‹ La Constituyente et les ColoniesChapitre 87 sur 146 · V. plus haut, chap · texte numérisé non relu

V. plus haut, chap

3. Lettre écrite de Saint-Pierre à Barnave, 30 juin 1890; — Arch. nation., Dxxv, cart. 85.

Voici cette lettre qui est intéressante par la critique autant que par les renseignements qu'elle contient : « Les instructions du 28 mars sont votre ouvrage. Tout y est très bien, sauf l'article qui laisse les Assemblées existantes maîtresses de prononcer que la continuation de leur activité est avantageuse à la colonie et subordonne néanmoins leur jugement à celui des paroisses. C’est renouveler nos querelles. Il fallait dire : « A la réception du présent décret et instructions, toute assemblée qui ne sera pas généralement reconnue sera dissoute, et il sera procédé à de nouvelles élections sur les bases suivantes : » L’Assemblée de Sainte-Lucie, la mieux formée et respectée, s’est dissoute d'elle-même. L'Assembiée de la Martinique, détestée de tous, formée d'aristocrates qui ne se cachent même pas, condamnée par 19 paroisses sur 27, continue et s’est déclarée avantageuse à la colonie. Elle a comanis des excès contre la ville de Saint-Pierre, le 3 juin, contre un capitaine bordelais et trois passagers qui s'étaient présentés en uniforme national et qu'on a° forcés de quitter leur habit. Je vous préviens, Monsieur, que les esprits sont très agités, et que, si vous ne venez pas au secours

du gouverneur, faible et ignorant, et elle se déclara constituée !. Cette usurpation échauffa les esprits. Soldats et habitants de Saint-Pierre s’entraînèrent mutuellement ; deux bataillons du régiment et les canonniers de la brigade d'artillerie s'insurgèrent, en mars 1790, contre leurs officiers, dont deux, les capitaines de Boulet et de Malherbe, furent maltraités et embarqués de force pour la France. Mais les autres troupes formant la garnison de Fort-Royal, devenu le siège de l’Assemblée et du gouvernement, n'ayant pas subi les mêmes influences, se disposèrent à obéir aux ordres reçus et à marcher contre la ville de Saint-Pierre. L’Assemblée coloniale leva même, contre tous les usages, une armée de nègres, libres ou esclaves, dont trois officiers du régiment, avec l’aulorisation du nouveau gouverneur, le vicomte de Damas, prirent le commandement. Saint-Pierre se vit menacée et prit l'offensive. Le jour de la Fête-Dieu, la popu-

de la colonie, vous en aurez de mauvaises nouvelles. Le seul remède est de dissoudre cette assemblée d’aristocrates. Ils disent que l’île est peuplée de vagabonds, de coupe-jarrets que la misère a chassés de France. C’est faux ! sauf peut-être à Saint-Pierre, où le commerce attire et retient des étrangers, mais une milice municipale suffirait cependant à faire la police. Ils empêchent toute manifestation ou adresse en l’honneur de l’Assemblée nationale. La jeunesse de Saint-Pierre s'étant cotisée pour former un don patriotique, son président a dû se sauver pour ne pas être jeté en prison. » — Le fait que cette lettre se trouve dans les papiers de la Société Massiac indique assez l'usage qu'en a fait Barnave ; il l’a livrée à ceux-là mêmes qui étaient si nettement accusés, et il n’en a tiré aucun parti dans son rapport du 29 novembre.

1. Communication de Moreau de Saint-Méry, 7 septembre 1790 ; — Arch. parlem., XVIII, 646 ; Proc.-verb., n° 404, p. 21, t: XXIX.

lation se rua sur les noirs, enrégimentés ou non, et en fit un grand massacre. La municipalité créa aussitôt un tribunal prévôtal pour connaître de ces faits ; mais Damas refusa de le sanctionner. Bien plus, à la requête de l’Assemblée coloniale, il marcha contre la ville rebelle et s’en empara sans résistance, le 3 juin. Suivant l'expression de Barnave, «il rétablit les choses dans l’état où elles étaient avant la Révolution ». L'affaire de la Fête-

Dieu fut portée par lui devant le sénéchal de Fort-

Royal, puis évoquée devant le Conseil supérieur ; de nombreuses arrestations furent opérées, et les accusés embarqués pour la France. L'Assemblée coloniale, constituée sur les entrefaites, renchérit sur ces rigueurs. Satisfaisant à la fois ses rancunes et ses visées d'autonomie, elle destitua tous les officiers d'administration, même l’intendant Foulon, qu’elle accusait d’avoir pactisé avec Saint- Pierre, et elle ordonna leur embarquement!. Elle s’attribua, par suite, tous les offices et s’érigea en

* « corps administratif ».

À ce moment un revirement se produit. La garnison de Fort-Royal, éclairée sur la situation par les prisonniers, change d’attitude etse déclare contre l'Assemblée coloniale. Elle arbore le pavillon national et se met aux ordres de la municipalité de Saint-Pierre. Les prisonniers sont délivrés, et l’Assemblée coloniale, chassée de Fort-Royal, estréduite

1. Communication du 16 octobre 1190 ; — Arch. parlem., XIX, 610; Proc.-verb., n° 443, p. 16-17, t. XXXIV, analyse de la plainte des officiers d'administration et réponse textuelle du président Merlin (de Douai).

à aller siéger au Gros-Morne, dans l’intérieur de l’île. De Chabrolles, colonel du régiment de la Martinique, prend le commandement des troupes de Saint-Pierre et essaie de gagner les équipages des navires en station. L'Assemblée, toutefois, et le gouverneur n'abandonnent pas la partie. Ils reçoivent de la Guadeloupe, Le 6 octobre, un secours de 300 hommes, qui encadrent leur armée noire, restée fidèle, et ensemble ils marchent contre Fort- Royal. Ils s’en rendent maîtres après un vif engagement et font nombre de prisonniers. Sans désemparer, ils se dirigent sur Saint-Pierre, ville riche et bonne à piller. [ls la bloquent par terre, tandis que de Rivière, commandant du vaisséau /a Ferme, établit sur mer un blocus rigoureux, dont les navires marchands eurent beaucoup à souffrir. Les assaillants crurent montrer une méritoire modération en ne détruisant pas la ville, quand ils en furent maîtres. Ils se contentèrent, suivant les expressions de l’Assemblée coloniale, « d'arrêter le zèle de la régénération incendiaire et destructive de ses : habitants et des hordes de brigands qu'ils ontappelés dans son sein ». Finalement Damas rentra en vainqueur dans Saint-Pierre, après sept mois et demi!, embarqua sur /« Ferme 116 soldats faits prisonniers à Fort-Royal et écrivit en France que tout était rentré dans l’ordre ?.

1. La ville était défendue par les régiments de la Martinique et de la Guadeloupe, des détachements de l'artillerie et du régiment de la Sarre, des volontaires patriotes commandés par Coquille Dugommier (cf. sx Déclaration à l’Assemblée législative, T décembre 1191 ; — Arch. parlem., XXXV, 623).

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