CH. X — L'EPARGNE ET LA PROPRIÉTÉ
au-dessus des atteintes de la pauvreté, contrastent profondément avec celles qui occupent les mêmes niveaux chez les peuples prospères du Continent. En Angleterre, l'habitation est garnie de tapis et de meubles élégants; la nourritiu'e a pour bases la viande, lesspiritueux et les boissons sucrées; le vêtement obéit, dans TétofTe et la forme, aux caprices de la mode; mais en revanche la famille a pour unique ressource les produits du travail quotidien. Sur le Continent, au contraire, le mobilier se réduit au strict nécessaire; les éléments fondamentaux de la nourriture sontTeau, une céréale et un corps gras; le vêtement est composé d'étoffes solides dont la façon et la nature sont également invariables; mais les familles qui se contentent de cette dose exiguë de bien-être matériel, éprouvent une satisfaction infinie à en jouir sur leiu* propre domaine et à fonder sur l'épargne journalière la sécurité de leur avenir *. Les Anglais se persua-
^ Les Ouvriers européens, p. 20 : Conditions dans lesquelles se développe la prévoyance; distribution géographique des ouvriers prévoyants. — Divers témoignages sont venus, depuis 1864, confirmer cette appréciation en ce qui touche PAngleterre. Dans une récente session de l'Association britannique. Sir George Campbell, ancien gouverneur du Bengale, a dit, comme Pavait fait M. Stuart-Mill, que la prévoyance est moins développée en Angleterre que sur le Continent. Pour expliquer ce fait, il constate que depuis longtemps les ouvriers anglais ne connaissent p\us la
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dent généralement que le régime de nourriture copieuse est favorable au travail et bienfaisant pour l'ouvrier; mais, à ce sujet, ils tombent dans l'exagération, et on aperçoit cette erreur quand on étudie comparativement les populations soumises à ce régime et les races sobres , à vieillesse lucide et énergique, de l'Auvergne, de la Biscaye, du Lucquois, du Tyrol et de la Carinthie^
La comparaison des habitudes d'épargne chez les classes riches placées près du sommet de la pyramide sociale est au contraire à l'avantage de l'Angleterre. A ces niveaux de la société , le comfort n'absorbe qu'une faible partie des revenus ou des bénéfices; et le surplus reçoit une destination vraiment utile à la famille et à la société. Sur le Continent les satisfactions de la vanité sont souvent sans bornes : le boutiquier enrichi ne s'y contenterait pas des modestes maisons de Londres et de Liverpool ; il construit les palais de Paris, de Florence et de Venise; et il engage ainsi ses descendants dans les voies stériles du vice et de l'oisiveté.
L'épargne est partout l'acheminement vers la
responsabilité qui s'attache à la propriété personnelle ; au contraire, Touvrier et le paysan, en France ou en Belgique, économise pour devenir propriétaire foncier. {Revvs scien-' iifiqure, 2® série, 4® année, p. 763.)
3 Les Ouvriers européens, p. 129, 187, 248. — Les Ou" vriers des deux mondes, t. IV , p. 283. — La Réforme so* ciale y 33, m.
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