CH. V — LA JEUNESSE ET L'ÉDUCATION
rhumanité. Comme partout les jeunes enfants, à l'exception de quelques natures presque angéliques, ramènent au milieu d'une société modèle régoïsme, la cruauté et les autres inclinations de la barbarie. La faiblesse et la grâce de la première enfance ôtent à ces inclinations leur caractère odieux; mais le mal devient intolérable et l'avenir de la race est bientôt compromis , pour peu qu'on laisse le champ libre à ces inclinations. Les Anglais ne se laissent point égarer en cette matière par la fausse théorie du « progrès * » : à un désordre invariable , comme la nature même de l'homme, ils continuent à opposer, avec discernement, les châtiments corporels et les autres moyens de répression indiqués par la coutume. La fécondité des mariages ajoute à cet enseignement du Livre saint l'expérience de toutes les familles. Sous cette double influence, les deux sexes sont soumis, depuis la naissance jusqu'au mariage, à un ensemble de traditions que les autres peuples pourraient , en beaucoup de points , imiter avec fruit.
L'enseignement scolaire est adapté, avec une grande variété de formes, aux besoins des diverses classes de la société ; mais on ne le considère point comme la principale source des succès auxquels chaque individu peut prétendra.
^ La Réforme sociale , A , 1.
m LIVRE CINQUIÈME — LA FAMILLE ET SON DOMAINE
Selon rppinion' commune , les sentiments , les idées , les procédés de travail , et en général le^ connaissances qui déterminent la valeiur d'un homme sont puisées successivement au foyer^ à Tatelier et dans les rapports sociaux de toute nature. Cette éducation est spontanément reçue par chacun, depuis la naissance jusqu'à la mort : c'est ce qui explique comment beaucoup d'hom-t mes ont pu devenir illustres, sans le concours d'un enseignement scolaire. En général, les leçons de l'école sont moins fécondes que celles de l'éducation; mais elles deviennent pernicieuses quand elles sont données par des maîtres en révolte contre la loi morale et la coutume.
Ces convictions se résument en un axiome :
les sentiments et les connaissances qui forment le principal trésor d'une nation ont leur source dans la pratique de la vie plus que dans l'enseignement littéraire et scientifique offert par les maîtres à l'enfance et à la jeunesse. Eii termBS plus brefs, l'instruction générale d'une race d'hommes provient de l'éducation plus que de l'école ^
^ Ces opinions se trouvaient répandues partout en Angleterre, à l'époque où je commençai mes voyages. Elles étaient encore habituelles en 1864 , parmi les classes dirigeantes. Elles semblent aujourd'hui se modifier rapidement , sous l'influence des lettrés qui adoptent « la théorie du progrès » et la croyance à « la perfection originelle de l'homme». — F. L-P.
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en. V — LA JEUNESSE ET L'EDUCATION ^01
Les Anglais s'inspirent surtout de cet axiome, en ce qui touche les connaissances relatives à l'exercice des professions. Ils condamnent le principe des « écoles professionnelles » qui prétendent classer, tout d'abord, à un rang élevé dans la hiérarchie du travail des jeunes gens étrangers à la pratique des ateliers *. Ils encouragent , au contraire , les enseignements spéciaux organisés en faveur des gens de toute condition qui débutent comme apprentis d'un art usuel dans un atelier, ou d'un art libéral auprès d'un maître. D'après leur expérience, l'initiation aux sciences exactes , aux procédés généraux des arts et aux faits importants du monde physique , accroît toujours la valeur des hommes qui s'attachent d'abord au côté pratique de leur carrière; tandis qu'elle fausse souvent l'esprit de ceux qui n'ont point acquis une connaissance préalable des choses, des hommes et des rapports sociaux de la profession.
Quant aux écoles proprement dites, elles peuvent, en ce qui touche l'éducation normale de l'enfance et de la jeunesse, être très-utilement multipUées, avec un mélange d'ardeur et de prudence, par l'initiative des localités, sojus le patronage des particuliers éminents ou des corporations de bien public ^ Les institutions de ce
* La Réforme sociale , 47 , jcx à xxiii. = ^ La fécondité de ces initiatives locales se révèle en Angleterre par une
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202 LIVRB CINQUIÈME ^ LA FiMlLLE ET SON DOMAINE
genre abondent et sont appropriées aux besoins de toutes les classes de la société. Des écoles primaires reçoivent les jeunes enfants des classes inférieures et moyennes : elles joignent l'enseignement de la religion à celui des autres connaissances élémentaires; elles croissent en nombre comme les temples , et sont en général placées sous la direction de leurs ministres respectifs^.
foule de traits excellents. On ne saurait trop recommander au lecteur le cas, signalé par Montalembert (Avenir politique de l' Angleterre , XW) , dans lequel les enfants eux-mêmes ont fondé des écoles devenues florissantes. Le chef d'une de ces écoles, M. J. Wilson, résumait ainsi, en 1852, son opinion sur le caractère tnalsain des lois relatives à renseignement de la jeunesse : « Les manua facturiers qui se font élire au parlement, pour y de- « mander des lois sur Téducation , me font Peffet de pères « de famille qui se consacreraient aux afiEaires de leur « paroisse , et qui feraient nommer des marguilliers et des « bedeaux supplémentaires pour gérer les affaires de leur « propre maison. »
* Depuis 1864 , les opinions exprimées dans la note précédente ont cessé d'être dominantes dans le monde officiel. Le parlement intervient maintenant à grands frais pour multiplier les écoles; et, en même temps, il en altère profondément le caractère. Les principales origines de cette nouveauté sont le Reform act^ de 1868 et VElementary edu^ caiional act de 1870. Cette dernière loi (33-34 Vict., c. 75) ne modifie rien dans les districts où l'instruction est satisfaisante; mais en cas d'insuffisance la section du conseil privé, dite Département de l'éducation (XI, w), adressé aux pouvoirs locaux un avis public , sorte de mise en demeure , et, après un délai de six mois, institue un conseil scolaire. Les membres en sont élus dans les cités par les Bur gesses, dans les campagnes par les contribuables sou-
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