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PROJETS DE RÉFORMES ANTÉRIEURS A LA RÉVOLUTION

Bon nombre d’auteurs estimaient qu'aucun amendement n'était nécessaire au régime prussien.

Il devenait toutefois de jour en jour plus évident aux masses populaires, dont la conscience politique était pourtant bien peu éveillée, que de telles institutions ne répondaient plus aux circonstances.

Le recrutement de la Chambre-Haute n'avait nullement été mis en harmonie avec les transformations d’ordre économique qu'avait subies le pays depuis un demi-siècle. Le passage de la Prusse de l’état agricole à l’état industriel avait ramené à une proportion fort modeste l’importance de la propriété foncière relativement à celle, toujours croissante, de la grande industrie, des métiers et du commerce : or, ces derniers éléments n'étaient pas représentés à la Chambre des seigneurs, alors qu'ils auraient dû évidemment l'être si l’on partait de ce principe que cette assemblée devait être le reflet de facteurs d’ordre économique.

Quant à la Chambre des députés, nous l'avons vu, le système des trois classes, base de sa composition, ne permettait au peuple d'y jouer à peu près aucun rôle,

Jusqu'en 1903 pourtant, les réformes ne furent demandées que par les radicaux ; leurs revendications ne tardèrent pas d’ailleurs à être approuvées par les libéraux et les socialistes.

Guillaume II voulut bien reconnaître, dans le discours du trône de 1908, que la réforme électorale présentait une importance capitale.

Elle fut l’objet, depuis lors, de propositions de réformes annuelles et de promesses gouvernementales régulières, qui n’aboutirent jamais d’ailleurs.

En 1912, un projet de réforme de cette nature fut repoussé à la Diète par 188 voix contre 158, quoique son vote fût réclamé par 5 millions d’électeurs contre 2? millions - seulement qui voulaient le maintien de l’ancien mode de suffrage.

Une nouvelle promesse de réforme fut faite dans le discours du trône, à la diète prussienne, le 13 janvier 1916 ; pas plus que celles qui l’avaient précédée, elle n’aboutit à un résultat.

Toutes ces assurances royales qui demeuraient vaines, finissaient d’ailleurs par être accueillies avec un scepticisme et une indifférence grandissantst!.

4. Témoin cet article paru en 1916, dans le Hamburger-Fremdenblatt : « Nous ne nous attendons à aucune solution définitive du problème de la franchise électorale, mais nous demandons qu’on nous épargne un projet qui ne serve qu’à exaspérer le peuple. Si l’on pense qu’une réforme doit être faite, alors que le Gouvernement se présente les mains ouvertes. La prochaine réforme électorale doit donner au peuple prussien une franchise raisonnable qu’il n’a pas obtenue jusqu’à présent. Le système actuel ne fait que tromper le peuple : il lui donne le droit de participer aux élec-

tions, mais guère la possibilité d’élire l’homme de son choix. » (Cf, pe Wisscuer, la Liberté politique en Allemagne et les Hohenzollern, page 76.)

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Maïs la guerre se poursuivait. Les sacrifices qu’elle exigeait, retombaient surtout sur les masses populaires et celles-ci réclamèrent des réformes avec plus d’âpreté encore qu'auparavant.

Les provinces, de leur côté, insistèrent d’une façon de plus en plus pressante pour obtenir une part dans l’exercice du pouvoir central.

Le message royal de Pâques 1917, complété par celui du 11 juillet de la même année, semblait vouloir donner quelque satisfaction à ces tendances. Il annonçait « qu’eu égard au puissant effort fourni par l’ensemble du peuple au cours de la guerre, il ne saurait plus y avoir place désormais pour le système électoral des trois classes ». Un projet de loi allait être, ajoutait le document, déposé dans ce sens.

Deux projets furent en effet soumis au Landtag, en novembre 1917, sous la pression des chefs de partis du Reichstag qui demandaient, notamment et très nettement à l'Empereur «de faire exécuter la réforme électorale en Prusse, loyalement et rapidement ». Ces deux projets prévoyaient une modification radicale dans la composition des deux Chambres :

La Chambre des députés devait être élue au suffrage universel, égal, direct et secret.

Quant à la Chambre-Haute, on y aurait fait une place aux représentants de l’agriculture, du commerce, de l’industrie, des métiers, des corps administratifs autonomes, des établissements d'enseignement supérieur et des confessions religieuses. Elle serait ainsi devenue, en partie tout au moins, une Chambre professionnelle. Pour le surplus, le projet réduisait le nombre des membres héréditaires de cette assemblée et le chiffre des personnes dont le choix était laissé à la libre appréciation du roi .

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