‹ La contagion: comédie en cinq actes, en proseChapitre 19 sur 96 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

TENANCIER

Pendant ce temps-là, Aline et moi nous menons ses enfants à la promenade.

LUCIEN

Et tu serais bien fâché qu'elle ne te déléguât pas cette fonction maternelle.

Fâché! fâché!...

ALINE

Mais oui, monsieur, très-fâché, et moi aussi.

LUCIEN

Vous aimez donc bien les bébés, mademoiselle?

ALINE

Sans doute , et quand j'en aurai , je serai bien trop égoïste pour les confier à leur grand-père.

LUCIEN

Soyez bénie du citoyen de Genève et du patriarche de Femey, ces nobles garnitures de cheminées !

ALINE, à Tenancier.

Pourquoi se moque- t-il de moi? Est-ce que c'est ridicule d'aimer les enfants? (a Lucien.) Je paiie que vous les aimez.

LUCIEN

Certainement... quand ils ont tiré à la conscription.

ALINE, à Tenancier.

Quel plaisir trouve-t-il à se faire plus mauvais qu'il n'est?

LUCIEN

Voulez-vous que je me fasse meilleur?

TENANCIER

Je vous assure qu'il ne vaut pas grand'chose.

3i LA CONTAlilON.

ALINE

Je finirai par le croire.

TENANCIER

Et VOUS aurez raison. Voici à l'appui une petite anecdote toute fraîche, que vous garderez pour vous parce qu'elle le couvrirait de confusion. La scène se passe dans un grand bal chez monsieur... Trois-Étoiles. Quelques jeunes gens aimables se sont retirés du commerce des dames dans un arrière-salon où ils ont installé une table de baccarat, les uns assis, les autres debout. Monsieur mon fils joue debout ; il a la veine et met négligemment son gain dans son chapeau qu'il tient derrière son dos. Tout à coup il entend crier : Voleur ! Il se retourne et voit un petit jeune homme de dix-sept ans, blanc comme un linge, à qui un joueur venait de saisir le poignet au moment où il glissait la main dans le chapeau. Qu'auriez-vous fait à la place de Lucien?

LUCfEN.

Ajoute que le pauvre garçon jouait avec moi de compte à. demi, et qu'il avait droit de puiser à la masse commune. Cette simple explication a suffi, et il n'y a eu là dedans de confusion que pour ce gros bêta de Saint-Julien, qui a fait ses excuses au petit Vaudrecourt.

ALINE

Je ne vois pas en effet. . .

TENANCIER

Écoutez la fin de l'histoire , et vous verrez que ce garnement ne se calomnie pas quand il dit du mal de luimême. Figurez- vous que le petit jeune homme le volait bel et bien...

Mais pas du tout !

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