‹ La Contagion Dans L'Encéphalite LéthargiqueChapitre 6 sur 10 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

L’encéphalite léthargique est donc une maladie spécifique, épidémique due à un virus filtrant. Elle se manifeste cliniquement : soit par des formes typiques à symptomatologie complète, soit par des formes frustes ou larvées qui les font méconnaître mais permettent la diffusion de la maladie sous la forme épidémique et sa conservation sous le mode sporadique.

L'existence des porteurs dè germes sains, jointe à la longue persistance du virus, explique :

1° L’abondance des cas où l’on a pu démontrer la contagion ;

2° La faible proportion où elle a pu être démontrée d’une façon sûre et indiscutable.

Cela explique aussi la longue période de méconnaisance de la maladie. Ici encore nous retrouvons l’analogie entre l’encéphalite et la poliomyélite. Ce n’est, en effet, qu’en 1905 que sa nature épidémique fut démontrée d’une manière sûre et indiscutable par Médin, lors de la grande épidémie des pays scandinaves. Sa tâche fut facilitée par la répartition des habitants, qui,dans ces

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contrées, sont groupés en grandes agglomérations, distantes les unes des autres, sans moyens de communications nombreux,ni fréquents. Dans ces conditions, il est facile de connaître les déplacements des habitants et de pouvoir ainsi suivre la marche d’une épidémie.

- Point n’est besoin comme certains ie demandent d’un test bactériologique (Inoculation intra cérébrale, ou par scarifications oculaires, à un lapin, de mucus nasopharyngien ou de salive filtrée) pour faire la preuve de la contagion. Celle-ci existe bien réellement pour des fièvres éruplives, comme la rougeole et la scarlatine ; pour lesquelles, bien que l’on n’en connaisse pas encore l’agent pathogène, il ne viendrait à l’idée de personne d'en contester le caractère épidémique ou contagieux, que la clinique et l’observation seules ont surabondamment prouvé.

Pour l'encéphalite léthargique, les exemples de contagion sont rares ; nous allons en rapporter quelquesuns.

Un certain nombre ont été observés et suivis par nous-même à l'hôpital Trousseau, dans le service de

MM. Netter et Papillon, au cours des années 1919, 1920, 1921, 1922.

Parmi les cas de contagion, l’un des plus démonstratifs est celui que le D' Netter a rapporté à l'Académie de Médecine, et qui est survenu dans une famille du XV* dont les trois enfants (filles) furent pris tour à tour :

Obs. I. — L'une de ces filles était tombée malade dans un village du Puy-de-Dôme dans lequel le médecin

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(D: Laroche) observait,à ce moment,d'autres cas à caractères contagieux. Elle fut ramenée à Paris où sa maladie se prolongea encore pendant plusieurs semaines.

Elle y fut soignée, à partir du 16 novembre, placée dans une petite chambre du rez-de-chaussée, mal éclairée, mal aérée, où couchaient, outre ses parents, sa sœur aînée et son petit frère, nourrisson de ÿ mois.

La sœur aînée présenta le 12 décembre les symptômes d’une encéphalite mortelle.

Le nourrisson fut pris au début du mois de janvier.

Obs. II. — Le 3 mars, le Dr Lucas-Championnière appelle en consultation le Dr Netter pour une jeune fille présentant une encéphalite caractérisée surtout par de la fièvre, de la diplopie, des secousses musculaires ; elle guérit après un abcès de térébentine. Or 4 à 5 semaines auparavant, le père, couché dans le même appartement, avait été pris de fièvre, avec névralgies, grande agitation, symptômes que l'on rapporta à la grippe, mais pouvant être étiquetés : encéphalite fruste.

Obs. III. — Le Dr Longuet (d’Alfort) fut appelé le 12 mars auprès d'une jeune fille de 14 ans, malade depuis environ 10 jours et présentant des secousses musculaires avec agitation et délire intense. La ponction lombaire ramenait, en jet très violent, un liquide clair sans réaction lymphocitaire. La mort survint très rapidement.

Une cousine de cette jeune fille avait été envoyée le 15 décembre à l'hôpital de la Pitié pour une encéphalite à forme classique avec ptosis et somnolence. Diagnostic confirmé à l'hôpital où elle décédait à la fin de février.

La jeune fille, prise au début de mars, avait fait plusieurs visites à la malade hospitalisée. La dernière datant du 43 février. En outre, le mari de la première malade se rendait régulièrement dans la famille.

Obs. IV. — Le D' Mathieu rapportait le cas de 2 sœurs prises à 11 mois d'intervalle et travaillant dans le même magasin. La sœur aînée, âgée de 16 ans, fut prise en janvier 1919. Elle présentait de la somnolence, du ptosis, et guérit en trois semaines. La jeune sœur, âgée de 14 ans, fut prise le 23 décembre et soignée durant un mois à la Salpêtrière.

A Sarrebruch, ce sont deux mineurs travaillant côte à côte qui sont pris à un court intervalle. ;

Ce sont deux sœurs habitant ensemble prises presque simultanément.

Il en est de même dans l’observation suivante où la maladie a fait son apparition à deux jours de distance chez deux enfants quiserencontraient de temps en temps dans une même famille. Elles devaient être demoiselles d'honneur au même mariage. La plus jeune, âgée de 4 ans, tomba malade le 26 avril, en pleine cérémonie. La plus âgée avait été hospitalisée à l'hôpital Trousseau le jour même pour une encéphalite qui avait commencé le 24. Cest elle qui, vraisemblablement, avait été le point de départ de la contagion dela plus jeune. En effet, elle était interne dans un pensionnat où une autre fillette avait été atteinte trois semaines auparavant.

Dans ces trois cas, la contagion s’est produite en cours d’incubation.

L'observation suivante, rapportée par Pierre Paul Lévy, a trait à atteinte successive des trois enfants d’une même famille.

L'ainée, âgée de 13 ans, fit, la première, le 10 janvier, une encéphalite à forme méningée, caractérisée par une céphalée intense et une grosse réaction lymphocytaire du liquide cé-

phalo-rachidien. La mort survint brusquement dans l’hypothermie au cours d’une crise convulsive.

Les deux autres enfants avaient été isolés dès le début, le 12 janvier, puis le 10 janvier, la maison fut désinfectée par le formol, abandonnée par toute la famille qui, le 6 février, partait pour Hendaye, jusqu'en juin 1920.

Le frère puiné, âgé de 7 ans, fit, le 12 février, une paralysie du voile du palais et du constricteur du pharynx. On crut d'abord à une paralysie diphtérique. La réaction de Schick permit d'éliminer ce diagnostic et de rattacher la lésion à

sa véritable cause.

Le frère cadet, Michel, âgé de 5 ans, tomba malade le der-

nier le 15 juin et fit une forme myoclonique typique, accompagnée de troubles cardio-pulmonaires.

Dans l’observation suivante, rapportée par MM. Guillain et Léchelle, la transmission de la maladie semble s'être effectuée par l'intermédiaire d'objets inanimés :

Il s’agit d'un médecin qui retournanten août 1920 à X, où son père était mort en quelques jours en janvier, y reste du 5 au 20. Pendant son séjour, il habite la chambre de son père, met en ordre diverses affaires, rangeant les armoires, et mettant comme vêtement d’intérieur, un veston ayant appartenu à son père ; se servant de son linge et en particulier de ses mouchoirs.

Le 4 septembre, céphalée frontale, insommie, puis petit à petit s’installe une encéphalite qui régresse à partie du 27 novembre. Donc, séjour du 5 au 20 août, début de la maladie le 5 septembre, ce qui donne une incubation de 15 à 30 jours.

Dans les observations précédentes, il s’est écoulé un temps plus ou moinslong, de 2 jours à un an, entre l’ap-

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