Détail des estimations le Necker
Noirs Blancs. Noirs libres. Esclaves. pour { blanc.
Saint-Domingue... 32.630 7.055 249.098 7,8 La Martinique .... 11.619 2.892 71.268 6,4 La Guadeloupe .… 13.961 1.382 85.327 6,5 Cayenne #7... 1.358 » 10.529 FE Sainte-Lucie ..... 2.397 1.050 10.752 8,6 Ile de France .... 5.386 1.999 23.154 4.2 Ile Bourbon ...... 6.340 » 26.176 4.1 TOLADenee ee 74.011 14.378 478.313 6,6
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Pétion, dans son discours sur la traite (séance du 8 mars 1790 ; Arch. parlem., XII, 89 ; Pr.-verb., XIV, n° 223) compte, d’après Barbé de Marbois, 300.000 nègres en 1775 et seulement 364.194 en 1188, bien qu'il en ait été importé pendant la paix 25.000 en moyenne par an, ou 225.000 pendant les neuf années commercialement utiles ; le déficit est causé par l'énorme mortalité.
fisante pour 1789. Moreau de Saint-Méry, dans la seule Saint-Domingue, compte, en 1790, 520.000 habitants, dont 40.000 blancs, 28.000 noirs libres et 452.000 esclaves !. C'était une proportion de 12 noirs pour un blanc et de 6 esclaves pour 1 maitre. Elle était à peu près la même partout. Chaque colon était moins un agriculteur qu’un chef d'industrie, entouré parfois de plusieurs centaines d'ouvriers; de leur travail dépendait sa fortune, et de leur soumission sa vie. Toucher au régime de l'esclavage, c'était provoquer une crise ouvrière d'autant plus grave que le maître n'avait pas pour excuse le contrat de louage et que l’ouvrier était ulcéré par les mauvais traitements ?. Diverses circonstances venaient encore compliquer cette situation. Il ÿ avait aux colonies trois classes d'hommes, qui n’entraient pas dans le cadre de l'esclavage ou qui en étaient sortis, mais qui ne demandaient qu’à jouer un rôle. C'étaient les petits blancs, les mulätres ou sang-mêlés et les affranchis. Les premiers n'étaient pas propriétaires ; ils comprenaient les gens de loi, courtiers
1. Moreau de Saint-Méry, la Partie française de Saint- Dominque, Paris, 1798. — Dans son discours du 14 mai 1791, il ne compte que 30.826 blancs ou 24.845 noirs libres, d’après une statistique imprimée de Saint-Domingue (Arch. parlem., XXVI, 65). — Barnave compte en gros 30.000 blancs et 450.000 noirs (séance du 23 septembre 1791; Arch. parlem., XXXI, 252 ; Proc.verb., n° 115, p. 1-12, t. LXXII).
2. Cf. sur ces mauvais traitements Malouet (Mémoires, 1, 39); Pétion (Discours du 8 mars 1790, Arch. parlem., XII, 78), les ouvrages de Raynal, Schwartz, Levaillant, Hilliard d'Auberteuil, Wilberforce, Clarkson, etc., et la récente thèse de Th. Peytraud l'Esclavage aux Antilles avant 1189 (Hachette, in-8°, 1897), Liv. Il, Ch. IV, VI, vi.
de commerce, soldats libérés ou réfractaires, domestiques, aventuriers, qui n'avaient pas d'attache dans le pays et qui étaient par nature fort turbulents. Arrivant avec des préjugés de race et de couleur, que n’atténuait pas, comme chez les planteurs, le contact journalier avec les esclaves, ils se montraient les implacables ennemis des noirs, surtout des mulâtres, dont ils convoitaient les biens, et ils se portaient souvent à des actes de violence, même contre les agents du pouvoir!. Les mulâtres et sang-mêlés n'étaient pas moins inquiétants. Descendant directement ou indirectement des blancs et des femmes esclaves?, représentant l’une des immoralités que comporte l’esclavage, possédant au dire de l’un d’eux° le quart des esclaves et le tiers des propriétés, ayant reçu une demi-instruction et, par leurs fréquents séjours en France, une demi-teinte de la philosophie métropolitaine, ils avaient la prétention, d’ailleurs parfaitement juste, d’être les égaux de leurs pères et frères blancs, dont ils partageaient les charges
1. Cf. le discours du mulâtre Raimond, séance du 14 mai 1791 (Arch. parlem., XXVI, 65; Prot.-verb., n° 650, p. 5, t. LV) :« Les petits blancs, raconte-t-il, ont tué le sénéchal du Petit-Goave, Ferrand de la Boutière, qui a rédigé une adresse des mulètres demandant le droit électoral. » — V. aussi Hilliard d'Auberteuil, Histoire de Saint-Domingue (éditions 1776-1718-1782).
2. Moreau de Saint-Méry (la Partie française de Saint- Domingue) compte 120 combinaisons de couleur, donnant 13 nuances différentes : mulâtre (blanc avec noir, quarteron (blanc avec mulâtre), griffe (mulâtre avec noir), etc. — Grégoire, dans son Mémoire en faveur des Gens de couleur (Paris, 11789, 41 p.), indique 7 nuances : mulâtre, grif, marabau, carteron, tierceron, métis, mamelouc.