GH. VIII -7- L'ATELIER DE FAMILLE
était de même, à la fin du siècle dernier, pour ceux que produisaient la Bretagne et la Normandie.
La famille réussit ainsi, pendant trente siècles, à se défendre contre l'envahissement des grandes concentrations commerciales. Elle ré* Bista même, en beaucoup de lieux, dans les arts minéralurgiques, notamment lorsqu'au xvi« siècle l'invention des roues hydrauliques, des machines soufflantes et des hauts -fourneaux ouvrit l'ère des grands ateliers, pourvus d'outils mis en action par des moteurs inanimés. Les familles d'agriculteurs et de forestiers parvinrent à perpétuer leur autonomie dans ces branches d'activité sociale, au moyen de communautés manufacturières; et, de nos jours encore, on retrouve les restes de ces institutions dans les régions ferrifères du Nord ^ et du Midi* de l'Europe. Mais cet ancien état d'indépendance se détruit de jour en jour. Les ateliers dont le personnel ne comprend qu'une seule famille, aidée ou non d'ouvriers domestiques , disparaissent ou se restreignent à mesure que les travaux minéralurgiques ou manufacturiers se concentrent dans des usines dont l'extension est, pour ainsi dire,
^ Sur les communautés de paysans exploitant les petites forges du Wermland. (Les Ouvriers européens, p. 97.) =. * Sur les communautés de paysans des forges bergamasques. [Les Ouvriers européens, p. 133.)
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tl4 LIVRE CINQUIEME — LA FAMILLE ET SON DOMAINE
sans limites. C'est TAngleterre qui prend la plus grande part à la transformation qui s'opère en ce sens dans le régime du travail. Elle y parvient surtout en remplaçant par la houille le combustible végétal, par la machine à vapeur la force des bras, enfin par mille ingénieux mécanismes l'intelligence de l'ouvrier et la dextérité de sa main.
Le résultat définitif de cette transformation est Tavénement d'un état social , dans lequel une famille possédant l'atelier, les instruments, les matières premières et les produits , est secondée par de nombreuses familles qui ne fournissent que le travail en échange d'un salaire. Cet ordre de choses n'est point complètement nouveau:
de tout temps, particulièrement chez les races les plus célèbres, on a vu des familles, rassemblées dans ces conditions, exploiter de grandes propriétés rurales, des forêts, des mines et même des industries manufacturières. Ce qui n'a point de précédents , c'est l'état absolu d'indépendance réciproque du maître et du serviteur; c'est un régime d'engagements momentanés qui peut être chaque jour rompu au gré de l'une des parties; c'est l'impossibilité, pour l'ouvrier honnête , mais imprévoyant, d'assurer la subsistance de sa famille, au milieu de ces rapports éphémères ; c'est surtout la doctrine inouïe des lettrés qui enseignent, depuis l'invention d'A-
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dam Smith , qu'un tel régime est compatible avec la paix sociale et avec la prospérité des ateliers. Imbus de la fausse science qui subordonne les lois sociales aux combinaisons économiques, beaucoup de patrons étendent jusqu'aux plus extrêmes limites les avantages inhérents à la division du travail : ils interdisent à leurs ouvriers toute occupation étrangère au travail de la manufacture^ Au surplus, en Angleterre, comme ailleurs, Texpérience réfute de plus en plus la funeste doctrine , en montrant le danger des nouveautés qui en émanent. Sous l'ancien régime, où h grande industrie rurale et manufacturière avait pour base la permanence des engagements % la paix régnait dans les ateliers par Faction traditionnelle des forces de la vie privée. Sous le régime nouveau la paix est constamment troublée ; en sorte que ce désordre réclame une intervention compromettante et sans issue de la part des pouvoirs préposés à la vie publique (IV,iv)r ; Heureusement la nature des choses résiste
^ Beaucoup de manufacturiers anglais déclarent en principe que. Touvrier doit concentrer toute sa pensée sur sa profession." Comme application de cette doctrine, j'ai vu congédier un excellent ouvrier qui faisait son devoir à Tate-^ lier avec une régularité exemplaire , mais qu^i avait commiat la faute de créer à. son logis un petit commerce d'épiceries ^ exploité par sa femme et ses filles. — F. L-P. zzz inorganisation du travail, § 20; l'^® pratique de la coutume' des ateliers : la permanence des engagements.
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souvent aux plus dangereuses aberrations des hommes. Pour beaucoup de travaux, les petits ateliers de famille soutiennent avec avantage la concurrence des grandes usines ; il en est même qui jusqu'ici empêchent le développement de ces dernières. Le travail en famille est parfois inférieur à celui des grands ateUers, en ce qui touche la qualité des produits; mais, en général, il concourt plus efficacement à la conservation de Tordre moral. Les rapprochements qu'il y a lieu d'étabUr à cet égard varient au surplus dans les diverses professions.