‹ La Constitution du Généralat de Pascal Paoli en CorseChapitre 31 sur 33 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Paoli fut donc un novateur : autour de lui, dans aucun Etat, sauf peut-être dans certains cantons suisses, ni dans aucun écrit, ne se développait paisiblement une démocratie égalitaire telle que celle qu’il institua en Corse.

Aussi ses contemporains eurent-ils pour lui une admiration exceptionnelle. Voltaire dit en parlant de l’œuvre de Paoli : « Il ne put en faire assez pour rendre la Corse libre ni pour régner pleinement; mais il en fit assez pour acquérir de la gloire (1). » Rousseau, plus enthousiaste encore-et qui avait formé le projet de venir se fixer en Corse pour ÿ trouver un Etat libre et égalitaire, dit en louant la « valeur et la constance qu'il avait déployées pour recouvrer la liberté de la nation » : «J'ai quelque pressentiment

qu'un jour cette petite île étonnera l’Europe (2). »

(4) Voltaire, Siècle de Louis XV, ch. 49.

(2) Rousseau, Contrat social, liv. I, chap. 10.

Le roi de Prusse, Frédéric Il, envoya au général corse une épée d'honneur, avec cette inscription : Pugna pro patria.

L'histoire ne sera pas à l'égard de Paoli moins juste que ses contemporains. Elle dira qu'il était en avance sur son époque, qu’il était un précurseur, un homme de génie, à qui il n’a manqué que les circonstances et un champ plus vaste pour laisser le nom d’un des grands hommes d’Etat de humanité.

Les encyclopédistes de son époque luttaient à la vérité, pour des idées nouvelles : ils combattaient le pouvoir absolu et la plupart des conceptions sur lesquelles reposait l'ancien régime. Paoli a fait mieux : il a édifié sur des bases essentiellement démocratiques et égalitaires, les institutions qu’il donna à son pays. En France, il a fallu arriver jusqu’à la Convention pour trouver le principe de la souveraineté du peuple aussi nettement etaussi complètement appliqué que dans la Constitution de Paoli.

L'Assemblée nationale et la Législative avaient organisé simplement une monarchie constitutionnelle à formes plus ou moins républicaines; elles n’avaient pas organisé la démocratie. Les hommes de la Convention, portés plus peut-être par les événements que par leurs conceptions propres tentèrent seuls d’instituer un vrai régime démocratique et égalitaire.

Nous croyons pourtant qu'une part des éloges que l’on

doit adresser au gouvernement de la Corse de 1755 à

à | PPS,

1769 revient au caractère du peuple et à l'esprit public de la Nation. Les Corses paraissent avoir eu à toutes les époques de leur histoire un profond sentiment de la justice et de l’égalité sociales, dont il serait peut-être curieux de rechercher les causes (1). Le génie de Paoli a été de le comprendre et de trouver la forme politique qui sauvegardait à la fois la liberté et les aspirations de ses compatriotes.

Aussi les Corses l’aimeront-ils et l’honoreront-ils éternellement: car Paoli sera devant la postérité, la personnification immortelle de l’époque la plus glorieuse de leur histoire nationale, celle où la Corse - triompha définitivement de l'injustice et de l'oppression dans un élan admirable d'union et de dévouement

patriotiques.

(1) Diodore de Sicile déjà écrivait : « Ils (les Corses) vivent ensemble selon les règles de la justice et de l’humanité, contrairement aux mœurs de presque tous les autres barbares... Les propriétaires ne perdent jamais leurs troupeaux marqués par des signes distinctifs, alors mème que personne ne les garde. Du reste dans toutes les rencontres de la vie, ils cultivent et pratiquent la justice. » Diod. de Sicile, Liv. V, 13, 14.

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