprochement indans la banlieue de cette ville et dans les districts ruraux des comtés de Derby et de Nottingham , occupent chacune une maison entière. — Voir aussi liv. 1, ch. ix, n. 1.

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compatible avec les plus simples règles de l'ordre moral. Elles sont d'ailleurs protégées contre ces sortes d'écarts par la puissance de la coutume et les résistances de l'opinion. Les Anglais veulent respecter, même en ce qui touche les plus modestes demeures , les dispositions matérielles qui fondent, sur l'ordre moral, l'indépendance et la prospérité de la famille. En une matière où les solutions sont invariablement tracées par la nature même de l'homme, ils ne cèdent ni à l'esprit de spéculation, ni aux caprices de l'architecture. Ils ne sont point choqués des façades inégales et bariolées de leurs rues ; ils aiment au contraire l'aspect de leurs villes qui, jusqu'à ce jour, ont conservé à leur race , des femmes chastes , des enfants soumis et des serviteurs dociles. Ils ne repoussent pas d'ailleurs les enseignements utiles donnés, sous le rapport du goût, par les nouveautés du Continent; les délégués des diverses nations à l'exposition universelle de 1862 à Londres ont habité pendant une année, dans les nouveaux quartiers de Brompton et de Kensington, des maisons qui concilient admirablement les convenances imposées par la loi morale et les règles indiquées par l'architecture.

Plusieurs circonstances contribuent à perpétuer les meilleures habitudes qui se rattachent aux régimes de la propriété et de la location des foyers domestiques. Au premier rang figurent à

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cet égard les excellentes mœurs qui distinguoDt la plupart des grands propriétaires ruraux.

Les personnes qui se proposent d'ajouter à une ville un nouveau quartier, ou de créer un village pour la population d'une nouvelle manufacture, se procurent aisément les emplacements nécessaires. Elles font appel au propriétaire de quelque terrain consacré jusqu'alors à des usages agricoles. La cession est faite pour un long terme, souvent pour 99 années, conformément à des coutumes que perpétue la sollicitude accordée aux générations futures de la race. Elle n'impose à l'acquéreur que des charges légères ; mais elle l'oblige, ainsi que ses héritiers , à restituer aux descendants du bailleur le sol cédé , avec toutes les constructions qui y seront élevées pendant la durée de l'emphytéose. Les grands propriétaireà anglais voient croître périodiquement leurs revenus , à l'expiration de ces emphytéoses; et il en est parmi eux qui tirent, des loyers d'un gros bourg ou d'un quartier de grande ville, une sommé égale aux revenus d'un petit État du Continent.

Les propriétaires de foyers provenant des emphytéoses, ou de toute autre source, se distinguent par un autre trait, non moins digne d'éloges : ils ont, à l'égard de leurs locataires, des prétentions fort modérées. Cette modération prend à la Ion* gue les caractères d'un patronage bienveillant envers les anciens locataires ou leurs héritiers,

On peut observer, dans les rapports mutuels des deux classes, une foule de traits charmants qui seraient incompréhensibles dans les sociétés souffrantes où Ton prétend détruire, par les principes d'égalité forcée, la pratique d'une hiérarchie naturelle ^ Le taux des loyers ne suit pas, pour un locataire étabh, la progression des valeurs immobilières; et, en revanche, il ne subit pas le contre-coup des dépréciations qu'éprouve la fortune publique.

Ces dispositions habituelles des grands propriétaires anglais prennent encore plus spécialement le caractère de la bienveillance , quand il s'agit des baux emphytéotiques qui facilitent la

• 3 J'ai longtemps résidé dans une charmante petite ville, au milieu des mines du comté de Derby, près de laquelle se trouvait une agréable résidence que les gens du pays nommaient « the Hall » ou le petit château. Reçu chaque soir, après le travail de la journée, dans Texcellente famille qui rhabitait, j'ai appris incidemment, sur les rapports de cette famille avec le propriétaire du Hall , une foule de détails que rintimité seule procure à un étranger. Ces rapports se résumaient en un fait qu'un Français ne pouvait guère prévoir. Le locataire , qui occupait sans bail , payait seulement la rente stipulée 70 ans plus tôt par son grandpère ; cette rente n'était guère que lé quart de celle qu'eût accordée un locataire nouveau. Enfin, aux époques d'élection du représentant de la localité à la chambre des communes^ mon ami votait toujours, avec un Lord du voisinage, pour Je candidat opposé à celui que soutenait le propriétaire du Hall. Je crois me rappeler que ce Landlord généreux et tolérant était le duc de Rolland. — F. L-P.

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