ACTE DEUXIÈME
TENANCIER
Pendant ce temps-là, Aline et moi nous menons ses enfants à la promenade.
LUCIEN
Et tu serais bien fâché qu'elle ne te déléguât pas cette fonction maternelle.
Fâché! fâché!...
ALINE
Mais oui, monsieur, très-fâché, et moi aussi.
LUCIEN
Vous aimez donc bien les bébés, mademoiselle?
ALINE
Sans doute , et quand j'en aurai , je serai bien trop égoïste pour les confier à leur grand-père.
LUCIEN
Soyez bénie du citoyen de Genève et du patriarche de Femey, ces nobles garnitures de cheminées !
ALINE, à Tenancier.
Pourquoi se moque- t-il de moi? Est-ce que c'est ridicule d'aimer les enfants? (a Lucien.) Je paiie que vous les aimez.
LUCIEN
Certainement... quand ils ont tiré à la conscription.
ALINE, à Tenancier.
Quel plaisir trouve-t-il à se faire plus mauvais qu'il n'est?
LUCIEN
Voulez-vous que je me fasse meilleur?
TENANCIER
Je vous assure qu'il ne vaut pas grand'chose.
3i LA CONTAlilON.
ALINE
Je finirai par le croire.
TENANCIER
Et VOUS aurez raison. Voici à l'appui une petite anecdote toute fraîche, que vous garderez pour vous parce qu'elle le couvrirait de confusion. La scène se passe dans un grand bal chez monsieur... Trois-Étoiles. Quelques jeunes gens aimables se sont retirés du commerce des dames dans un arrière-salon où ils ont installé une table de baccarat, les uns assis, les autres debout. Monsieur mon fils joue debout ; il a la veine et met négligemment son gain dans son chapeau qu'il tient derrière son dos. Tout à coup il entend crier : Voleur ! Il se retourne et voit un petit jeune homme de dix-sept ans, blanc comme un linge, à qui un joueur venait de saisir le poignet au moment où il glissait la main dans le chapeau. Qu'auriez-vous fait à la place de Lucien?
LUCfEN.
Ajoute que le pauvre garçon jouait avec moi de compte à. demi, et qu'il avait droit de puiser à la masse commune. Cette simple explication a suffi, et il n'y a eu là dedans de confusion que pour ce gros bêta de Saint-Julien, qui a fait ses excuses au petit Vaudrecourt.
ALINE
Je ne vois pas en effet. . .
TENANCIER
Écoutez la fin de l'histoire , et vous verrez que ce garnement ne se calomnie pas quand il dit du mal de luimême. Figurez- vous que le petit jeune homme le volait bel et bien...
Mais pas du tout !