GH. IV — LES CORPORATIONS DE BIEN PUBLIC
Les anciennes corporations d'arts et métiers, que Ton nommait Innungen dans les États allemands* et Guilds en Angleterre, sont maintenant abolies presque complètement. Elles étaient composées de petits artisans qui avaient une influence dominante au sein des agglomérations urbaines; et elles en faisaient usage pour limiter le nombre des maîtres, des compagnons et des apprentis, c'est-à-dire pour conjurer les inconvénients de la concurrence qui s'exerce aujourd'hui sans entrave. Ces institutions ont été formellement abrogées par la réforme de 1835; mais celles qui avaient pour objet une industrie manufacturière l'étaient déjà, en fait, par la prépondérance des grands ateliers à engins mécaniques. Cependant il reste en Angleterre beaucoup de vestiges du régime restrictif et du nom même des Guilds. Ces souvenirs du passé se retrouvent dans les rites secrets comme dans les actes de certaines corporations locales; ainsi, par exemple, les Unions de Sheffield continuent à imposer aux patrons l'obligation de choisir exclusivement leurs apprentis parmi les enfants des ouvriers. Ils se rencontrent aussi dans une classe toute différente : à Londres et dans plusieurs autres villes, les immeubles des anciennes Guilds sont restés in-
^ Les Ouvriers européens, p. 127 : Sur Torganisation des corporations urbaines d'arts et métiers de rAutriche et de rÂllemagne méridionale*
divis et ont acquis une valeur considérable ; transmis dans les familles selon la coutume qui régit • les Real-estates, ils sont aujourd'hui la propriété de riches bourgeois ; ceux-ci constituent dans Fopinion une sorte de noblesse urbaine à laquelle se laissent affilier les plus grands personnages de l'État. Ces corporations se réunissent avec leurs membres honoraires dans de splendides solennités annuelles; et dans les toasts qui sont une des manifestations originales de la vie anglaise, les assistants tiennent à honneur de se dire « tisserands, barbiers ou tailleurs », bien qu'ils soient devenus complètement étrangers à ces professions. Ils restent dévoués , non plus aux intérêts d'un métier, mais à la prospérité de la patrie.
Les corporations de la seconde catégorie, celles qui s'attaquent à l'ignorance et au vice sont encouragées avec une sollicitude spéciale par les particuliers plus encore que par les gouvernants. C'est aux œuvres intellectuelles et morales de ces institutions que s'attache surtout, dans l'opinion publique, le caractère de la perpétuité. C'est vers ces œuvres que sont dirigés, de préférence, les dons et legs des familles enrichies par l'exploita^ tion du monde matériel. Les beaux exemples donnés à cet égard par les Anglais ont été souvent décrits par les écrivains étrangers ou adoptés par les autres peuples : il suffit donc d'indiquer ici le principe des succès obtenus.