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LES EXCES DE L'ESPRIT DE TRADITION

yeux, si mécontents de leur sort. Toutefois il ne faut point revenir à certaines opinions du siècle dernier, et présenter ces traits de la vie primitive comme une condition idéale dont les modernes devraient se rapprocher. A ce sujet, deux faits évidents me dispensent de procéder à la réfutation méthodique de Terreur et de l'utopie. En premier lieu , les sauvages , lors même qu'ils en auraient le désir, ne sauraient , comme les races du deuxième âge , modifier utilement leur territoire ; et , s'ils défrichaient leurs forêts , ils condamneraient le sol à la stérilité. En second lieu, les pasteurs modèles que j'ai signalés ci -dessus ne peuvent toujours rester dans l'état de bonheur qui leur est parfois acquis ; ils s'agglomèrent sous ce régime et se laissent alors envahir par les causes de souffrance que j'ai indiquées. Si ces modèles s'offrent encore, de loin en loin, au voyageur, c'est que les désordres atmosphériques, les épidémies , les épizooties viennent périodiquement faire le vide sur les steppes encombrées , et rendre de nouveaux champs à l'indépendance des familles, à l'abondance et à la paix.

La force des choses limite donc à des localités exceptionnelles le genre de supériorité qui caractérise les races de l'âge des herbes. D'un autre côté, la nature de leur esprit les place, sous beaucoup de rapports, dans un état d'infériorité devant les races formées sous les deux

H8 LA PROSPÉRITÉ ET Lk SOUFFRANCE DANS L'HISTOIRE

âges suivants. Les pasteurs, comme les sauvages , sont soumis trop exclusivement à Tempire de la tradition. L'entraînement passionné qu'ils montrent pour la chasse et le pâturage perpétue cette tendance dans les idées, les mœurs et les institutions. Ils se persuadent qu'ils commettraient une sorte de sacrilège s'ils modifiaient, en quoi que ce soit, le territoire qui nourrit le gibier et les troupeaux. En repoussant le travail qui féconde le sol et développe Tintelligence , ils se rendent incapables de perfectionner le service du pain quotidien et de fortifier la notion de la loi morale : ils atrophient , en quelque sorte , les plus précieuses aptitudes de Thumanité. Pour condamner les défaillances qu'entraîne , dans le premier âge , l'abus de la tradition, il suffit de présenter Ténumération sommaire des conquêtes incessantes faites , dans les deux âges suivants, par la culture intelligente de la nouveauté.

La prospérité ou la souffrance dans l'âge des machines.

Dans le premier âge, sous le régime de tradition que je viens de décrire , le bonheur règne dans les localités où quatre conditions fort simples sont remplies : toutes les familles pratiquent la

loi morale; elles ont rindépendance que donne l'égalité des situations sociales , assise elle-même solidement sur l'abondance universelle du pain quotidien; le pouvoir local, respectant cette indépendance , a pour unique mission de remédier aux défaillances accidentelles et aux calamités imprévues ; une souveraineté , dont le siège est éloigné, institue ce pouvoir et s'abstient de toute initiative, tant que celui-ci s'acquitte de sa tâche.

Cet état de bonheur peut se perpétuer, lorsque s'ouvre, par remploi de la charrue, le régime de nouveauté de l'âge des machines. Souvent même il prend plus d'éclat à mesure que se développent les inventions utiles , les forces intellectuelles, les communications rapides, les splendeurs de la vie urbaine et les autres traits caractéristiques de ce régime. Des changements considérables s'opèrent ainsi dans les procédés de travail, dans la nature des lieux, dans les idées des hommes et surtout dans leurs rapports mutuels. La transformation s'étend de proche en proche à la société entière ; mais elle ne se produit uniformément, ni sur les individus, ni sur les familles. Loin de là, elle se manifeste par le résultat opposé : elle substitue l'inégalité des conditions à l'égalité primitive.

La transformation devient apparente sur le territoire entier, quand ces inventions ont consti-

tué l'agriculture 5 la pêche côtière, l'art des forêts, l'art des mines et la métallurgie, c'est-à-dire les branches de travail liées à l'exploitation du sol et des eaux. Elle s'accélère ensuite, quand se développent les industries manufacturières et commerciales , car celles-ci peuvent devenir prépondérantes dans l'activité de la race, tout en restant confinées dans quelques localités restreintes. Le changement des lieux, des choses et des hommes devient encore plus frappant, lorsque se constituent les arts libéraux : ceux-ci , en effet, alors même que le territoire est complètement occupé par les arts usuels, peuvent prendre, dans le domaine de la pensée, un développement sans limites. Enfin, quand l'organisation sociale du deuxième âge est établie , quand les sciences naturelles sont devenues des auxiliaires pour chaque branche des arts usuels et libéraux , l'inégalité atteint ses proportions extrêmes. Les professions qui procurent le pain quotidien réclament des aptitudes physiques et intellectuelles fort différentes chez ceux qui les exercent. Il résulte de là que ces derniers sont rétribués fort inégalement de leur travail , selon que la nature et l'éducation les ont plus ou moins bien pourvus. Depuis la fin du xviii© siècle, cette cause d'inégalité modifie profondément la hiérarchie sociale parmi les familles vouées aux branches de travail les plus fructueuses. Elle grandit rapi-

dément à mesure que le progrès des machines , des méthodes de travail, des moyens de transport, des sciences et des arts fournit de nouvelles forces au développement des supériorités individuelles. L'industrie manufacturière, le commerce et les arts libéraux attirent et retiennent des hommes doués de facultés si éminentes qu'ils se procurent souvent, par le travail d'une heure, une rétribution supérieure à celle qu'un bon ouvrier gagne en une année dans les spécialités inférieures des mêmes professions. Cette inégalité des moyens de subsistance acquis à la famille par le travail dérive de la loi naturelle qui crée les hommes fort inégaux, même lorsqu'ils sont issus d'un même mariage. Elle est un trait caractéristique de toutes les races qui conservent, sous le deuxième âge du travail, entre les familles, l'indépendance réciproque, établie par les meilleures coutumes des races simples. L'inégalité des ressources fournies par le travail aux diverses familles est d'ailleurs la principale cause des différences et même des contrastes qui se développent parmi elles dans l'ordre matériel, intellectuel et moral. Elle crée, à la longue, une organisation sociale qui, par sa complication, tranche absolument avec la simplicité des organisations primitives. Le contraste se résume en un fait dominant : une minorité de familles riches, savantes et fortes, est superposée à une majorité

qui, SOUS ces trois rapports, n'offre que médiocrité ou faiblesse.

Cette organisation des sociétés n'est point incompatible avec le bonheur fondé sur la stabilité et la paix. Toutefois, il a été souvent dans le passé, et il s'est montré plus que jamais de nos jours, le précurseur des maux qui accompagnent l'instabilité et la discorde. Les régions de l'Occident qui souffrent de ces maux les aggravent en signalant comme remèdes des idées préconçues et contradictoires. Heureusement il existe encore en Europe des localités où les complications et les inégalités sociales du deuxième âge se concilient avec la prospérité et l'harmonie. Ces modèles sont fréquents en Angleterre , dans les provinces basques et les montagnes contiguês du nord de l'Espagne , dans les petits cantons suisses de l'Oberland , dans la plaine saxonne , les forêts et les montagnes métallifères du Hartz et de l'Erzgebirge, qui la bornent au midi, dans la plaine des anciens Angles comprise entre l'embouchure de l'Elbe et la Baltique , dans les trois États Scandinaves. Des exemples admirables sont, en outre, épars dans les lieux qui ne confinent point aux grandes voies commerciales. En appliquant à ces localités la méthode d'observation enseignée par notre école des voyages, chacun peut maintenant conquérir lui-même les convictions énergiquefs et les moyens de persuasion qu'à

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notre époque de doute peut seule donner la vue directe des faits.

Dans ces oasis de prospérité, l'activité de la race repose sur Ténergie de la vie privée plus que sur la force de la vie publique , sur Tindépendance de la famille plus que sur le pouvoir de l'État, sur l'ascendant des campagnes plus que sur la prépondérance des villes. La race, essentiellement rurale, comprend trois sortes de familles, intimement unies par les sentiments, bien qu'inégales par la fortune et les fonctions : les familles dirigeantes, alliées à leurs tenanciers, paysans ou bordiers, qui tous ont pour appui la propriété patronale ; une seconde variété de ces deux dernières classes, qui se livrent à l'exploitation de leurs propriétés familiales et trouvent, presque partout, dans la propriété communale un complément de ressources. Selon les lieux, les familles dirigeantes sont diversement constituées ou inégalement réparties. Le long des plages maritimes enrichies par le commerce, la propriété patronale est prépondérante ; les montagnes qui sont le siège de l'industrie pastorale présentent , au contraire , plus généralement la propriété familiale des riches paysans. Malgré ces nuances, la classe dirigeante maintient partout la prospérité , si elle comprend que les avantages dont elle jouit lui imposent des devoirs exceptionnels, et qu'elle est tenue de se

dévouer au bonheur de la majorité qui est mal pourvue ou accidentellement dénuée. Ces devoirs sont nombreux et peuvent cependant se résumer en peu de mots : assurer à chacun le pain quotidien par une hypothèque coutumière , ou simplement morale, qui repose sur la propriété foncière ; enseigner, par la parole et le bon exemple, la pratique de la loi morale aux familles devenues défaillantes sous la pression du vice dégradant ou du travail excessif. Chez les grandes nations commerçantes, ces défaillances de certaines familles sont plus graves dans les cités que dans les campagnes ; mais elles n'engagent pas la responsabilité des classes dirigeantes rurales. Le devoir d'y remédier incombe à ceux qui, ayant la source de leur fortune dans les villes, y sont, par la force des choses, investis de l'action dirigeante. A cet effet, les deux sortes d'intérêts sont complètement séparés, Chaque cité est un îlot rigoureusement délimité et distinct de la campagne environnante. Dans cette organisation des sociétés, les familles dirigeantes des campagnes et des cités ont à supporter de lourdes charges. Malgré leurs richesses, leur science et leur force, elles ne peuvent, comme tous les patriarches des races simples et primitives , pratiquer elles-mêmes les ministères compHqués de la religion et de la souveraineté. Dès que le deuxième âge prend chez une race

ses premiers développements, il faut instituer les deux corps publics appelés à s'acquitter de ces difficiles fonctions. Par leur influence morale , les familles dirigeantes concourent aux services de paix, de concert avec ces deux corps, et elles les fortifient en leur fournissant , par un choix judicieux de rejetons, des recrues capables d'en remplir les devoirs. L'importance des services ainsi rendus, soit à la vie privée, soit au gouvernement des voisinages, des circonscriptions locales, des provinces et de l'État, est visible pour la nation entière. Le progrès des inégalités sociales créées par les nouveautés de l'âge des machines est justifié par l'éclat de ces services : il fait donc naître naturellement la sympathie des populations.

L'histoire de toutes les races fameuses off're une époque de prospérité où apparut, dans tout son éclat, le tableau de paix sociale qui vient d'être tracé. Malheureusement, il n'en est pas une seule qui, après s'être élevée à cette hauteur, ne soit, tôt ou tard, tombée dans la souffrance. Cette sorte de déchéance s'est manifestée chez toutes les grandes races prospères, parce que la cause première du mal est inhérente à la nature même de l'homme. On peut la voir en action dans l'existence de chaque individu. Ce phénomène est surtout apparent chez les individualités qui prospèrent aux degrés supérieurs

de la hiérarchie sociale ; mais les plus humbles conditions le laissent également apparaître. Tout homme qui s'élève au-dessus de ses voisins par un succès, mérité ou fortuit, est aussitôt perverti par l'orgueil. Il tend à mépriser ceux qui étaient précédemment ses égaux ; et, si quelque pouvoir lui est acquis, il incline à opprimer le voisinage, et crée ainsi la discorde. C'est ce vice organique de l'humanité qui, aux mauvaises époques, désorganise les nations chez lesquelles une minorité riche , puissante et forte, préside à la vie privée des voisinages et à la vie publique des communes, des provinces et de l'État. La cause évidente qui engendre la souffrance est l'oubli de la Constitution essentielle : la violation du Décalogue, amenée par l'abus des biens qu'avait créés la pratique de l'institution. Les riches se sont dégradés en s'abandonnant aux appétits sensuels ; les savants , au lieu de trouver dans l'étude du monde physique un nouveau motif pour obéir à la Loi suprême , ont cédé à l'orgueil et se sont révoltés contre Dieu ; les puissants, enfin, égarés par l'esprit de tyrannie, ont fait usage de leur pouvoir pour opprimer les faibles qu'ils étaient tenus de protéger. Quand ces trois formes de corruption sont devenues prépondérantes au sein d'une société, jadis prospère, les mêmes désordres se sont toujours développés : l'inconvénient des abus s'est

étendu , de proche en proche , à la nation entière ; le peuple a perdu les sentiments de respect et d'affection qu'avait fait naître l'ancienne prospérité ; le mépris et la haine conçus pour les institutions établies ont créé l'instabilité et la discorde, caractères habituels de la souffrance.

La prospérité et la soullrance dans Tàge de la houille.

La transition de l'âge des herbes à l'âge des machines a rempli de longues périodes de temps. Les populations primitives répugnent à ce changement ; mais, quand cette répugnance a été vaincue , la transformation des territoires a exigé partout une succession indéfinie de travaux. Les émigrants, familiers avec la connaissance des arts usuels, ont toujours employé des siècles à fonder des colonies florissantes , même quand ils ont opposé la violence à l'inertie d'une race primitive.

Au contraire, comme je l'ai indiqué ci-dessus, là où pénètre la voie ferrée, agent caractéristique du troisième âge , on voit se produire, dans l'état social, des résultats en quelque sorte instantanés. Plus encore que les machines du deuxième âge, les voies ferrées perfectionnent le régime du travail ; mais leur principal effet est de transfor-

mer Thomme lui-même. Elles ébranlent, par une impulsion brusque, le cœur et Tesprit des populations, en les soumettant plus étroitement que jamais aux dures alternances de la souffrance et de la prospérité.

Ces influences deviennent plus manifestes à mesure que la construction des voies ferrées s'avance de l'Atlantique vers l'Asie. Elles sont d'autant plus dangereuses que les populations ainsi ébranlées avaient mieux conservé jusqu'alors la simplicité des races primitives. Enfin, dans chaque lieu envahi, l'impression produite est toujours plus funeste aux ouvriers qu'aux familles dirigeantes. Cédant à l'appât d'un fort salaire , les premiers affluent sur les ateliers qui s'ouvrent en général sous la direction de chefs et de contremaîtres nomades, venus de l'Occident. Tout d'abord, ils rompent avec leurs coutumes, s'abandonnent aux appétits sensuels et adoptent les nouveautés nuisibles que met à leur disposition un état relatif de richesse. Le contact avec les étrangers est encore plus dangereux pour les femmes et les enfants. Quand de telles circonstances se sont offertes à moi dans le cours de mes voyages, les familles dont j'avais admiré antérieurement les vertus m'ont donné un douloureux spectacle. Elles avaient été élevées dans la croyance que les pratiques d'une foi naïve sont , dès la présente vie comme dans la

vie future, Tunique source du bonheur. Depuis lors, placées sous la direction de nouveaux maîtres, elles constataient que ces derniers, tout en violant les règles de la religion, possédaient, avec la richesse, les avantages sociaux qui dérivent de l'autorité. Sous cette impression contagieuse, elles étaient tombées dans le découragement, parfois même dans la dégradation. En résumé , les voies ferrées et les inventions complémentaires développent, plus que jamais, les maux engendrés parles progrès trop brusques de la richesse, de Tintelligence et de la force. Assurément, les sages attachés à la tradition ne sauraient concevoir la pensée de discréditer, dans l'opinion publique, ces utiles conquêtes. Toutefois, je devais signaler le mal pour démontrer la nécessité du remède. Les contemporains, égarés par le vice et l'erreur, mais ramenés peu à peu dans la bonne voie par la souffrance, peuvent aujourd'hui trouver eux-mêmes ce remède : ils le trouveront en pratiquant l'art des voyages et en employant la méthode d'observation.

Comment s'accroît, dans Tâge de la houille, la rapidité des changements.

Sauf l'impulsion brusque et, pour ainsi dire, instantanée qu'il communique aux choses, le troisième âge , ouvert il y a un demi -siècle par l'invention des voies ferrées, se présente comme une simple continuation de Tâge précédent. De même que celui-ci, en effet, il a créé des machines nouvelles qui transforment les méthodes de travail, agglomèrent les hommes et développent les intelligences. D'autre part, les causes actuelles de prospérité et de souffrance, étudiées dans leurs éléments primordiaux, ne diffèrent pas de celles qui étaient en action dans l'âge des machines. Sous les influences favorables émanant de la nature des lieux , certaines nations continuent à prospérer, quoique les familles s'agglomèrent sans cesse sur le territoire, et bien qu'une minorité s'y élève de plus en plus au-dessus des autres , en ce qui touche la connaissance de la loi morale et la possession du pain quotidien. Au milieu de ces changements, la paix sociale est assurée par la permanence des vertus propres à deux groupes d'institu-

y AGE DE LA HOUILLE ET LA RAPIDITÉ DES CHANGEMENTS 131

lions : l'esprit de patronage présidant à la direction de la vie privée porte les familles qui possèdent les biens essentiels à se dévouer au bonheur de celles qui en sont dépourvues ; dans la vie publique, Tesprit de paternité oblige les ministres de la religion et de la souveraineté à compléter, sous ce rapport, Faction de la classe dirigeante. Au contraire, chez d'autres nations, où régnait précédemment cette condition prospère des sociétés, on voit maintenant la race entière envahie par la souffrance ; et partout ce changement a la même explication : la classe dirigeante et les deux grands corps publics ont perdu le dévouement et ne font plus leur devoir.

La prospérité et la souffrance ont de tous temps alterné en chaque lieu et ont simultanément régné dans des localités différentes. Ces phénomènes ont commencé avec Tinvention de la charrue, et il est à craindre qu'ils ne finissent pas avec celle des voies ferrées. Ils se sont reproduits, avec une périodicité persistante, chez ces nombreuses dynasties qui , après avoir été instituées pour rétablir la prospérité par la vertu, se sont tôt ou tard détruites elles-mêmes par leur dégradation en ramenant la souffrance pour leur peuple. Les monuments qui signalent ces oscillations subites et réitérées, du bien au mal, jalonnent, pour ainsi dire, l'histoire entière de la

Grèce, de Rome et du moyen âge européen. Ils sont un trait caractéristique des quatre siècles de violence et de discorde qui se sont écoulés depuis la Renaissance. J'ai assisté personnellement à Tun de ces débordements de soufirance pendant les dix premières années de ma vie. J'ai été témoin d'un cataclysme encore plus déplorable pendant les dix années qui ont précédé le moment où j'écris ces lignes. J'ai retrouvé dans ces terribles épreuves les trois grandes défaillances que l'histoire nous montre en action chez les gouvernants du temps passé : le vice , abus de la richesse ; l'orgueil , abus de l'intelligence ; la tyrannie, abus de la force.

Depuis cinq mille ans, sous les régimes de nouveauté introduits dans l'organisation du travail, toutes les nations obtiennent donc les mêmes succès et subissent les mêmes revers. Seulement, depuis un demi -siècle, elles tournent plus rapidement dans le cercle vicieux où chacune d'elles est retenue par les alternances périodiques de souffrance et de prospérité.

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