LE CULTE DOMESTIQUE AU FOYER ET AU TOMBEAU
Les Européens de TOccident offrent un symptôme peu rassurant pour leur avenir : ils abandonnent de plus en plus les traditions du culte domestique; ils perdent de vue surtout Tun des objets de ce culte, la reconnaissance due aux ancêtres qui ont transmis, avec le foyer et l'atelier, la notion de Dieu et de sa loi. Sous ce rapport, ils se montrent inférieurs à ces races de l'Orient qu'ils nomment a arriérées », en attachant à ce mot un sens défavorable. Depuis la Renaissance, ils s'égarent en demandant trop exclusivement leurs modèles littéraires à l'époque où les Grecs et lés Romains perdaient les habitudes domestiques d'où était sortie leur grandeur. Sous cette inspiration, ils cessent de voir dans les premières traditions du genre humain la vraie source de la sagesse; et ils se laissent aller plus qu'il ne convient aux exagérations inspirées par l'esprit de nouveauté.
L'Angleterre a évité cet écueil mieux que plusieurs nations riches et lettrées du Continent. Les familles d'élite ont conservé, tout au moins, dans l'un de ses traits essentiels, l'ascendant moral du père. Elles perpétuent le pontificat domestique
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en sa personne, en lui attribuant le soin de présider aux prières du matin et du soir, à celles qui précèdent et suivent les repas , aux lectures et aux interprétations du Livre saint. Elles relèvent par ces hautes fonctions, dans sa dignité sociale , le dépositaire vivant de Tautorité des ancêtres. Mais , en ce qui touche les honneurs dus aux ancêtres eux-mêmes , elles se montrent fort inférieures, soit aux grandes races de l'antiquité, soit à plusieurs peuples actuels de l'Orient. Les grandes agglomérations commerçantes et manufacturières donnent aujourd'hui un funeste exemple, en séparant la ville des morts de celle des vivants. Quand l'aggravation des souffrances actuelles aura fait comprendre la nécessité de la réforme sociale, elles trouveront des modèles dans ces admirables nécropoles où la vieille Egypte gardait, avec le culte des tombeaux, les souvenirs de la révélation primitive. Les familles riches, qui honorent le mieux la sépulture des ancêtres, pourraient elles-mêmes prendre exemple sur les simples paysans de la Chine ^
* Exposé sur les mœurs et les institutions de la Chine , par M. Eugène Simon, ancien consul de France à Fou- Tcheou. {Bulletin de la Société d'économie sociale, t. III , p. 243et suiv.)
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tttS LIVRE CINQUIÈME — LA FAMILLE ET SON DOMAINE