‹ La Constitution du Généralat de Pascal Paoli en CorseChapitre 8 sur 33 · RE · texte numérisé non relu

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un peu portées à se croire abandonnées, la sollicitude constante du gouvernement ? Ne fallait-il pas ménager leur susceptibilité « pomontiche » et leur montrer qu'il n’y avait entre les citoyens corses d’autre distinction que celle basée sur leur plus ou moins grand attachement à la cause de la patrie ? Aussi le résultat ne se fait-il pas attendre ; le 23 août 1760 toute la Rocca se déclarait contre les Gênois dans une assemblée où tous les chefs des communes signèrent un acte d'adhésion au gouvernement national.

Depuis cette époque il n’y eut plus en Corse de mouvement régionaliste. Paoli qui, le 3 septembre 1755, écrivait au Président Venturini :

« Mon objet n'est que d’unir nos peuples afin « que tous, de concert, soutiennent les droits de la « Patrie (1) », avait enfin atteint son but : tous les Corses, sauf ceux des places encore maintenus par force sous le joug de la République, collaboraient avec lui pour le bien de la patrie. La forme fédérale qu'Antoine Colonna aurait voulu donner à son pays eût été assurément une cause de faiblesse pour le parti de la Nation. Des rivalités seraient nées infailliblement, dont Gênes n’eût pas manqué de se servir. Ce n'est pas à dire que la forme fédérale soit destructrice de l’unité nationale : les Etats-Unis d'Amérique,

(1) Non tende la nostra mira che ad unire i popoli perchè tutti di concerto sostengono i dirilti della Patria. Bull., t. 12, p. 44.

l'Empire d'Allemagne, nous montrent par quels liens puissants la communauté d'intérêts ou de race peut grouper en un faisceau compact des provinces régies par des institutions et même des lois différentes, pourvu qu'elles soient soumises à un pouvoir central émané du pays tout entier; la Suisse nous offre un exemple plus frappant encore parce qu’il se propose depuis plus longtemps à l'attention de l’historien. — Mais ce qui n’a aucun inconvénient, ce qui peut même être désirable dans un Etat où la paix extérieure fait régner l’ordre intérieur, et où le temps a assis fortement certaines habitudes constitutionnelles peut être dans une nation non encore formée une cause de divisions, de faiblesse et même de décomposition. La Corse n’était pas habituée à être indépendante : elle était unie contre Gênes mais il était à craindre que les tendances fédéralistes n’en arrivassent à faire renaître entre chefs de clans les compétitions qui si souvent avaient ensanglanté le pays. C’est pourquoi aussi dans la France de 1792 et 1793, toute rajeunie et revivifiée par le souffle révolutionnaire, le peuple sentait que le fédéralisme était. en présence de l’invasion étrangère, l'ennemi du patriotisme; et le pire reproche que les Montagnards et les Girondins se faisaient réciproquement était de vouloir constituer des Etats-Unis de France.

C'était donc par une saine appréciation des choses

que Paoli était l'ennemi du fédéralisme pour la Corse

de 1755. Mais il comprenait aussi qu'il fallait ménager les aspirations d'autonomie régionale tant qu’elles n'étaient pas un danger pour le bien de la patrie; il écrivait à Salvini le 4 janvier 1756 : « Celui qui gou- « verne doit écouter un chacun afin de connaître les « passions et de les utiliser pour le bien public : il ne « doit jamais les changer jusqu’à ce que, les passions «-s'opposant directement à cette fin, il ne puisse plus « les diriger (1). » Il donna une satisfaction suffisante aux désirs d'indépendance régionale par le mode d'élection des Conseillers d'Etat.

Ceux-ci étaient nommés par les représentants à la Consulte des diverses provinces. À la fin de leur session annuelle les députés s’assemblaient séparément par province el choisissaient respectivement les membres du Conseil d'Etat de leur province. Les choix de ces neuf congrès particuliers étaient soumis à l’Assemblée générale qui approuvait toujours les désignations. Mais celles-ci étaient censées faites par tous les repré-

sentants de la nation.

b) Les pouvoirs du Conseil d'Etat.

La responsabilité des Conseillers d'Etat. — Avec un parcil mode de nomination les ministres ne for-

maient pas un véritable gouvernement homogène et

(1) Bull, à. 12.

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