CH. III — LA SOUFFRANCE DES BRETONS
Aussi lorsque l'Empire romaiu se dissout sur le Continent, lorsqu'en 408 les fonctionnaires et les légions abandonnent l'Angleterre, ce pays reste plongé dans une désorganisation complète. L'ancienne loi morale des Bretons , tombée en oubli depuis l'extermination desDruides, est remplacée par un christianisme grossier. Les nouveaux convertis s'épuisent en disputes théologiques : ils se laissent aller aux stériles habitudes de discussion importées par les rhéteurs de Tltalie ou de la Gaule ; et ils tombent bientôt dans le schisme de Pelage. Les clans belliqueux que les Romains avaient refoulés en Ecosse, et qu'ils n'âprêtaient guère par leurs lignes de défense, n'ont plus aucuns liens politiques et religieux avec les tribus qui se reconstituent péniblement danà la Bretagne romaine. Les clans écossais ne cessent point, pendant deux siècles de ravager ce malheureuxpays. En vain, les Bretons d'Angleterre, réagissant autant que possible contre le génie de leur race, tentent d'abord de résister à leurs ennemis en se réunissant sous l'autorité d'un seul chef. Affaiblis sans relâche par l'instabilité de leurs familles', ils s'épuisent dans des que-
a" nos vices , les portiques et les bains , et Téiégance des fes- « tins ; ce que dans leur imprévoyance ils appelaient « civi- « lisation » {humanitas) , c'était une partie de leur servi- « tude. » (Tacite, Vie d*Agricola, XXT.) * Suivant Turner, la principale cause qui affaiblit la Bre-
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relies intestines. Convaincus enfin de leur impuissance, ils appellent à leur secours, en Tan 441 , les peuples dits Saxons', venus surtout de la région maritime qui correspond aujourd'hui au Hanovre ; mais , par là , ils ne font que hâter la perte de leur indépendance. Les Saxons, en effet, se retournent bientôt contre leurs alliés ; et, de 455 à 526, ils établissent quatre royaumes au midi de l'Angleterre. Les Angles, habitant le Jutland, c'est-à-dire la contrée que les géographes du Midi nommaient alors la Chersonèse Cimbrique, sont à leur tour stirpulés par le succès des émigrations saxonnes. Ils envahissent le N.-E. de T Angleterre et y fondent, de 547 à 584, les trois autres royaumes de l'Heptarchie. Les Bretons sont complètement expulsés des territoires conquis par les Anglo-Saxons*. Ce-
tagne et la livra aux Saxons , fut la coutume du Gavelkind , qui détruisait les familles et subdivisait incessamment les héritages des chefs. (Turner, Histo)^ of Ihe Anglo-Saxons, 1 , 233 , cité par Michelet.)
^ Je conserve les origines et les noms donnés par les historiens aux races qui ont successivement envahi TAngleterre. Je n'entends d'ailleurs rien affirmer personnellement sur ces deux points , surtout pour les races qui, à diverses époques , sont désignées sous le même nom. — F. L-P. nr * M. Michelet a fort bien indiqué comment le partage égal a été une cause d'infériorité pour les peuples bretons visà -vis des Saxons et des Angles. « Cette loi de succession « égale... impose à chaque génération une nécessité de par- « tage, et change à chaque instant l'aspect de la propriété.
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