NO ES
La Révolution éclata avant que le Landtag, par suite de l’inaction du Gouvernement, eût voté ces textes et ce, malgré une nouvelle intervention en faveur de leur urgence, en date du 30 septembre 1918, de la part des partis constituant la majorité du Reichstag.
Les événements violents, consécutifs à la défaite des armées, allaient désormais se charger de détruire entièrement le vieil édifice constitutionnel prussien : nous essaierons de les décrire au chapitre suivant.
Il peut paraître oiseux de se demander aujourd’hui si, sans la débâche militaire de 1918, la chute de la monarchie et l’écroulement de la Constitution de 1850 se seraient produits ou, tout au moins, se seraient ainsi produits.
Sans doute, la défaite a essentiellement contribué à ces transformations profondes, mais ce serait méconnaître l’histoire, l’importance de l’esprit des masses et la puissance des idées qui s'étaient introduites en Allemagne en 1848 que s’imaginer qu’à la longue, sous l’influence de la démocratisation des principaux États et des grands courants économiques, un peuple comme le peuple prussien, eût pu continuer à se montrer satisfait d’un système militaire, bureaucratique et quasi-absolu. N'oublions pas que ce peuple était, bien qu'ayant, comme on l’a dit, le « regard hiérarchique », ouvert pourtant aux idées nouvelles et qu'il réclamait, à juste titre, sa part dans la gestion des affaires publiques.
Il eût été fort difficile, sinon quasi-impossible, de maintenir une pareille doctrine et de telles institutions au milieu d’un prolétariat qui manifestait son impatience d’une façon d’autant plus vive qu’il se voyait régenté par la prépondérauce des agrariens qui n'étaient plus les détenteurs de
la richesse, qui n’avaient plus la puissance économique et qui ne constituaient pas, à beaucoup près, la puissance numérique. |
: La noblesse terrienne voyait donc s’élever contre elle, d’une part la bourgeoïsie industrielle, d’autre part les masses ouvrières et leurs alliés, artisans, boutiquiers, petits fonctionnaires, tous plus ou moins mécontents des charges croissantes qui leur étaient imposées.
Notons d’ailleurs que leurs revendications prenaient d’autant plus de force qu’elles étaient encouragées, au sein même de l’Empire, par les États de l'Allemagne du sud, qui, distançant la Prusse, avaient déjà adopté chez eux des réformes d’un esprit nettement démocratique.