PROSPÉRITÉ PAR LA RÉFORME MORALE DES CLASSES DIRI- GEANTES
Georges III monte sur le trône en 1760. Il est le premier, parmi les souverains de la maison de Hanovre, qui remplisse la fonction essentielle à la royauté, c'est-à-dire qui donne aux classes dirigeantes de l'Angleterre l'exemple des bonnes mœurs et de la piété \ Malheureusement l'effet des vertus du roi est affaibli par ses écarts de jugement, par son opiniâtreté dans l'erreur et par les accès de folie qui le frappent périodiquement dès 1766, pendant un règne de soixante années. La réforme ne commence guère à se produire que vers 1783, lorsque les classes dirigeantes, grâce aux avertissements de quelques esprits supérieurs, ont été amenées avoir dans leur propre
* La Réforme sociale, 37, viii et xvii.
corruption la cause première des maux que subissait l'Angleterre. Elle a été préparée, il est vrai, par les habitudes de probité politique que le premier lord Chatam avait en partie restaurées par son exemple ; mais elle est surtout accomplie dans la littérature et dans la vie privée par les écrits d'Edmond Burke et de Samuel Johnson*.
Pour apprécier la portée de cette influence, il suffit de se reporter aux écrits populaires du XIX® siècle et à ceux du siècle précédent : il suffit de comparer Walter Scott à Fielding , Richardson et Chesterfield.
Ce retour aux principes du bien, dans la vie privée des classes dirigeantes, produit peu à peu ses conséquences ordinaires , la restauration de rharmonie sociale entre toutes les classes et un nouvel essor de la prospérité. Cette heureuse évolution est singulièrement accélérée à la vue des maux déchaînés sur la France, depuis 4789, par l'impulsion inverse imprimée aux idées et aux rapports sociaux. Edmond Burke a la gloire d'organiser cet enseignement pour ses concitoyens, dès l'apparition du régime de la Terreur^. Il prédit que ce régime, en rompant
* La Réforme sociale, 34, xxv et 63, ix. zi= ^ « En « suivant ces lumières trompeuses (de Tesprit de nou- « veauté), il en a plus coûté à la France pour acquérir « des calamités évidentes , qu'à aucune autre nation pour « se procurer des avantages certains. » — « Ces prétendus
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avec les éternelles traditions du genre humain, pousse la France à des catastrophes inouïes. Il démontre que les succès de la révolution française seront éphémères : il combat à cet égard l'engouement irréfléchi de quelques écrivains anglais ; il contribue ainsi à maintenir ses compatriotes dans les principes qui, en 1815, à la fin d'une lutte gigantesque, confèrent à l'Angleterre une haute prépondérance sur le monde entier. Depuis lors , les enseignements de la paix ne sont pas moins décisifs que ceux de la guerre. La race anglaise , féconde entre toutes , envahit les territoires non peuplés de la planète par les rejetons de ses familles -souches, tandis que certaines nations du Continent, condamnées à une stérilité systématique par leurs codes révolution-
« citoyens traitent la France exactement comme un pays « conquis...; ils ont imité la politique des vainqueurs les (c plus farouches... Ils ont rendu la France libre, à la matt nière dont les Romains... rendirent libres là Grèce, la a Macédoine et tant d'autres pays; ils ont détruit tous les (c liens de son union , sous prétexte de pourvoir à Tindé- « pendance de chacune de ses villes... On s'est vanté d'avoir « adopté une disposition géométrique au moyen de laquelle « toutes les idées locales seraient éteintes... Ce qui arrivera « vraisemblablement, c'est qu'au lieu d'être tous Français, « les habitants de ce pays ne tarderont pas à n'avoir plus « de patrie. » (Burke, Réflexions sur la Révolution de France, p. 63 et 338.) — Cette prédiction s'est réalisée en 1870 et 1871 par deux faits déplorables ; par deux révoltes intérieures en présence de l'ennemi du dehors.
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