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mêmes devaient être gênois. La concussion était la règle et la justice n'existait plus; les vengeances privées étaient favorisées par le gouvernement qui vendait des brevets d'impunité; il n’y avait aucune garantie ni pour les personnes ni pour les biens; le commissaire délégué dans l’île condamnait à mort sur une information secrète sans interroger l’accusé, sans mettre la moindre formalité dans son jugement (1). Les impôts pesaient lourdement sur une population pauvre et misérable en qui on tuait toute initiative et chez qui on paralysait tout essor; enfin on enlevait à la Corse les moindres libertés que la banque de Saint-Georges d’abord, Gênes elle-même ensuite, lui avaient reconnues. « Les Corses, dit Vol- « taire (2), avaient besoin d’être policés et on les « écrasait, il fallait les adoucir et on les rendait « encore plus farouches. Une haine atroce et indes-
« tructible s’invétéra entre eux et leurs maîtres et fut
(1) Cette procédure exceptionnelle qui était ouverte « ex informala conscientia » du gouverneur ne fut abolie qu'après l'insurrection de 1729, lorsque d’ailleurs les Corses ayant secoué le joug de Gènes elaient presque indépendants (1738). Montesquieu écrit à ce sujet : « Une république d'Italie tenait des insulaires sous son obéissance, mais son droit politique à leur égard était vicieux. On se souvient de cet acte d’amnistie qui porte qu'on ne les condam nera plus à des peines afflictives sur la « conscience informée » du gouverneur. On a vu souvent des peuples demander des privi: lèges : ici le souverain accorde le droit de toutes les nations ». Esprit des Lois, liv. X, Chap. var.
(2) Voltaire, Siècle de Louis XV, chap. 49.
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« une seconde nature. Il y eut douze soulèvements « que les Corses appelèrent efforts de liberté et les « Gênois crimes de haute trahison. »
4 La querre de l'indépendance. — Aussi un mécontentement terrible couvait-il dans l’île entière. En 1729, les exigences des agents gênois à l’occasion de la perception d’une taille provoquèrent une émeute dans la piève de Bozio ; les premières troupes qu’on y envoie sont désarmées; une compagnie est ensuite obligée de battre en retraite devant l'attitude menaçante des gens du village ; en quelques jours cinq mille insulaires venus de toutes les pièves avoisinantes sont armés et marchent sur Bastia. Les Gênois sont battus et chassés de l’île malgré l’appui passager que leur apportent vingt mille Allemands envoyés par l'empereur Charles VI. La Corse va s'organiser en état indépendant lorsqu'apparait un nouvel acteur, un véritable aventurier deroman, Théodore baron de Neuhoff, originaire du comté de la Marck (Westphalie). Mêlé aux combinaisons, aux intrigues et aux déboires de Law, doué d’une audace peu commune, il débarque en Corse (12 mars 1736) précédé des recommandations qu’il avait obtenues auprès de plusieurs notables originaires de l’île et habitant Livourne. Il déploie un grand faste, persuade à tous qu'il a en Europe la protection et l’amitié des plus puissants monarques, en Afrique l'alliance du Bey de Tunis, et manœuvre tant
et si bien qu'il est proclamé roi sous le nom de
Vie
Théodore I”. Cette royauté dura quelques mois à peine et bientôt les Gorses désillusionnés ne voulurent plus de ce singulier monarque (1).
Après les Allemands, c’est aux Français que Gênes vint demander secours ; l’armée du marquis de Maillebois défit les Corses (1739) mais ne les soumit point; dès son départ, en effet, l'autorité de la République était de nouveau ébranlée, et malgré les concessions qu’elle promettait, réduction des impôts, accession des indigènes aux emplois publics, respect de la liberté individuelle, la rébellion continuait et gagnait du terrain. Gaffori, nommé généralissime par l’Assemblée d’Orezza, occupait Corte et les principales places de l’intérieur.
Son assassinat par une main armée par Gênes (1753), loin de décourager les patriotes, exaspéra leur enthousiasme : ils formèrent un gouvernement provisoire de quatre membres, chargé d'assurer l’indépendance de la nation, qui quelques mois plus tard, devait offrir le pouvoir à celui qui allait conquérir, devant ses compatriotes et devant l’histoire, l’insigne honneur de personnifier les aspirations séculaires de son pays vers
la liberté et l'indépendance, à Pascal Paoli. Ainsi dans
(1) Sentant la confiance des Corses diminuer, Théodore quitta l'île en novembre 1736 pour essayer effectivement de se procurer des subsides sur le continent. Il revint en Corse à deux reprises, fut froidement accueilli et, sans avoir pu recouvrer sa royauté, quitta l'ile en 1738 pour ne plus y revenir, Il mourut en 1736 et fut enterré à Londres à l’abbaye de Westminster.
leurs périodes de grandes crises nationales les peuples savent parfois trouver, par une sorte d’instinet infaillible, un chef dont l’âme est pour ainsi dire faite de tout ce qu'ont de commun celles de ses compatriotes, desquelles on aurait arraché toutes les tendances
impures ou contradictoires.
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