CHAPITRE VII
RÉSUMÉ DE l'histoire d' ANGLETERRE
Les deux premières périodes de l'histoire d'Angleterre n'ont laissé qu'une grande trace dans la constitution actuelle de ce pays : c'est le nom de Grande-Bretagne qu'il partage avec l'Ecosse. Les deux dernières périodes, au contraire, ont donné à la race anglaise ses traits les plus apparents : elles ont vu naître la plupart des idées, des mœurs et des institutions dont la description est l'objet du présent ouvrage. Toutefois, c'est pendant la troisième période que la constitution britannique a reçu son empreinte caractéristique et son principal élément de prospérité. Les hommes d'État ' et les historiens qui ont recherché la cause fondamentale de la grandeur de l'Angleterre, ont été conduits, selon leurs préoccupations favorites, à la trouver soit dans la royauté, la noblesse ou le parlement, soit dans la combinaison harmonieuse de ces trois éléments. Au temps de Henri V, cette opinion eût été plus plausible qu'elle ne l'est aujourd'hui.
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En effet, ceux qui voient dans la vie publique, et surtout dans le gouvernement, la cause prépondérante de la destinée des peuples, auraient pu alors appuyer leur jugement sur deux faits. L'Angleterre, peu connue de l'Europe, en 596, au début de la troisième période, avait à la fin acquis dans l'Occident une situation considérable. Son influence datait surtout de la fusion qui s'était à la longue établie entre les Anglo- Saxons et leurs envahisseurs normands. Le parlement avait grandi comme la royauté et la noblesse. Institué en principe, en 1215, sous Jean sans Terre par la Grande-Charte; convoqué incidemment en 1265 dans une réunion où Henri III avait adjoint aux lords temporels et spirituels, la petite noblesse de comté élue par les francs-tenanciers , et les députés élus par les bourgs; complété en 1295, sous Edouard P^, par l'adjonction permanente et le vote séparé des représentants des comtés et des bourgs; il avait été enfin associé, sous Henri V, à certains actes du gouvernement, par le vote des subsides et l'approbation des traités qui liaient l'Angleterre aux nations étrangères.
Il était donc naturel que, vers la fin de la troisième période, on attribuât, dans un examen superficiel, la prospérité croissante de l'Angleterre à deux causes : à l'action propre de la royauté et de la noblesse fondées l'une et l'autre sur le droit de primogéniture ; au contrôle exercé
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sur elles par les deux chambres du parlement. Mais cette appréciation ne peut se concilier avec les événements accomplis pendant les trois premières époques de la quatrième période, savoir : sous la maison d'York, quand la noblesse dominait le roi et le parlement ; sous les Tudors et le premier Stuart, quand le roi réduisait à une situation subordonnée le parlement et la noblesse ; enfin sous la république, quand le protectorat de Cromwell portait à une hauteur jusqu'alors inconnue l'ascendant de l'Angleterre , après avoir supprimé la royauté et enlevé l'action gouvernementale à la noblesse comme au parlement. Il existe donc dans la constitution britannique un pouvoir qui est à la fois plus sage et plus stable que les trois principales autorités de son organisme politique*; qui, aux bonnes époques, développe la prospérité en déférant l'action gouvernementale aux vertus de la royauté, aux talents de la no-
* Montesquieu a signalé ce caractère , sans en rechercher les causes, dans six lignes où il offre le tableau sommaire de la constitution sociale des Anglais. Dans ses Lettres persanes (Lettre GXXXVI), il fait parler ainsi un savant parisien guidaùt un étranger dans une bibliothèque publique : « Ce sont ici les historiens d'Angleterre , où Ton « voit la liberté sortir sans cesse des feux de la discorde et « de la sédition : le prince toujours chancelant sur un trône « inébranlable ; une nation impatiente , sage dans sa fureur « même, et qui, maîtresse de la mer (chose inouïe jus- « qu'alors) , mêle le commerce avec Tempire. »
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blesse et au mécanisme du parlement; qui, aux époques de défaillance de ces trois institutions, intervient plus directement pour conjurer l'effet des catastrophes intérieures ou des empiétements de l'étranger ; qui enfin a fait grandir la nation anglaise plus régulièrement qu'aucun peuple connu, depuis la fondation de l'Heptarchie, jusqu'à l'époque de gloire et de prospérité qui a immédiatement suivi la paix de 1815. Ce pouvoir prépondérant dans la constitution sociale de l'Angleterre est la famille anglo-saxonne. Dès la première invasion des hommes du Nord , il met à profit les rapports sociaux les plus intimes pour semer les meilleurs germes de l'organisation agricole et de la vie rurale. Il est ensuite adopté par les artisans, qui, sortis d'abord des populations vouées à la culture du sol, constituent peu à peu des classes distinctes, disséminées dans les campagnes, ou groupées dans les bourgs et les cités. Enfin, sous les règnes des deux premiers Tudors, la coutume anglo-saxonne de la liberté testamentaire, pratiquée par les agriculteurs et les artisans , se substitue au droit d'aînesse , importé sur le sol de l'Angleterre par la conquête normande et conservé jusqu'alors parles familles nobles*. C'est depuis cette mémorable réforme que les pères de famille de toute
' UOrganisation de la Famille, § 15, n. 2.
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condition, devenus les vrais fôgislstenrs'dBlâ^^rfid^ privée, exercent sur la vie puWiqrfe*tùie influence' prépondérante. Le régime social qui , dans la phraséologie moderne, est nommé « la liberté politique 3) a donc en fait surgi du complément apporté à la liberté civile, sous les monarques les plus absolus qui aient régné sur l'Angleterre ^. C'est, entre plusieurs faits signalés dans ce livre. Tune des causes de la sympathie que beaucoup d'Anglais gardent pour la mémoire des Tudors.
Sous le régime de la famille anglo-saxonne (V, I etxii), le père et la mère choisissent librement l'héritier le plus digne d'exercer après eux
^ « La stabilité des biens fonciers , garantie par le droit « de tester librement, est le palladium de la liberté an- « glaise, le double boulevard qui Ta défendue jusqu'à pré- « sent contre l'omnipotence monarchique et contre les en- « vahissements de la démagogie. Grâce à cette institution, a le respect de soi s'allie m respect des ancêtres, sous a Tabri du toit paternel. L'esprit de liberté trouve parce tout des foyers de résistance, de force et de durée a enracinés dans ce sol, qui n'a pas, comme ailleurs, perdu « en quelque sorte la qualité d'immeuble pour devenir une « terre inanimée, une poussière indifférente, possession « éphémère d'une génération ou deux, sans liens avec le « passé, sans intérêt dans l'avenir; sorte de monnaie un a peu plus encombrante que l'autre , en attendant que les « cédules hypothécaires et les nouvelles combinaisons du « crédit l'aient transformée en valeur au porteur. » (Mon- TALEMBERT, De l*avenir poHHque de l'Angleterre , p. 122.) — Voir aussi , sur les rapports de la liberté testamentaire avec la liberté civile et politique, La Réforme sociale, 21, m.
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.m';LlVKE DBUXJè^IB ^ LA RAGE ET SON HISTOIRE
la-.s^eiile. -cpjitGFité iju.e Dieu ait instituée par le rv^'cbinmahdemènt du Décalogue étemel. Ils lui transmettent trois éléments de succès qui leur ont été légués par les ancêtres, et qui ne peuvent être détruits par la corruption ou la folie des gouvernants : la loi suprême de Thumanité perpétuée depuis la création de l'homme par les races patriarcales de la Grande -Steppe, puis transportée par leiu*s essaims sur les rivages de la mer du Nord*; la coutume nationale, c'est-à-dire l'application pratique de cette loi aux actes de la vie journalière; enfin le foyer domestique et l'atelier de travail, c'est-à-dire les deux établissements qui,, dans une société libre et prospère, déterminent la fonction et le rang de la famille. La volonté paternelle ne transmet pas seulement à l'héritier le moyen de conserver par le travail et la vertu le rang des aïeux : elle lui impose l'obligation d'établir successivement les autres enfants et de créer les ressources nécessaires , avec le concours de ceux qui ne sont point encore établis. Les actes de dernière volonté confient parfois à l'héritier la garde de certains intérêts publics. Souvent même ils encouragent directement, par des dons et legs, les corporations qui conjurent l'expansion du mal ou affermissent les principes du bien.
La Réforme sociale, 65, iv.
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