‹ La Constituyente et les ColoniesChapitre 51 sur 146 · Arch. parlem., X · texte numérisé non relu

Arch. parlem., X

2. Le Comité de la Marine et des Colonies, proposé le 6 octobre par le comte Levassor de la Touche, et constitué le 13, comprenait 12 membres : Malouet, N. de Campagny, comte de La Touche, marquis de Vaudreuil, Begouen, Nairac, marquis de la Poype-Vertrieux, Delaville Le Roux, Alquier, de Vialis, de Curt, chevalier de la Coudraye. — Le Comité de Constitution et de Commerce fut plus tard divisé en deux : le Comité de Constitution et le Comité de l'Agriculture et du Commerce ; — Arch. parlem., IX, 354 ; Proc.-verb., n° 99, p. 2, t. VI (avec les noms).

des nègres à la Guadeloupe et à la Martinique eurent-elles un effet contraire à celui qu’ils attendaient. L'Assemblée voulut être renseignée, et, au lieu de se prononcer sur l'heure en un sujet obscur, elle renvoya la cause à plus tard. La motion fut rejetée.

Elle fut reprise par Camus le 2 mars 1790, et cette fois, après une discussion encore très vive, elle aboutit!. Un Comité spécial des Colonies fut créé, comprenant 12 membres titulaires et 2 suppléants. Un treizième, Louis Monneron, y fut adjoint par décision spéciale, le 20 janvier 1791 ?. Ce n’était plus un Comité d’intéressés, en apparence. Il ne comptait que 2? colons, Gérard et le comte de Reynaud, 2 négociants, Begouen du Havre et Garésché de Saintes. Parmi les 8 autres étaient un officier de marine, Nompere de Champagny, 3 hommes de loi, Thouret, Le Chapelier et Alquier, 4 propriétaires, Pelerin de la Buxière, Payen-Boisneuf, Alexandre de Lameth et Barnave. Les suppléants furent Cazalèz et l’abbé Maury. Mais ce Comité, d’aspect impartial, différait-il beaucoup de celui qu'’avaient rêvé les colons ? Il n'y a que 2 colons, mais ils sont de Saint-Domingue ; que 2 négociants, mais ils représentent les ports les plus engagés dans la traite; une majorité d'hommes de loi et de propriétaires, mais ils sont solidaires des négociants et des colons, étant

1. Arch. parlem., XII, 19; Proc.-verb., n° 217, p.. 3-5 (motion Camus), n°218 (élection), n° 219 (noms), t. XIV. 2. Proc.-verb., n° 531, p. 19, t. XLIIL.

députés de villes telles que Rouen et La Rochelle !, ou propriétaires eux-mêmes à Saint-Domingue? ; Cazalez et Maury seront de parti pris les alliés des colons dans toute négation des droits de l’homme. On peut le prévoir : colons de l'hôtel Massiac et députés extraordinaires du commerce exerceront sur ce Comité une influence facile, et Barnave, le plus ignorant de tous en ces matières, l’ami de Lameth, chez qui il loge, se fera l'avocat docile de leurs intérêts et de leurs préjugés. De Tracy le dira plus tard : « Le Comité des Colonies fut rempli de députés des colons blancs. »

1. Thouret et Alquier; Garesché est de Nieuil (aujourd'hui Nieulles-sur-Seudre), entre Bordeaux et La Rochelle.

2. Payen-Boisneuf et Alexandre de Lameth; Pelerin de la Buxière est d'Orléans, ville sucrière. — V. pour ces qualifications et ces origines Brette, Convocation des Elals généraux, TI, « Listes des Constituants ».

3, Séance du 23 septembre 1791; — Arch. parlem., XXXI, 252.

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Si l'Assemblée se décida, le 2 mars, à constituer un Comité des Colonies et revint sur son refus du 26 novembre, c’'estque des nouvelles graves étaient arrivées des colonies. Le 4* mars, le ministre La Luzerne déposa sur le bureau les rapports des gouverneurs, en signalant leur importance, et aussitôt le Comité des rapports reçut mission d’examiner les pièces et d'en rendre un compte immédiat. Goupilleau et Grégoire le firent en effet dès le lendemain!. Que s’était-il donc passé?

A Saint-Domingue, comme dans les autres Antilles, la Révolution avait été accueillie par tous avec enthousiasme. Les planteurs en attendaient la fin du despotisme ministériel; les petits blancs, l'égalité de fortune par une sorte de partage des plantations ; les mulâtres et les affranchis, la reconnaissance de leurs droits civils et civiques. Les esclaves eux-mêmes n'avaient pas été sans concevoir de vagues espoirs de délivrance ?. Mais, au

4. Proc.-verb., n° 217, p. 3-5, t. XIV ; Arch. parlem., XII, 2-13. 2. « La sûreté des blancs, dit confidentiellement un gouverneur de la Martinique {de Fénelon, 1164), exige qu'on tienne les nègres dans la plus profonde ignorance. » Mais le marronnage et le séjour en France (cf. Arch. nation., ser. Z, 138, deux reg. de l’Amirauté de France contenant les noms des esclaves résidant

bout de quelques mois, les mécontentements éclatèrent. Les propriétaires furent hantés du spectre de l’affranchissement, habilement évoqué de loin par les colons résidant en France ; les blancs non propriétaires ne tardèrent pas à remarquer que les agents du roi, civils et militaires, étaient des aristocrates, ennemis de la Révolution; les noirs et mulâtres désespérèrent de voir appliquer aux colonies la Déclaration des Droits de l'homme.

Une lettre adressée, le 1° décembre 1789, à l'hôtel Massiac par un colon de Saint-Domingue, rend bien compte de l’état de malaise qui régnait dans l'île : « Nous avons, y est-il dit, établi des Comités dans les districts ; nous avons des électeurs à Port-au-Prince pour tâcher d'établir un comité colonial et faire porter toutes nos doléances à l’Assemblée coloniale de ce chef-lieu. Mais il n'y a pas d'harmonie ; l'intérêt particulier s'élève contre l'intérêt général, Ie Nord contre l'Ouest et le Midi... Au Petit-Goave, Ferrand de Baudière, ancien sénéchal de cette juridiction, a été tué comme convaincu d'avoir voulu donner des moyens aux gens de couleur. À Petite-Rivière, un notaire à failli être tué pour avoir libellé une requête pour les gens de couleur, où ils demandaient l'égalité civile et politique... Nous tâchons d'empêcher les mauvais petits blancs, qui se sont

en France de 1717 à 1790) rendaient à peu près vaines les méticuleuses et honteuses précautions que l'on prenait. — V. Peytraud, l'Esclavage aux Antilles françuises, p. 394, et tout le chapitre vi du livre IT,

incroyablementaugmentés depuis quelquesannées, de semer ces erreurs et les apôtres de la philanthropie d'établir leurs dogmes pernicieux. Y parviendrons-nous ? Nous sommes si divisés !... On nous annonce des malheurs plus grands au premier de l’an, qui est, comme vous savez, une espèce de saturnale dans la colonie... Il arrive très peu de navires de France, et nous serions aux plus grandes extrémités sans le secours des Américains qui nous fournissent de la farine et des vivres; tous les autres articles de consommation journalière sont hors de prix : la denrée, par contre, est à vil prix, surtout le coton... Les dernières nouvelles de France sont du 24 septembre. Nous attendons avec impatience. On nous dit une foule de choses extraordinaires f. »

Toutefois les blancs propriétaires avaient reçu en partie satisfaction. Non seulement ils étaient représentés dans le Parlement métropolitain, mais ils avaient obtenu ou arraché le droit de former des assemblées de paroisse et de district. C’est de là précisément que vint le mal.

AlaMartinique, l'Assemblée deSaint-Pierre, réunie en novembre 1789 ?, composée de 120 membres, se mit à légiférer audacieusement. Elle créa des municipalités, abolit les taxes, ouvrit pour quatre mois les ports de l’île aucommerce étranger, organisa une milice coloniale. Le gouverneur de Viomesnil refusa de sanctionner ces empiètements, et

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