‹ La Constituyente et les ColoniesChapitre 85 sur 146 · Ibid., XXXV · texte numérisé non relu

Ibid., XXXV

2. Arch. parlem. ; séance du 27 octobre 1189, IX, 592. Proc.ver D En A 00 D MEL VI

pouvoir y aient beaucoup d'autorité et d'initiative, à cause de la distance ». Il soutint contre tous les agents impopulaires tels que Barbé de Marbois. Il sembla prendre plaisir à étaler aux yeux de l’Assemblée les erreurs des colons ou l’indiscipline des troupes !. Il se conduisit enfin de telle sorte que Barnave lui-même crut devoir le sacrifier. « Le Comité des Colonies, déclara-t-il, à recu des plaintes de toutes les colonies contre La Luzerne, et de tous les partis?. » Aussi est-ce contre lui, plus encore que contre ses collègues, que fut voté l’ordre du jour de méfiance qui provoqua la première crise ministérielle. Moreau de Saint-Méry ne fut même pas désarmé par la démission de l’inculpé ; huit jours après, il l’accusait encore d’avoir prévenu contre les colons son successeur, Claret de Fleurieu. |

Cette suspicion avouée contre les officiers et les ministres devait engendrer naturellement l’indiscipline des troupes et l’insurrection des colons. Il y avait aux colonies des milices indigènes, des régiments métropolitains et des marins. Les milices étaient aux trois quarts composées de mulâtres, qui croyaient à tort ou à raison le roiet les ministres favorables à leur cause, mais qui y trouvaient les gouverneurs manifestement hostiles. Les régiments métropolitains, envoyés en 1790, arrivèrent imbus

1. Fréteau l’en accusa formellement dans la séance du 10 octobre 1790; — Arch. parlem., XIX, 531; Proc.-verb., n° 448, p. 5-15, t. XXXIV.

2. Séance du 21 octobre 17190, Arch. parlem., XIX, 128; Proc. verb., loc. cit.

des idées qui soulevèrent la garnison de Nancy. Le même esprit animait les équipages qui montaient les navires expédiés pour renforcer la station navale des Antilles. Tous ces soldats voulurent juger en citoyens les divisions dont ils étaient témoins ; ils prirent parti et déposèrent ou tuèrent les chefs qui voulaient les maintenir dans l’obéissance. Le mal dont souffrait l’armée nationale non réorganisée sévit aux colonies plus brutalement encore qu’en France. Il sévit même seul parfois et fut l'unique cause de troubles, où colons et noirs. n'intervinrent que par entrainement.

Telles furent les causes générales de l'agitation dans les colonies. À Saint-Domingue et à la Martinique agirent des causes particulières, qui accrurent l’énergie des autres.

À Saint-Domingue, les mulâtres étaient plus nombreux, plus riches, et par suite plus audacieux qu'ailleurs ; les colons blancs plus arrogants et en même temps plus craintifs. La question des droits politiques des noirs devait donc y prendre une acuité toute spéciale. Mais, en outre, la population des trois districts de l’île n’était pas tout à fait semblable. Le district du Nord ou du Cap a la grande propriété et de nombreux esclaves ; celui du Centre ou de Port-au-Prince et celui du Sud ou des Cayes connaissent plutôt la propriété moyenne et mulâtre. Il n'y aura donc entente ni pour l'exclusion des noirs, ni même pour les revendications d'autonomie. La ville du Cap est, d’ailleurs, le port où se font les arrivages de France et où commerçants el colons peuvent le mieux se

coaliser ou se combattre, suivant les questions. C’est dans son district qu'est ouvert l’entrepôt du môle Saint-Nicolas et que se prend le contact avec les étrangers. Le Cap voudra donc diriger la révolution suivant ses propres intérêts, confondus, comme toujours, avec les. intérêts généraux. Une ambition locale se greffera sur l’ambition coloniale, et une rivalité sur une autre.

Une rivalité de même genre existait à la Martinique. La ville de Saint-Pierre était toute commerçante; c'est là que les négociants métropolitains avaient leurs représentants, leurs magasins et leurs banques. Dans l’intérieur de l’île, au contraire, étaient les planteurs, riches, mais endettés, assujettis à l'intermédiaire de Saint-Pierre pour l'écoulement de leurs produits, mais irrités contre leur assujettissement. La crise prendra donc l’aspect d’une lutte entre urbains et ruraux, producteurs et acheteurs, débiteurs et créanciers!. Les mulâtres oublieront leur cause politique pour servir leur intérèt agricole. Les insurgés voudront moins leur indépendance administrative que la ruine de Saint-Pierre, qui représente leur dépendance commerciale.

Générales ou locales, les causes des troubles

1. «Saint-Pierre, dit Barnave, se trouve avecles planteurs dans la situation d'un créancier vis-à-vis d’un débiteur » (Rapport du 29 novembre 1790 ; — Arch. parlem., XXI, 125; Proc.-verb., n° 486, t. XXXVIII, p. 28-31, texte du décret).

agirent dans toutes les colonies simultanément. Les troubles se ressemblèrent partout et ne différèrent que par l'intensité et la durée.

La Guadeloupe, qui avait craint en octobre 1789 une révolte des noirs, fut à peine agitée par le changement de régime. L'Assemblée coloniale, formée avant le décret du 8 mars, avait envoyé de nouveaux députés en France et leur avait donné des instructions dignes du club Massiact : ils devaient soutenir les droits des colonies, ne pas laisser mettre en question le droit de propriété des colons, réserver aux assemblées coloniales la législation sur les noirs libres, etc. Mais les noirs libres étaient peu nombreux?, et les blancs n'étaient pas divisés d'intérêts comme à la Martinique. L'Assemblée provisoire se trouva donc confirmée sans la moindre compétition; Le 28 août 1790, elle rédigeait une adresse à l’Assemblée nationaleÿ, où elle exprimait sa. complète satisfaction du décret du 8 mars. Elle avait préparé un projet de constitution, où l’on pouvait voir, disait-elle, « que les colons de la Guadeloupe connaissent les droits que leur donne la Révolution, respectent ceux de la nation qui les protège et portent dans leur cœur l'amour qu'ils doivent à la mère-patrie et au digne monarque qui est son chef ». Le Comité colonial et l’Assemblée nationale elle-même ne manquèrent

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