CH. VIII — LA CLASSE SUPÉRIEURE
fient d'ailleurs par des motifs que fournit la nature même des hommes et des choses. Les villes, formant quelques îlots épars sur le territoire, sont d'utiles instruments de travail et développent plusieurs facultés brillantes de l'esprit humain. Agrandies ou multipliées au delà de certaines limites, elles deviennent des foyers d'oisiveté, épuisent les campagnes et dégradent, dans la race entière , les saines aptitudes du corps, de l'esprit et du cœur*. Même en ce qui
« ment pratiqués dans les campagnes ; celui qui , choisis- « sant sa résidence, ne veut pas habiter parmi ceux qui « possèdent si bien les sentiments de bienveillance envers a les autres, peut- il être considéré comme doué dUntelli- « gence? » (Les quatre livres de la Chine, p. 182.)
* a Les grosses cités , que font-elles , sinon tirer tous les « profits qu'elles peuvent, sinon faire bruire leurs privilèges « et jeter sur le pauvre peuple champêtre toutes les charges a et misères , lequel étant encore pincé par la subtile main a des financiers, c'est merveille de quoi il subsiste. » (Lanoue, Discours politiques et militaires, p. 13.) — Les témoignages suivants montrent que les habitudes de résidence rurale étaieni autrefois en honneur chez les Français comme elles le sont encore chez les Anglais. « Les nobles , « suivant la coutume des Français et des Germains, passent « toute leur vie loin des cités. » [De republicâ Anglorum, p. 197. ) — a C'a été de tout temps l'honneur de la noblesse a françoise d'habiter aux champs, n'allant aux villes que « pour faire service au Roy et pourvoir aux affaires presa sées. » (Olivier de Serres, Le Théâtre d'agriculture et Mesnage des champs, t. II, p. 774.) — Réflexions de Salimbene , frère mineur italien , sur l'entrée à Sens du roi saint Louis, partant en 1248 pour la croisade : a Et je
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touche la culture des lettres et le perfectionnement des plus délicates habitudes de sociabilité entre les nationaux et les étrangers, les villes ne doivent point avoir une spéciaUté exclusive. Quand la Renaissance vint donner, à ces deux besoins des races modèles, une importance qui depuis lors a été souvent empreinte d'exagération, ce mouvement nouveau eut d'abord pour centre d'impulsion les grandes habitations rurales, plutôt que les grandes villes. En France, depuis Montaigne (1533-1592), jusqu'à Montesquieu (1689-1755), les écrivains qui propagèrent le mieux la vérité résidaient habituellement sur leur domaine rurale II en a été de même en Angleterre à l'époque de la Renaissance. Heureusement pour ce grand pays, les traditions
ff m'étonnai extrômement en moi môme, disant: Les Gaulois a senonnais furent si puissants quUls prirent Rome; et « maintenant leurs femmes... semblent n'être que des « femmes de service. Si le Roi de France était passé par « Pise ou par Bologne , la fleur des dames de ces deux cités ce serait allée à sa rencontre. Alors je me rappelai que telle ce est la coutume des Français; car en France il n'y a que des ce bourgeois qui habitent les villes; les chevaliers et les ce nobles dames demeurent dans leurs maisons de campagne ce et dans leurs terres. » (H. Wallon, Saint Louis et son <em/)s, t. I^^p. 485.)
^ La Reforme sociale, 8, m; 63, xvii. — L'Organisation de la famille, avertissement. — Voir aussi Cn. de RiBBE , les Familles et la société en France avant la iîevolulion, liv. III, ch. ii.
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fondamentales n'ont point été détruites par les redoutables dévéloppementa donnés aux grandes agglomérations commerciales et manufacturières. Le mouvement littéraire est encore entretenu en partie par des écrivains éminents placés sous les saines influences de la campagne. Les centres de sociabilité restent établis dans les grandes habitations rurales, au milieu des trésors de la science, de l'art et des lettres, que les générations successives de la famille -souche: ont accumulés par la puissance tutélaire du testament.
C'est grâce à la vie rurale, rendue attrayante malgré certaines sévérités du climat, que l'individu et la famille, les particuliers et les gouvernants ont acquis la supériorité qui les distingue*. Par là aussi, la classe supérieure a étendu l'ascendant qui lui est propre à la nation
'* « C'est ainsi que se forment, à l'ombre du foyer paterne nel, sous les. arbres plantés par les ancêtres, ces vies « calmes et inflexibles , ces races nobles et pures , qui se « personnifient dans le country-gentleman , le civis agri- « cola de l'Angleterre. C'est là qu'il apprend cette sereine « fierté, cette indépendance respectueuse et satisfaite, cette « attitude, qui n'est ni rogue ni servile, dont il offre le mo- « dèle... Ces heureuses dispositions rejaillissent du sein de « la vie privée et rurale sur la vie politique, et ont presque « toujours animé les hommes publics de l'Angleterre, en « leur inspirant, dans les^ plus hauts rangs comme dans « les plus obscurs , le culte du devoir et de la dignité "^qt- « sonnelle." » (MontalëmbérT, D^ Vavénir poUHqiLè de l'Angleterre, p. i23,)
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entière; et, à cet égard surtout, TAngleterre peut être offerte comme modèle aux autres nations.