CH. X — L'ÉPARGNE ET LA PROPRIÉTÉ
propriété immobilière. Sous le régime de stabilité et de fécondité propre aux familles anglaises, elle a généralement une double destination : accumuler momentanément les capitaux mobiliers nécessaires à rétablissement des rejetons de la famille; préparer ainsi l'œuvre du testament qui doit transmettre intégralement à l'héritier le foyer et l'atelier, c'est-à-dire les immeubles auxquels reste liée, d'âge en âge, l'existence de la famille. Une foule d'établissements favorisent cette accumulation de capitaux. Au premier rang figurent les compagnies d'assurances sur la vie, que l'on pourrait nommer « le mécanisme financier de la stabilité et de la prévoyance ». Les chefs de famille appartenant à la classe prévoyante s'adressent, pour la plupart, à ces institutions , dès que leurs revenus ou leurs bénéfices surpassent les dépenses nécessitées par le comfort que réclame leur condition sociale. Ils s'engagent par contrat à payer à la compagnie une annuité qui ne prend fin qu'avec leur vie. Ce terme arrivé , la compagnie remet à la veuve et aux enfants une somme calculée à l'avance d'après le montant de l'annuité et l'âge qu'avait le chef de famille au moment où le contrat a été signé. Quant au foyer, à l'établissement professionnel et aux immeubles qui s'y rattachent, ils passent, nets de charges, à l'héritier qu'institue la coutume locale ab intestat, quand le testament et le contrat de
dbyGoogk
mariage n'ont pas autrement réglé le mode de transmission (xii).
La propriété qui occupe le premier rang dans l'estime des Anglais est le domaine rural pourvu d'une résidence. Elle désigne au choix du souverain les propriétaires qui sont dignes d'être investis des magistratures locales (VIII, iv), lorsque d'ailleurs, selon l'expression anglaise ^ ils vivent « en gentlemen * :s>. Dès qu'une famille de propriétaires fonciers, appauvrie par le vice et l'oisiveté, ne peut plus supporter les charges que la coutume impose, au moins moralement, au possesseur d'un grand domaine, lorsque cette décadence provoque la vente du domaine patrimonial, il se trouve toujours un remplaçant capable d'y figurer avec honneur. Ce digne successeur se rencontre aussitôt soit parmi les rejetons d'anciennes familles rurales , soit parmi les familles commerçantes enrichies par le travail et la vertu.
Les mêmes dispositions se représentent pour la conservation et l'acquisition des immeubles liés aux autres conditions sociales. Cette tendance est le caractère distinctif de la famille anglaise : elle est l'expression spontanée des mœurs ; et toutes les institutions viennent la seconder.
'* Vivre en gentleman, c'est, entre autres règles de conduite, consacrer aux intérêts publics une partie notable de son temps et de sa fortune. — Voir, pour plus de détails , le livre VI , chapitres vi et viii.
dbyGoogk