ACTE TROISIÈME
ANDRÉ
Ma foi, il me rend là un fier service et je voudrais de bon cœur n'avoir que du bien à penser de lui.
LUCIEN
Eh bien, ne te gêne pas ; nous venons d'avoir une explication à l'endroit d'Annette ; en somme, il a été tout ce que tu peux souhaiter.
Voilà qui me raccommode tout à fait avec lui... et avec toi... oui, je t'en voulais de ta légèreté sur un point qui touche de si près à l'honneur. Je te méconnaissais.
LUCIEN
Hélas ! le sort des belles âmes n'est-il pas d'être méconnues de leurs contemporains? Vois Aristide !
ANDRÉ.'
Et Cartouche !
LUCIEN
Dis donc, toi ! sais-tu que tu marches à pas de géant ?
ANDRÉ
Que veux-tu! Tu m'as prouvé qu'on peut rester vertueux sans être toujours à cheval sur le sérieux des choses... Je mets pied à terre.
LUCIEN
Ne t'excuse pas !
ANDRÉ
Et puis je suis si content ! mon affaire prend si bonne tournure !
LUCIEN
Ce ne sera pas désagréable, non ! dans un an ou deux d'avoir vingt bonnes mille livres de rente, et de pouvoir te passer toutes tes fantaisies.
Oh ! moi, je n*en ai pas.
LUCIEN
Il t'en viendra, garde-toi d'en douter. Ne sois pas dupe de la feinte modestie de tes goûts. La frugalité n'est qu'une impuissance comme les autres vertus.
ANDRE, uvoc un rire r>Ti'. ,
Eh! eh! eh!
LUCIEN
Brûler la chandelle par le plus de bouts possible, voilà le vrai problème de la vie. De tous les sages de l'antiquité, Sardanapale est le seul qui ait eu le sens commun.
ANDRÉ
Ah ! ah ! ah !
LUCIEN
Aussi comme sa mort enfonce celle de.Socrate!
ANDRÉ, titnidoment.
Oh!
LUCIEN
L'un meurt piteusement par obéissance aux lois^ trépas de robin monomane! L'autre, révolté sublime, se fait un bûcher de son palais et y traîne avec lui les voluptés dont le destin vainqueur croyait le séparer !
ANDRÉ
Tu es lyrique... un peu lyrique....
Eh bien, Sardanapale, c'est d'Estrigaud.
ANDRÉ
Alors il ferait bien d'avertir ses femmes.
LUCIEN
On ne peut pas causer sérieusement avec toi !