CHAPITRE VI
L’Administration locale
Ainsi que nous avons essayé de le montrer antérieurement, une des idées maîtresses qui avaient été à la base de l'institution du Conseil d’État, était celle de permettre aux provinces, en leur accordant une représentation auprès du pouvoir central, de jouer, dans la vie du Pays, un rôle plus important qu’autrefois.
Mais il était logique, d’autre part, puisqu'on concédait aux provinces le droit de collaborer avec le Gouvernement, de les considérer vraiment comme des personnes majeures, de relâcher les liens de centralisation outrancière qui les rattachaient à Berlin, bref, de leur assurer une autonomie aussi large que possible.
Ce n’est qu’à la suite des agitations séparatistes de certaines provinces et notamment de la Rhénanie, de la Silésie et du Hanovre, qu’on se résolut, pour éviter le morcellement de la Prusse, à entrer dans la voie de la décentralisation et de l’autonomie.
« Il est incontestable, signalait le Dr Drews à la Commission de la Constitution, que les tendances séparatistes n’ont fait que croître depuis la Révolution.
1. Compte rendu des séances de la Commission de la Constitution, document n° 3.120 B, page 280.
En Haute-Silésie, la situation est très grave. Il est certain que, de l’avis unanime des personnes sérieuses, la Haute-Silésie ne veut plus être prussienne. Si on désire tenter de conserver ce territoire à la Prusse, il faut absolument le doter d’une autonomie extrêmement étendue, consistant, notamment, dans l’octroi du droit de nommer ses propres fonctionnaires et d’édicter des lois.
Sur la rive gauche du Rhin, la situation n’est pas brillante. Sans doute, le mouvement provoqué par le Dr Dortent, qui tendait à la séparation d'avec le Reich, n’a pas trouvé un terrain particulièrement favorable à son développement ; mais il n’en reste pas moins que le désir de
1. Il s’agit de la proclamation de la République rhénane à Wiesbaden, Mayence et Aix-la-Chapelle, le 127 juin 1919, fait qui ne constitue d’ailleurs qu’un événement du mouvement séparatiste ou tout au moins autono- À miste rhénan.
Ses principales phases ont été les suivantes :
Dès le 4 décembre 1918, à Cologne, la République Rhéno-Wesphalienne etait proclamée au cours d’un Congrès auquel prenaient part notamment les députés Trimborn et Marx, du parti du Centre ; mais on n'organisa pas le nouvel État, par peur de Berlin.
C’est alors qu’un groupe d’autonomistes actifs, à la tête duquel se trouvait le D' Dorten, fit campagne pour la proclamation très prochaine de la République rhénane, dans le cadre du Reich allemand.
Il fit prévenir le Gouvernement prussien, par l'intermédiaire des députés rhénans Kastert et Kuckhoff « qu'avec ou sans l’autorisation de Berlin, la République rhénane se ferait ».
Il mit sa menace à exécution et proclama la République le 1€T juin 1919, dans les villes rhénanes que nous avons indiquées. Le nouvel État englobait la province Rhénane, le vieux Nassau, la Hesse rhénane et le Palatinat.
La plupart des Rhénans, effrayés, trouvèrent que le Df Dorten allait trop loin ; l'autonomie provinciale leur suffisait, disaient-ils, et le Congrès du parti du Centre, tenu à Bonn en septembre 1919, prit parti contre la jeune République. Berlin, ému, détacha le Président du Conseil prussien en Rhénanie pour y prêcher le rattachement à la Prusse et le mouvement n'eut pas, pratiquement du moins, de suites.
Quoi qu'il en soit, si la République rhénane n’a pas entièrement réussi, pour bien des raisons dont l’étude dépasse le cadre de ce travail, l’agitation n’en demeure pas moins intense dans les Provinces du Rhin. Les attaques contre la Prusse y persistent, très vives, soutenues par les activistes rhénans Dorten et Smeets, surtout depuis la visite du pays par le D' Heim, Président de la Ligue des Paysans bavaroiïs ; tous ces personnages encou-
la séparation d’avec la Prusse est encore extrêmement vif en Rhénanie.
Au Hanovre, le mouvement national et séparatiste s’accroît. On attache une grande importance à ce fait qu’il ne faut pas se laisser administrer par des fonctionnaires venus de Berlin, mais uniquement par des agents élus par les populations locales. »
Cest contre ces idées, poursuivit le Dr Drews, qu’il importe d’agir.
« Le danger est grand : si une province se sépare de la Prusse, les autres voudront suivre le même mouvement. Toutes ces tendances ne manqueront pas d’ébranler la vie de l’État. Il faut absolument leur trouver un dérivatif, dans l’application de larges principes d'autonomie.
Le mot d’ordre de ces dernières années paraît avoir été : « trop tard » ; les réformes nécessaires n’ont pas été opérées à temps. Il faut éviter de renouveler une pareille faute ; il importe de canaliser les aspirations d'indépendance de certaines provinces dans un sens raisonnable, dans celui du développement de l’État unitaire prussien. »
SECTION A