Séance du 2 avril; Arch. parlem., XII, 519 sq
qu'on le supprime, et l'on verra ce commerce s'élever à 80 millions.
Begouen, du Havre !, exprime une 6pinion qui. essaie de concilier les plaintes des industriels de sa région et les intérêts de ses confrères du négoce. Il condamne, lui aussi, le commerce de l'Inde, bien moins utile que celui de l'Amérique, nuisible même à l’Europe, qui le sait. Mais il reconnait que ce serait chimère de vouloir s'en passer. Si la France y renonçait, elle deviendrait tributaire de l'étranger pour une somme considérable. Elle doit donc le faire, mais le faire librement ; elle doit abolir un privilège qui est, quoi qu'on en dise, illégal et illégitime. Seulement il fant rendre en primes et encouragements aux manufactures nationales de toiles de coton ce que la concurrence leur fait perdre. Guinebaud de Saint-Mesmes, de Nantes?, rappelle que toutes les villes de commerce, comme les îles de France et Bourbon, ont protesté contre le privilège ; on ne peut hésiter, maintenant que l’on est débarrassé du despotisme ministériel, à donner à des plaintes légitimes une légitime satisfaction. Enfin, au dernier moment, on admit à la barre, sur leur demande, des députés extraordinaires de Bordeaux, qui vinrent lire une adresse de négociants, revètue de 500 signatures. Cette adresse se termine par cette solennelle déclaration : « Les négociants, tant calomniés, jurent sur l'autel de la patrie et
1. Séance du 2 avril; Arch. parlem,, XII, 519 sq. 2. Séance du 3 avril; Arch. parlem., XII, 598 sq.
par cette liberté nouvellement conquise, mais qui ne sera Jamais ravie, de concourir de toutes leurs forces et par tous les moyens à seconder les projets de finances qui seront adoptés par l’Assemblée nationale !, » C'était, sous une forme indirecte, assurer que, si on lui rendait le trafic de l'Inde, le commerce libre ne le laisserait pas péricliter entre ses mains ?.
On le lui rendit, en effet. Après quelques nou- . velles tentatives faites par le marquis d'Estournel et Malouet pour faire ajourner la décision, Le Chapelier et Target ramenèrent la question aux termes qui avaient été posés par Bouche, dès le début: « Le privilège de la Compagnie sera-t-il maintenu ou non ? » L'Assemblée y répondit en volant, à la majorité de 110 voix ?, la formule suivante: « Le commerce de l'Inde au-delà du cap de Bonne-Espérance est libre pour tous les Français. »
Cette décision fut reçue, dit le compte rendu,