Arch, parlem., VI
2. 1.145 contre 11.852 blancs, d'après un mémoire de 1775 (Arch. colon., Mém. génér., XXI, n° 65) reproduit en appendice dans notre Histoire de la Question coloniale.
3. Lue par Chabert de la Charrière le 5 décembre 1790 ; — Arch. parlem., XXI, 232; Proc.-verb., n° 492, p. 5, t. XXX VIII.
pas d’être flattés de cette démonstration ; sur un point, au moins, leur réforme semblait se faire sans encombre. Libre, le gouverneur de Clugny put prêter aux îles voisines une partie des troupes dont il disposait !. Il écarta, par là même, de chez lui, sinon d’ailleurs, une des causes de troubles: qui agirent le plus efficacement.
À Tabago, qui était presque anglaise de traditions et d'intérêts?, les troubles naquirent du conflit entre l'esprit anti-révolutionnaire du gouverneur par intérim, le chevalier de Jobal, appuyé par les planteurs d’origine anglaise, et l'esprit révolutionnaire des habitants d’origine française, appuyés par un bataillon du régiment de la Guadeloupe. Dès le 23 octobre 1789, le sieur Bosque, avocat, prit l'initiative de former une assemblée patriotique et demanda qu'on fit prêter aux troupes le serment civique. Il fut aussitôt déféré devant les juges de l’amirauté, Oyer et Terminer, et condamné, avec ses partisans Grelier et Guÿs. Ses biens furent confisqués, ses nègres vendus; il fut : arrêté et brutalement jeté dans l’île presque déserte de la Trinité”. Mais les patriotes entreprirent de le venger ; les volontaires qu’ils avaient
1. 2 bataillons d'infanterie et 1 détachement d'artillerie, soit 1.313 hommes, plus 70 compagnies de milices formant un effectif de 4.171 hommes et 300 hommes de troupes noires. — En tout 5.184 hommes (cf. Mém. précité).
2, Cf. Mém. de Roume de Saint-Laurent sur les réclamations des Hypothécaires anglais (s'éleyant à 22.032.108 livres), annexé à la séance du 11 juillet 1791 dans les Archives parlementaires, XXVIIT, 129-204.
3. Rapport Alquier, 17 février 1790; — Arch. parlem., XXI, 234-210; P.: J., 255-269.
enrôlés se mêlèrent aux hommes du 2° bataillon de la Guadeloupe et les poussèrent à la révolte contre leurs officiers, notoirement hostiles à la Révolution. Ils marchèrent ensemble, sous les ordres de Edmond Saint-Léger, contre Port-Louis et l’incendièrent le 16 février 1790. Le gouverneur réussit à les faire rentrer dans le devoir et les embarqua pour la France!. Mais l'agitation recommença bientôt par la faute du ministre. Intentionnellement ou non, La Luzerne n'avait donné aucune instruction au commandant de frégate chargé d'amener des secours?, ni au commandant du navire bordelais chargé des vivres”. Aussi qu'arriva-t-il? De Jobal et l’ordonnateur Roume prétendirent mettre à la charge de la colonie l'entretien de ces troupes et exigèrent un contingent colonial de 12.260 livres par mois. L’Assemblée coloniale, constituée en exécution du décret du 8 mars, fut aussitôt convoquée par son président, Gilbert Pétrie; elle refusa, d’après l’instruc- * tion du 28 mars, de prendre à son compte une des charges de la métropole et préféra se passer de garnison. Mais de Jobal et le commandant ne l’entendaient pas ainsi. Ils débarquèrent les troupes, qui se répandirent ausssitôt dans les cabarets de la ville; Port-Louis fut de nouveau menacé!. Il
1. Communications 29-30 juin 1790 ; — Arch. parlem., XVI, 568, 580 ; Proc.-verb., n°° 334, 335, t. XXIII.
2. Trois frégates, 376 hommes du régiment de la Sarre, 900 fusils.
3. Motion de Dillon, 17 février 1191; — Arch. parlem., XXII, 237; Proc.-verb., n° 565, p. 36, t. XLVI.
4. Lettre de Gilbert Pétrie à son frère, député de Tabago à Paris, datée du 19 octobre 1190 (Arch. nation., Dxxv, cart. 85).
n'y eut pourtant pas, cette fois, de coup de main. Mais le conflit restait aigu entre l’Assemblée coloniale et le gouverneur.
A Cayenne, les événements se produisirent en sens inverse. La population blanche, qui ne comptait pas plus de 2.000 personnes, élait divisée en deux partis ; les petits blancs, commerçants et artisans, et les grands blancs, propriétaires et colons. Quel fut le parti agitateur ? Il est difficile de le dire, tant les récits sont contradictoires. L'élection de l’Assemblée coloniale, ordonnée par le décret du 8 mars, donna lieu à une grande effervescence. Les petits blancs se montrèrent très irrités de se voir évincés du droit électoral et électif. Le 9 août 1790, des attroupements se forment ; une assemblée civique est élue dans l’église de Cayenne; elle fait arrèter sans jugement dix-sept citoyens et somme le gouverneur de Bourgon, qui obéit, de procéder lui-même à l'arrestation d’un fugitif nommé Mathelin. Ces excès furent condamnés par l’Assemblée coloniale et par une partie des habitants de Cayenne. La Constituante les réprouva de même, en ordonnant la mise en liberté et Le rapatriement des personnes illégalement arrêtées et déportées en France. Elle eût puni le gouverneur s’il n'avait démissionné dans l’intervalle!. Le parti vaincu n’essaya pas, d’ailleurs, de récidiver. C’est avec le parti vainqueur, ou des grands blancs, qu'il faudra plus tard compter; il voudra, à la fin de 1791, s’opposer au débarquement des troupes
1. Séance du 9 avril 1771; Arch. parlem., XXIV, 682; Proc.verb., n° 616, t. LI, p. 27-28, texte du décret.
et des commissaires envoyés par la métropole.
Aux îles de France et Bourbon, ainsi qu'aux Indes, il en fut à peu près comme à la Guadeloupe. Le départ des députés à l’Assemblée constituante fut marqué, le 4 novembre 1790, par un drame, le: meurtre du commandant du vaisseau La Thétis, Mac-Nemara. Mais cette violence avait été provoquée par l'attitude agressive de la victime; elle n'impliquait ni indiscipline ordinaire des troupes, ni rébellion calculée des colons!. Les colons, au: contraire, approuvèrent sans réserve les décrets de Mars et s’y conformèrent. II ne tint pas au ministre La Luzerne que l'exécution fût aussi simple ; car il négligea, là comme ailleurs, d'envoyer officiellement les décrets. C’est « par une voie particulière » que les colons en reçurent communication dans le courant de juin 1790?. Heureusement le comte de Conway transmit ses pouvoirs le 26 août au chevalier de Cossigny, libéral et populaire, et les Assemblées coloniales furent constituées sans encombre au mois de septembre 1890. À Bourbon, l’Assemblée préparatoire démissionna spontanément, avec une logique qui avait manqué à Barnave, et une nouvelle Assemblée fut élue, selon les prescriptions des articles 4-10 des Instructions. Elle transporta, pour de bonnes raisons, son siège à Saint-Paul, et son
1. Cf. art. de M. Brette dans la Revue de la Révolution, 14 juin 1895 (t. XXVIII, 530-549).
2. Adresse de Port-Louis, datée du 14 septembre 1790, lue le 19 janvier 1791 ; — Arch. parlem.. XXII, 385 ; Proc.-verb., n° 536, p. 22, t. XLII, texte. — Lettre du comte de Conway du 5 août 1790, ap. Brette (article cité).
premier soin fut de rédiger une adresse à l’Assemblée nationale, où elle affirmait son dévouement à la mère-patrie!. Mais déjà les adversaires se remuaient. Ils essayèrent d’abord de tromper les patriotes en les alarmant à propos des esclaves ?. Ils agirent ensuite. Le Conseil supérieur de Bourbon, malgré l'attitude correcte de l’Assemblée coloniale, fit obstruction à toutes ses mesures. Il refusa d'enregistrer ses arrêtés ou les enregistra avec des restrictions injurieuses ; il dédaigna de prêter le serment civique ; il provoqua même la discorde et obtint la scission de la municipalité de Saint-André, qui prononça sa propre dissolution. Cette politique eut le résultat espéré. L’indiseiplirne se mit dans les deux régiments de l'Ile de France et gagna les équipages de deux vaisseaux stationnaires*?. Le conflit s’aggrava et la Législative aura à connaitre de la révolution de Bourbon.
Aux Indes, que le Comité colonial avait, de parti pris, refusé de comprendre dans les décrets, « vu l'éloignement et les différences que l’on devait mettre dans l'organisation“ », les troubles provinrentde l’indécision même de la Constituante, et, comme ailleurs, du mauvais vouloir du gouverneur, le chevalier Du Fresne. En juillet 1790,
1. Adresse du 17 décembre 1790, lue le 23 avril 1791 ; — ‘Arch. parlem,, XXV, 254; Proc.-verb., n° 630, p. 3; t. LIIT, texte.
2. Adresse des gardes nationales de l’île de France, sauvée du naufrage de l’Amphitrile, lue le 9 février 1791 ; — Arch, parlem., XXII, 75-76 ; Proc.-verb., n° 557, p. 10-14, t. XLV, texte.
3. Rapport de P. Monneron, 18 août 1791; — Arch. parlem., XXIX, 501; Proc.-verb., n° 739, p. 3-5.
4. Paroles de Barnave, séance du 20 janvier 1791 ; — Arch. parlem., XXII, 349; Proc.-verb., n° 537, p. 19, t. XLIII.
les Français de Chandernagor voulurent faire euxmêmes la révolution, et, comme partout, s’en prirent aux représentants du pouvoir. Le Conseil fut cassé et un autre nommé ; le commandant fut destitué avec les principaux employés ; la maison de justice fut envahie et les archives saisies ; les magasins royaux furent mis au pillage. Les habitants de Pondichéry protestèrent contre ces violences!. Mais ils en furent mal récompensés. Un mois après, sept d’entre eux, qui avaient osé demander l'application des décrets, furent arrêtés par ordre du gouverneur et sur mandat du président Coutou, mis aux fers, transportés sans ressources aux îles de France et Bourbon. Ils durent venir demander justice en France et ne le purent que grâce à la générosité de l'assemblée coloniale de Bourbon, qui paya le voyage?. C'était à peu près l’infortune de Bosque, le patriote de Tabago”. * “+
Mais c’est à la Martinique, et surtout à Saint- Domingue, qu'il faut voir l'effet des fautes communes.
Les colons de la Martinique, présents à Paris, vinrent le 11 mars 1890 remercier l’Assemblée
1. Déclaration de L. Monneron, 20 janvier 1791; — Arch. parlem., XXII, 349 ; Proc.-verb., n° 537, p. 19, t XLIII.
2. Plainte déposée à la séance du 21 octobre 1791; — Arch. parlem., XXXIV, 341.
3. Des troubles eurent lieu aussi dans les autres villes, surtout à Karikal, qui fut occupée militairement. — V. les art. de M. Castonnet-Desfosses dans la- Rev. de la Révolution, 1883, 1* sem., I 233-248.
nationale de son décret du 8 et prêter le serment civique. Mais ces sentiments n'étaient pas ceux des colons de l'île. L'assemblée coloniale provisoire était en majorité composée de ces aristocrates, « qui doivent plus qu'ils n’ont de bien et entretiennent le désordre pour ne pas payer, qui se croient presque tous nobles, quoique plusieurs soient de moins que rien! ». Cette assemblée, naguère en conflitavee le gouverneur de Viomesnil?, accueillit mal le décret et revendiqua très haut l'autonomie législative. Elle ne devait pas cependant se montrer si arrogante, car ses pouvoirs furent infirmés, dans le vote de confirmation, par 19 paroisses sur 27°. Mais elle passa outre, avec la connivence
4. Lettre d'un habitant de Saint-Pierre, du 49 avril 1190; — Arch. nation., Dxxv, cart. 85.