LA:RÉVOLUTION
| Étant donnée la'connexité étroite qui existait entre la situation politique du Reich et celle de la Prusse, par suite, notamment, du fait que l'Empereur d'Allemagne était aussi Roi de Prusse, tous les événements de la Révolution atteignirent en même temps le Reich et la Prusse. |
En principe, nous ne nous occuperons évidemment ici de ces événements que dans la mesure où ils touchèrent spécialement la Prusse.
Voici quel fut leur enchaînement:! :
Le 28 octobre 1918, des désordres se produisent à bord du cuirassé Margrave, dont l'équipage annonce qu’il refusera d’appareiller en vue d’une attaque contre la flotte anglaise.
Les 30 et 31 octobre, les équipages des autres navires ancrés à Kiel prennent semblable décision, suivie bientôt
-4. Leur récit est emprunté à Pürzirz : Die deutsche Revolution, tome I, Leipzig, 1920.
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par une détermination identique de la part des matelots des autres vaisseaux. Les marins forment un Conseil qui présente au gouverneur du port leurs revendications : elles sont d'ordre purement militaire.
A la suite de ce mouvement, les ouvriers de Kiel décrétent la grève générale et forment des Conseils d'ouvriers qui se joignent au Conseil de soldats des détachements de marins.
De Kiel, le mouvement gagne Lübeck et Hambourg, Le Conseil des ouvriers et soldats annonce, dans une proclamation, qu’il prend en mains le pouvoir à Lübeck et que ses buts sont les suivants : abolition de la dictature militaire, armistice immédiat et paix.
Le 6 novembre, la grève éclate au port de Hambourg et la révolution à Brême. Elle gagne ensuite {lanovre, Cologne, Magdebourg et Brunswick. Partout, des Comités d'ouvriers et soldats se forment et on peut dire qu’à la date du 9 novembre la Prusse est entre leurs mains.
Jusqu'à la nuit des 7-8 novembre, ce mouvement paraît d’ordre essentiellement militaire : à cette date, il devient politique. En Bavière, la famille royale est expulsée et la République est proclamée à Munich.
En présence des événements, Le 9 novembre, Guillaume IT renonce au trône! à la suite, notamment, d’un ultimatum remis au Chancelier par le socialiste Scheidemann, devenu Secrétaire d'État depuis la réforme de la Constitution d’'Empire, intervenue le 28 octobre 1918. Ce document, rédigé par le parti social-démocrate, exigeait, outre l’abdi-
1. Le 28 novembre d’Amerongen (Hollande), où il s'était réfugié, l'Empereur confirme sa renonciation définitive à tous droits à la Couronne de Prusse et à la dignité impériale.
Le 11 décembre, une semblable renonciation, expresse ct définitive, est rédigée par le Kronprinz.
cation de l’Empereur-Roi, une modification immédiate du Gouvernement prussien dans le sens démocratique indiqué par la résolution des membres de la majorité du Reichstag.
Eu égard aux circonstances, le Ministère prussien s'était retiré dès le 8 novembre. Son Vice-Président, le D' Friedberg, de la fraction nationale-libérale, s'était chargé de la formation du nouveau cabinet, composé de deux représentants de chacun des partis formant la majorité du Reichstag.
Ce cabinet ne devait d’ailleurs être que de courte durée.
Le 9 novembre au matin, en effet, la grève générale éclate à Berlin, resté calme jusqu’à cette date. Les troupes chargées de réprimer l’émeute passent aux grévistes, Un Conseil d'ouvriers et soldats se forme, composé d’Ébert, Braun, Wells et Eugen Ernst, en qualité de représentants du parti social-démocrate et de douze hommes de confiance des ouvriers d’usines.
Ce Conseil d'ouvriers et soldats, prenant en mains le pouvoir politique, se met immédiatement à l’œuvre et commence des négociations entre les deux groupes du parti socialiste relativement à la formation d’un nouveau Gouvernement pour l’Empire et pour la Prusse.
Une première fraction de ce parti, représentée par les social-démocrates proprement dits désire construire le futur édifice constitutionnel sur une base essentiellement démocratique et aboutir au plus tôt, dans ce but, à la convocation d’une Constituante. Elle déclare insupportable tout despotisme, d’où qu’il vienne.
Une seconde tendance, représentée par les socialistes indépendants, vise à la transformation des conseils d’ouvriers et soldats en une institution permanente, définitive
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et véritablement maîtresse des pouvoirs publics. Elle désire, en un mot, la dictature du prolétariat exercée par ces Conseils, dont une mission essentielle devrait être la socialisation rapide de tous les moyens de production.
Les négociations entamées aboutissent ; le 10 novembre, à la suite d’une entente intervenue entre les deux fractions du parti socialiste et au lendemain de la proclamation par Scheidemann, du haut d’une des fenêtres du Reichstag, de la République allemande et de l'effondrement du régime monarchique, le Comité exécutif du Conseil des ouvriers et soldats de Berlin nomme les membres du « Cabinet populaire de Prusse », choisis par lui en nombre égal dans chacun des deux groupes du parti, qui se partagent done l’exercice du pouvoir :
Après avoir prescrit à tous-les fonctionnaires de continuer - .-
à remplir leur emploi, afin de contribuer au maintien de l'ordre et de la sécurité, le nouveau Gouvernement lance, à la date du 13 novembre, la proclamation suivante au peuple prussien :