‹ La constitution de l'Angleterre considérée dans ses rapports avec la loi de Dieu et les coutumes de la paix sociale, Précédee d'apercus sommaires sur la nature du sol et l'histoire de la raceChapitre 136 sur 190 · CH. IX — LES PROFESSIONS DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

CH. IX — LES PROFESSIONS DOMESTIQUES

précédemment (II, iv), le paysan à famille-souche formait le fond de la nation anglo-saxonne : momentanément opprimé par les Normands, il fut émancipé peu à peu par Taction persistante de l'ancienne coutume; et il reprit sous les Tudors un haut degré d'influence. Après la révolution de 1688, les paysans se transformèrent pour la plupart en fermiers , parce qu'ils trouvèrent un avantage financier dans la cession de leurs domaines aux grands propriétaires. Des esprits perspicaces ont plusieurs fois signalé les inconvénients qu'entraîne pour la constitution anglaise cette transformation du petit agriculteur; mais jusqu'à ce jour, les remèdes proposés seraient pires que le mal*.

^ Les diverses tentatives faites pour grandir les classes inférieures, sous la bienfaisante influence de la propriété foncière , ont été souvent entachées de préoccupations politiques : elles ont été inspirées par la haine des grands plus que par l'amour des petits. Plusieurs projets de ce genre auraient eu d'ailleurs pour effet de désorganiser les petites propriétés qui subsistent encore : tel eût été, par exemple, le résultat d'une proposition faite , il y a douze ans , par M. R. Gobden, et recommandée récemment à l'attention publique par M. Bright, membre du cabinet de M. Gladstone. Ce projet tendait à rapprocher l'Angleterre du régime de Partage forcé qui a été imposé à la France par la Terreur de 1793 et qui , depuis lors , y désorganise la petite propriété plus encore que la grande. Sur la demande d'un noble pair d'Angleterre j'ai exposé ce déplorable résultat dans une lettre qui, en janvier 1873, a reçu un favorable accueil dans le journal le Times, — F. L-P.

Dans le système européen, la vie rurale des grandes nations riches et lettrées n'a jamais eu pour unique fondement une population de paysans propriétaires. Chez les nations les plus renommées, une classe de grands propriétaires, résidant au milieu des campagnes , a toujours apporté un complément utile aux forces matérielles et morales de cette population. Aux époques de vraie prospérité, les familles de la grande propriété pratiquent les devoirs sociaux avec un caractère d'excellence qui leur est spécial : elles joignent, en effet, aux règles de conduite tracées par le Décalogue, les inspirations que suggère la culture des sciences, des lettres et des arts. Aux époques de corruption, les grands propriétaires sont, moins que les paysans, fidèles aux principes fondamentaux du genre humain; mais, plus qu'eux dans tous les temps, ils sont capables de protéger l'indépendance de leur localité contre les empiétements de l'État. Ils fournissent , dans les moindres subdivisions du territoire, un personnel initié aux éminentes qualités du cœur et de l'esprit, familier avec les hommes et les choses de la localité , enclin à se dévouer aux devoirs de la vie publique. Ils découragent donc par leur seule présence la propension qui porte souvent les gouvernants d'un empire à réprimer les tendances de l'esprit provincial, au moyen de fonctionnaires tirés d'autres

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