CH. II — LA PROSPÉRITÉ DES BRETONS
Manche échangeaient alors Tétain et plusieurs autres produits commerciaux avec les habitants des rivages opposés du Continent ; mais la majeure partie de la population tirait presque exclusivement sa subsistance de la chasse, de la pèche, et surtout du pâturage (I, viii).
L'état social dé cette population est assez bien indiqué par les descriptions des premiers écrivains qui ont parlé des races celtiques , et par la condition actuelle des peuples chasseurs et pasteurs qu'on peut encore observer de nos jours. A cette époque, l'Angleterre, comme le reste des îles Britanniques, est occupée par une foule de tribus autonomes. Toutes ces races parlent les dialectes d'un môme idiome , de celui qui est encore usuel dans la Basse -Bretagne, le pays de Galles, l'Irlande et le nord de l'Ecosse. La tribu a seule des traditions historiques et des institutions permanentes fondées sur la propriété indivise du territoire. La famille porte le nom de sa tribu : elle se dissout par la mort des parents; ses armes, ses meubles, ses troupeaux et ses droits à la jouissance des pâturages sont, par la force des choses, partagés entre les fils.
Cette instabilité de la famille n'était pas aussi impérieusement maintenue, et elle dut sans doute s'améliorer, chez les Bretons livrés à l'exploitation des mines, à la culture des céréales et au commerce. La propriété immobilière liée à ces
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branches d'activité prit un caractère plus personnel. Toutefois, la transmission en était réglée moins par la volonté du père de famille que par la coutume du Gabail-cine , encore vivante sous le nom de Gavel-kind (V, xii).
Les tribus se disputent souvent par la guerre l'usage des territoires de chasse et de pâturage. Cependant l'état habituel de lutte est adouci par la puissante corporation des Druides, qui établit d'intimes liens entre toutes les races celtiques ^ Les membres de cette corporation se recrutent indifféremment parmi les tribus des îles Britanniques et de la Gaule. Ils ne sont admis qu'après un long noviciat. Ils exercent sur les populations l'action directrice, à divers titres, comme prêtres, magistrats, poètes, savants et instituteurs de la jeunesse. Les Druides enseignent, et les Bardes célèbrent dans leurs chants, le culte dû au Dieu créateur, la répression des appétits sensuels, la chasteté et le respect de la femme, le mépris de la mort et la croyance à la vie future. La principale défaillance de leur doctrine est le
3 II semble que cette intimité ne s'étendait pas aux races qui habitaient Tlrlande et le nord de PÉcosse. Les Romains , après leur conquête, signalèrent ces peuples, sous les noms de Pietés et de Scots , comme ennemis des Bretons ; cependant on peut se demander si Thostilité qui régna, sous leur domination, entre ces nations qu'ils n'avaient pu conquérir et les Bretons d'Angleterre , ne fut pas en grande partie le résultat de leur conquête.
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