‹ La contagion du choléra-morbus de l'Inde dénoncée et démontrée par les faits et le raisonnementChapitre 9 sur 15 · TRAITEMENT CURATIF · texte numérisé non relu

TRAITEMENT CURATIF

La thérapeutique du choléra n'a fait aucun progrès dans^ son voyage de l’Inde parmi nous. Sa mortalité a été la même à Paris que dans l’Asie. La cause de cette improgression est due à la fausse direction des esprits» imprimée tout entière vers les recherches nécroscopiques. Nécessité de porter ses investigations du côté du sang, où existe réellement la cause matérielle du mal. Dans l’état actuel de nos connaissances , les indication» ne peuvent être tirées que des symptômes. Indications ralionnelles symptomatiques. Examen des dilférens moyens généraux et particuliers qui ont été le plus préconisés.

La thérapeutique du choléra asiatique a-t-elle fait quelques progrès dans la visite qu’a faite ce fléau chez les peuples les plus civilisés de l’Europe ?" Les faits parlent. Il s’est joué des lumières de notre civilisation , et il n’a rien , absolument rien , perdu de son caractère sauvage et cruel; il est sorti vainqueur de cette épreuve au grand désappointement de notre orgueil. Les raisons de cet évè-

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nement sont faciles à déduire; on les trouvera, je crois, dans les réflexions suiyantes.

Celui qui , pour reculer les bornes d'une science aussi complexe que la médecine, borne ses investigations à l’anatomie pathologique, qu’il considère comme l’unique flambeau qui puisse nous éclairer sur la nature et le siège des maladies, est, je ne crains pas de le dire, dans une bien grande erreur. Les ouvertures de corps , l’examen nécroscopique des organes ne peuvent nous révéler, dans le plus grand nombre de cas , que les mécanismes variés par lesquels arrive notre destruction. Ils nous font ainsi connaître à la vérité le siège et le théâtre du mal, ce qui est bien quelque chose sans doute, puisque nous pouvons, d’après cette connaissance, poVter nos agens thérapeutiques sur les parties envahies ou menacées; mais ce n’est pas là le point unique, le point du problème le plus intéressant et surtout le plus difficile à résoudre pour établir les indications rationnelles d’un traitement , attendu que lorsque la maladie est localisée , il est dangereux , et cela n’arrive malheureusement que trop souvent, que déjà les organes, au secours desquels on vient, aient éprouvé de graves atteintes dont il ne. nous est pas toujours facile de les délivrer. Or, ce point capital qu’il nous importe le plus d’éclaircir , c’est la connaissance de l’agent morbifùre, et notam-

ment de son mode d’action , pour pouvoir lè conibatlre dès le principe; principiis obsta sert medicina paratur...

A voir ce qui se passe dé nos Jours , on dirait que l’esprit humain , en médecine, est destiné à être toujours sous le joug d’une seule idée; qu’il ne peut en embrasser plusieurs à la fois , aveuglé qu’il est par celle qui est en vogue ou en faveur. Ainsi, c’est aujourd’hui le tour de l’anatomie pathologique , et tous les efforts de notre intelligence sont exclusivement consacrés aux recherches les plus minutieuses de cette science, dans laquelle on crôit trouver les secrets les plus cà*chés de la nature; et cepéndant, outre qu’il est une foule de maladies dans lesquelles on ne trouve nulle lésion organique , et d’autrés oii la lésion n’est évidembaént qub secondaire ou effet d’une cause spécifique, il'enést de tellement générales, que tous les systèmes d’organes sont à la fois^ compromis.

J’ai fait remarquer plusieurs fois m'oi-même à ma clinique des cas de fièvres où il y aVait un débordement si géhérâl de la circulation sur tous, les tissus, qu’ils présentaient ainsi à la vue partout des tracés semblables à celles que laisse une inflamihation locale des pllis actives. Quel est le praticien exercé et observateur qui n’a pas fait des autopsies de typhus, où l’on trouve le cer-

veau et ses membranes , la moelle épinière et scs enveloppes , les membranes du tube digestif et le péritoine, les poumons et la plèvre , les muscles et les membranes synoviales, les ganglions lymphatiques et le tissu cellulaire , les glandes sécrétoires , voire même les vaisseaux artériels et veineux, présentant tous les traces les plus apparentes d’une inflammation ou au moins d’une pseudo-inflammation ? J’ai vu de pareils effets encore dans des fièvres nerveuses puerpérales.

Pourquoi toutes ces lésions à la fois? C’est que la maladie n’existe pas primitivement dans les solides comme on se l’imagine ; c’est que la cause que l’on néglige, et qui est dans le torrent des liquides , s’est disséminée partout ; c’est qu’enfin , ainsi que je viens de le dire , le torrent de la circulation ne pouvant être contenu dans ses canaux, se déborde partout , soit par l’exubérance ou l’altération des liquides , soit par défaut de résistance suffisante du tissu des vaisseaux auxquels le sang ne communique plus cette vie et cette santé qui lui manquent, etc., etc.

Il n’y a donc point dans ces cas, qui sont les plus nombreux, des affections locales primitives, et quand le mal commencerait dans une seule partie et continuerait ensuite à s’étendre , ce serait être mauvais logicien que de considérer les dernières invasions du mal comme occasionnées

par des rx^actions sympathiques du premier organe attaqué. En pathologie, qui peut le moins peut le plus, et la même cause qui a frappé un organe, lorsqu’elle existe dans les liquides, peut frapper tous les autres.

Ainsi , cela se voit dans l’affection syphilitique dans laquelle on n’a jamais pensé de regarder comme des effets sympathiques les accidens qui surviennent après l’apparition des premiers symptômes. D’ailleurs , pour donner une preuve palpable du peu de ressources que nous présentent les dissections des cadavres , dans certains cas de maladies toutes spéciales , pour nous éclairer sur la nature de ces maladies , quel fruit la médecine a-t-elle recueillie des dissections des pustules de la petite vérole , de l’érysipèle , du zona , de la pustule maligne, de la rougeole, delà scarlatine, des dartres , etc. ? Aucun. Traitez donc toutes ces affections cutanées, ou établissez vos indications curatives sur la connaissance organique de ces lésions de tissu, et vous verrez les résultats!

Demandez aux disciples de l’école physiologique les succès qu’ils ont obtenus de l’emploi des antiphlogistiques contre les phlegmasies syphilitiques et scrofuleuses! Ils vous répondront peut-être affirmativement, en alléguant la disparition momentanée des symptômes inflammatoires; mais observez, plus tard, les suites déplo-

râbles de cette pratique , et vous apprécierez la théorie réformatrice de l’expérience des siècles.

Les indications curatives se tirent donc, dans le plus grand nombre de cas, bien plus de la connaissance de la nature de la cause morbide, que du siège de la maladie qui ne peut que les modifier plus ou moins. Ce que je dis des affec<^ lions cutanées est assurément applicable à toutes les lésions des surfaces muqueuses qui forment l’appareil tégum en taire mterne,Aussi, j’admire le zèle et le courage de tous les médecins qui se livrent aux recherches les plus minutieuses sur les altérations anatomiques qui se rencontrent chez les cholériques, mais je ne puis m’empêcber de m’écrier que le mal n’est pas là, que ce n’est pas ainsi qu’on atteindra le monstre ; ce que vous croyez trouver n’en est pas même l’omhre.

Ainsi, .gastro-entérite , psoreritérie, psorentérite, ganglionite , spinite pancréatite , céphalite , colite, etc. toutes les terminaisons’ en i/e possibles de’ üëcole physiologique^ ne feront pas faire un pas à la thérapeutique du choléra» Toutes vos descriptions anatomiques des désordres produits par, le- mal ne. vous* donneront pas le moindre moyen dede vaincre. Le^nœud; gordien n’est pas là,, le mal n’est pas! dans les solides ; c’est évidemment dans le sang qu’il'se cache, qu’iU s’ enveloppe pour se dérober à vos' recherches', c’est là

probablement que vous le trouvereï; mais ce n'e&t pas seulement des yeux qu’il vous faut pour le voir, vous ayez besoin, pour le reconnaître, de toutes les ressources de l’optique, de toutes les lumières et dp tous les efforts de la chimie , et encore peut-être vous échappera-t-il, et serez-vous obligés d’arriver à la connaissance de cet inconnu par le secours de toute la force du raisonnement, ainsi que nous le verrons plus bas.

Ainsi donc, je le répète, le médecin qui , comme l’a fait le chef de l’école, physiologiqiiç , fonde sa doctrine sur les caractères anatomiques des maladies , me paraît a,bsolument au cas du naturaliste qui,, pour connaître un être organisé, le couperait dans sa longueur parle milieu du tronc, et après avoir étudié exelusivement une des deux moitiés , croirait en posséder la description complète ; ou encore de celui qui se contenterait de décrire les formes extérieures d’un corps inorganique sans pénétrer avec les lumières de la chimie dans sa composition intime ; ou enfin à ce géologue qui, s,e promenant sur: les abîmes d’un sol d’alluvion, stygmatisé par les ravages d’un torrent impétueux , se bornerait à, décrire les profondes corrosions,^ les amoncèlemens de blocs de pierres, de roches, de graviers, de sable, de tronçons d’arbres , etc. , dont il aurait le spectacle sous les yeux, sans faire aucune mention

delà cause de ce bouleversement, sans remonter par la pensée et le raisonnement à la recTierche de cette cause, qui ne peut être que le débordement du torrent, dont les eaux, augmentées fortuitement dans leur volume et la rapidité de leur cours, sont sorties de leur lit, devenu insuffisant pour les contenir.

' C’est cette liaison des effets à leurs causes qui constitue ce qu’on appelle la philosophie des sciences, tant morales que physiques; c’est elle seule qui leur fait faire des pas de géant , qui anime leur étude en répandant l’intérêt sur les sujets les plus arides. En alimentant la curiosité de l’esprit, elle nous tient sans cesse en haleine- pour étendre la sphère de nos connaissances. Que serait l’histoire sans la philosophie? L’histoire naturelle , la botanique, la minéralogie, la géologie, l’astronomie , etc. , sans cette même philosophie qui coordonne les faits et les inductions, et en forme un tout indivisible?

Or, quelle est la branche de nos connaissances qui ait plus besoin d’être éclairée par le flambeau de la philosophie que la médecine ? quelle est la science dans laquelle les faits s’enveloppent de plus de mystère , et réclament plus d’attention dans leur observation, et de méditations plus sérieuses pour les comprendre ?

Ce n’est donc pas en les mutilant , ces faits ,

que nous vaincrons les difficultés de la science, ce n’est pas en nous renfermant dans un cercle vicieux, étroit , et en y tournant sans cesse ,sans oser en sortir, que nous étendrons la sphère de nos lumières; c’est en suivant une marche toute contraire. Les dissections cadavériques ne doivent, sans doute, pas être négligées; elles nous ont fait et nous font journellement les révélations les plus intéressantes et les plus lumineuses; mais, par elles, vous ne voyez que la fin d’un fait, vous n’assistez qu’au dernier acte du drame morbide, et quand vous arrivez sur le champ de bataille, l’ennemi, vainqueur, en a déjà disparu, ne vous laissant que des ruines pour juger ses actes; ce qu’il vous importe le plus de connaître, ce sont les antécédens et le commencement du fait; c’est précisément ce qui vous échappe.

Toute maladie a des causes qui la déterminent, elle peut même être l’effet du concours de plusieurs. Chaque cause a sur notre économie un mode spécial d’action. C’est cette cause, c’est ce mécanisme spécial qui constitue le commencement du fait morbide. C’est donc l’agent que vous devez chercher à connaître, c’est lui que vous devez étudier , au lieu des effets qu’il a produits lorsqu’il a consommé ses actes.

C’est pour n’avoir pas procédé de la sorte que le choléra est si bien connu par ses œuvres et si

mal dans sa nalure et dans sofr mécanisme, que, par conséquent , sa thérapeutique rationnelle est si peu avancée, pour ne pas dire tout-à*fâit ignorée.

Attachons-nous' donc à cette nature , et nous parviendrons vraisemblablement à un résultat plus heureux que celui obtenu jusqu’à ce jour.

Vôici à cet égard des expériences, que j’ai tentées moi-même sur le sang humain , qui poutront peut-être mettre sur la Voie dé la découverte du principé vénéneux, etc.

Eloigné du théâtre des épidértiiés du choléra, ne pouvant par conséquent point faire personnellement des recherches' sur l'e‘ sang des cholériques, mais soupçonnant, dès les premiers inslans où je me suis occupé de l’étude de celte maladie, par la lecture des monographies publiées à cet égard dans l’Inde et dàns la Russie , que le principe morbide pouiTaît bien être quelque chose d’approchant, pour ne pas' dire de semblable, à l’acide hydrocyanique qui, d’après mon opinion , ne peut donner une aussi rapide mort à une si petite dose qu'en décomposant instantanément le sang, au moyen d'iine prompte combinaison de' cet acide avec le péroxide dè fer’ qui paraît un de ses principes constitutifs lès plus essentiels, je n’ai pas lu sans intérêt lès résultats de ranâlyse du sang des cholériques, par le professeur ThoCnpson de Glascow, ainsi que je l’ai'dit plus haut.

Or, ce qui m'a le plus frappé dans cette analyse, c’est, en premier lieu, cette proportion énorme de substance colorante qui existe dans le sang des cholériques , comparée avec celle dn sang d’une personne saine, cette proportion étant comme 4*»^ 3 : 9,12; et, en second lieu,. la couleur sombire, de cette partie, colorante , qui , lorsque le sang est encore entier, ne rougit point à sa surface,, n^algré son exposition au contaet de l’air et du ga?^oxigène.,

Ces phénomènes bien dignes d’attention n’ont donc pu que fortifier mes conjectures, et pour éclaircir le fait , j’ai , dans une saignée prescrite^ à un malade de l’hôpital, fait tirer duisang dans deux palettes; dans* la, première , j!avais.mis.une* demi-once d’eau distillée , tenant en dissolution une goutte d’hy^dfocyanate ferrugineux de potasse,^ et dans l’autre,, il n’y. avait rien.. A mesure quete! sang coulait, on le> remuait dans les deux. vases pour que les circonstances , fussent égales ; or, le sang auquel était ajoutée la goutte d’hydrocyauate de potasse ai présenté une* couleur rouge 'sombre qui n’a éprouvé aucun changement: par le con-. tact de l’air, tandis que Icsecond présentait une belle couleur écarlate qui augmentait encore par l’agitation.

D’après les phénomènes morbides, du choléra;, l’abondance et-la couleur foncée de leur sang, et

les effets identiques opérés sur le sang humaifi d’un individu non attaqué du choléra, par l’addition d’une goutte d’hydrocyanate de potasse , il n’y aurait donc rien d’impossible que le principe délétère qui donne lieu au choléra ne fût la présence dans le sang d’une petite quantité d’acide • hydrocyanique , et alors que peuvent apprendre les autopsies? que peuvent produire les médications qui ne sont pas dirigées contre ce poison ?

Ainsi s’expliqueraient les efforts impuissant dans lesquels se sont épuisés les médecins les plus distingués et les plus recommandables de nos jours pour atténuer le fléau cholérique. Le chemin de l’erreur, quelque éclairé que soit le voyageur qui le parcourt, ne peut conduire au temple de la vérité; et vouloir traiter un empoisonnement asphyxiant dont l’efîet est une asthénie radicale, comme une maladie inflammatoire dans laquelle il existe des élémens tout contraires dans le sang, c’est évidemment le comble de l’aveuglement, le nec plus ultra de l’égarement de notre impatient orgueil qui se roidit contre les secrets de la nature et qui agit en dépit de son existence.

Au surplus , je suis trop pénétré de la vérité de cet axiome hippocratique , fallax f

judicium difficile y pour ne pas présenter ici mes idées et même mon essai avec toute la réserve que mérite un objet aussi grave. Ce sont des faits que

je signale , des doutes que j’expose , plutôt que des préceptes dogmatiques. C’est auxsavans, aux chimistes , et surtout aux médecins observateurs et de bonne foi, que je les adresse. Il serait sans doute bien consolant pour l’humanité que ces faits se vérifiassent d’une manière positive , et que mes conjectures reçussent le sceau de la vérité.

Quoi qu’il en soit , que ce soit l’acide hydrocyanique ou tout autre principe dont la présence dans le sang donne lieu au choléra asiatique , c’est-à-dire qui en soit la cause matérielle, toujours est-il certain que cette cause n’existe pas ailleurs, et que cette maladie est toute chimicophysiologique , témoin les altérations évidentes qui existent, soit dans les qualités, soit dans les proportions des composés et des élémens constitutifs de ce liquide.

Et tant qu’on n’aura pas trouvé ce principe toxicofère et son antidote, le mal sera toujours aussi meurtrier , malgré tous les efforts de l’art.

Tel est donc le problème à la solution duquel nous ne saurions trop inviter MM. les chimistes exercés de la capitale, pendant que le choléra v règne encore , promettant à leurs recherches des résultats beaucoup plussatisfaisans qu’à celles des médecins anatomistes.

Ces travaux, une fois consommés pour le cho-

lëra, s’ils ont produit des résultats lumineux pour son traitement , devront ensuite être continués pour toutes les maladies, car il n’est pas douteux qu’ils ne puissent aussi répandre le plus grand jour sur un grand nombre d’autres affections que , dans notre ignorance ou dans nos théories spéculatives, nous attribuons si gratuitement aux solides , parce qu’eux seuls paraissent affectés à notre vue bornée.

J’estime donc que le choléra est un empoisonnement dont l’agent subtil s’est introduit dans le sang, et que tant qu’on ne reconnaîtra pas la nature du poison et son antidote , tous les traitemens qu’on pourra diriger contre cette terrible maladie ne seront qu’empiriques et presque insignifians , voilà pourquoi sans doute les remèdes les plus contradictoires ont eu jusqu’ici à peu près les mêmes résultats.

Je pense aussi que , sous le rapport du nombre des guéris, comparé à celui des morts, on doit classer les malades, en empoisonnés, au premier, au deuxième , au troisième et même au quatrième degrés , ce qui expliquerait très-bien toutes ces nuances du même mal qui sont si embarrassantes pour notre esprit ; savoir , cette dévorante mortalité dans le principe et dans le fort d’une épidémie, et la diminution progressive du nombre des victimes et de l’intensité de la maladie ; cir-

constances qui seraient tonies subordoundes aux doses différentes du poison.

Je pense, enfin, qu’à raison du défaut de l’absorption des médicamens par les lymphatiques, surtout de l’oxigène par la respiration, on sera obligé, dans les cas graves, de recourir à l’injection des médicamens dans les veines pour les faire parvenir dans le torrent de la circulation , ainsi que cela a été pratiqué en Angleterre , où l’on ne craint pas d’injecter l’eau chaude en assez grande quantité, dans l’objet de réchauffer les malades dans la période algide , sans toutefois que ce moyen ait eu aucun résultat satisfaisant , parce qu’il était sans action sur le principe morbide.

A défaut de notions sur la vraie nature de l’agent morbide du choléra, et dans l’étal actuel de nos connaissances, nous sommes réduits à ne parler ici que des moyens , tant généraux que particuliers , mis en usage jusqu’à ce jour , soit sur des données empiriques, soit sur des indications symptomatiques rationnelles. Toutefois pour ne pas nous noyer dans un océan de formules toutes plus ou moins préconisées par leurs auteurs, je crois devoir me circonscrire dans les indications rationnelles que semble présenter chaque phase de la maladie, d’après les symptômes qu’elle présente; et , pour rendre ce chapitre aussi complet que

possible, nous examinerons ensuite, en les appréciant à leur juste valeur, chaque moyen particulier.

1° Indications symptomatiques relativement aux prodromes.

Des lassitudes spontanées, de rabattement, du dégoût , des borborigmes , des flatuosités avec douleur de tête, un sentiment pénible de cardialgie avec nausées, des coliques légères avec diarrhée séreuse, un frémissement dans les membres avec une grande susceptibilité aux impressions du froid. Tels sont les premiers symptômes qui, dans un grand nombre de cas, précèdent l’invasion tumultueuse du mal ; et quoique souvent ils n’appartiennent qu’à la cholérine , c’est-à-dire à un embarras gastro-intestinal dépendant de la constitution atmosphérique , il n’en est pas moins vrai qu’ils peuvent aussi être l’effet de l’intromission du principe cholérique, notamment par la déglutition de la salive et l’absorption cutanée; ils sont par conséquent un avertissement péremptoire que l’on ne doit pas négliger.

Il faut donc, dès qu’ils apparaissent, que le malade observe une diète rigoureuse , garde le lit, qu’il soit bien couvert, et qu’il fasse usage de boissons chaudes , émollientes et sucrées , telles

que des infusions de fleurs de mauve , de violettes , de sureau , de bouillon blanc , à l’effet de procurer un mouvement excentrique dans la circulation , et de faire expulser , par les sueurs , le principe morbide , avant qu’il ait atteint et frappé de débilité les principaux viscères. C’est dans cet objet qu’on ne doit pas craindre, si la langue est molle , humide , large et recouverte d’un enduit muqueux, jaunâtre ou blanchâtre, d’administrer un vomitif, dix-huit grains^ dhpécacuanha , de préférence au tartrate de potasse antimonié, à cause de la propriété cathartique de ce dernier. On administre en même temps, pour combattre la diarrhée, de fréquens demi-lavemens d’amidon , étendu dans la décoction d’une tête de pavot ; on ne doit pas même craindre d’ajouter à ces demilavemens un grain extrait gommeux d’opium pour arrêter cette diarrhée débilitante, et, enfin, d’appliquer dix ou douze sangsues à la marge de l’anus , si les coliques et l’opiniâtreté de la diarrhée en font une indication.

Avec ces moyens simples on voit assez souvent la maladie ne pas prendre d’autres développemens et le malade guérir , sans autre mauvaise fortune, pour u>e servir de l’expression du docteur Double; et que la maladie ainsi ti’aitée soit prodrome du choléra ou une simple cholérine ,. on n’aura jamais à se repentir de cet excès de

prudence, i® parce qu’en faisant garder le lit et l’appartement au malade on l’éloigne du contact des foyers d’infection ; 2® parce qu’en arrêtant la diarrhée, on modère l’avidité des bouches absorbantes, dont la voracité, ainsi que je l’ai dit, est toujours proportionnée à l’état de vacuité des vaisseaux.

L’époque la plus terrible du choléra c’est la période algide , et elle se déclare quelquefois après les prodromes ci-dessus , mais le plus souvent d’une manière inopinée, brusque et tumultueuse, et le malade, terrassé comme par l’effet d’un poison violent, à la fois asphyxiant et irritant, éprouve tous les phénomènes de l’empoisonnement. Le premier de tous par son importance c’est le refroidissement général de la périphérie du corps, accompagné de la petitesse et de la disparition du pouls, plus d’une grande faiblesse et d’une excessive lenteur dans les battemens du cœur.

On cherche aussitôt, dans ces cas, à réchauffer les malades par l’application de corps imprégnés de calorique à la surface du corps, tels que des linges chauds, des bouillotes, des bouteilles de grès , des briques placées dans le lit du malade , ou de la vapeur d’eau qu’on introduit entre les draps du lit, etc.; on a même imaginé en Angleterre des fonds de lit en tôle, ayant la forme

d’une caisse, dont la partie supérieure est concave, pour y placer le malade sur un matelas ; on introduit de la vapeur d’eau dans cette caisse, pour la réchauffer, vers une extrémité, tandis que de l’autre on en retire l’eau condensée , au moyen d’un robinet (i).

Mais ces moyens de réchauffement sont trop dispendieux, trop compliqués et occasionnent trop d’embarras pour y songer. Il me semble, de même qu’à beaucoup de praticiens, qu’on pourrait avantageusement y suppléer avec de petits réchauds en tôle, à peu près semblables à ceux avec lesquels on donne des bains de vapeur par encaissement; ces réchauds, composés d’un foyer avec grille pour recevoir le combustible en ignition, d’un cendrier pour le courant d’air, seraient surmontés d’une caisse en tôle en entonnoir, du sommet duquel partirait un tuyau en cuivre ou en fer blanc, par lequel il serait facile de verser à volonté de l’air chaud dans le lit du malade, en y introduisant son extrémité , qui ferait office de bouche de chaleur. Il existe, sur ee modèle, des réchauds à esprit de vin destinés à cet usage.

Je serais toutefois porté à accorder la préférence au moyen suivant auquel je suis redevable d’un miracle de résurrection. M. Plana, pharma-

(i) Voyez l’ouvrage de M. Delpech.

cien en chef de notre hôpital , vieillard âgé de soixante-dix-huit ans , était affligé , depuis plusieurs années, d’une ossification dans la valvule auriculo-ventriculaire du cœur du côté gauche, ce qui gênait singulièrement la circulation , et par suite la respiration. Il est pris un jour tout-àcoup de bâillemens et d’un froid glacial qui, au bout d’une heure, devient tout-à-fait cadavérique. On l’avait mis au lit pendant qu’on me cherchait, et, lorsque j’arrivai , il était entièrement froid, insensible, sans pouls, sans respiration et sans battement de cœur distinct. Je crus cependant entendre à l’oreille un léger frémissement dans ce viscère , ce qui , avec la circonstance du froid glacial qui avait précédé, me fit juger que cet accident pouvait bien être l’effet d’un accès de fièvre intermittente algide. Je fis en conséquence continuer à frictionner le malade, ce que l’on faisait déjà en m’attendant, et pratiquer aussitôt une saignée du bras; mais, quoique la veine fût bien ouverte , il ne sortit pas une goutte de sang. Les assistans étaient nombreux; il y avait entre autres plusieurs élèves, et aucun ne doutait qu’il ne fût décidemment mort.

Cependant, je conservai moi-même quelque espérance, et, sans perdre de temps, je fis placer une grande chaudière sur le feu et j’y fis vider un plein sac de son que j’arrosai avec plu-

sieurs litres d’eau bouillante que je pris dans la chaudière de la tisane de la pharmacie; lorsque le son, qu’on avait incessamment remué dans la chaudière, me parut suffisamment chaud, j’en fis étendre sur un matelas par terre une couche de demi-pied d’épaisseur ; il s’en dégageait une vapeur aqueuse épaisse. Cela fait , j’arrosai le son avec un demi-litre, à peu près, de bon vinaigre presque au degré de l’ébullition, et ce fut sur cette couche que fut déposé le corps vraiment cadavérique de mon malade. Je le recouvris ensuite lui-même d’une couche semblable , que j’arrosai également avec un demi-litre de vinaigre, et je plaçai sur le tout deux couvertures de laine.

Au bout de deux minutes environ . le retour à la vie s’annonça par un profond soupir, le frémissement de l’artère et l’écoulement du sang par la veine ouverte, le rétablissement graduel des sens, etc. Je laissai néanmoins encore le malade pendant une demi-heure dans cette position, et je ne le fis replacer dans son lit, bien chauffé, que lorsque la chaleur et la sueur me parurent bien établies à la périphérie du corps, et après lui avoir fait prendre une potion cordiale avec l’eau de canelle orgée, l’éther à forte dose et le sirop de Sthœcas.

Je n’ai pas besoin de dire que l’accès fébrile

terminé, j’administrai le sulfate de quinine à dose suffisante avec le plus grand succès.

J’ai souvent réfléchi à cet évènement remarquable, et, en soumettant à l’analyse de la pensée mon moyen , j’ai cru y reconnaître plusieurs modes d’action qui ne sont pas sans intérêt pour la pratique dans le cas d’asphyxie quelconque; la première, c’est l’action de l’application directe de la chaleur par un corps spongieux, mou et humide , sur le corps refroidi , et pouvant réveiller la sensibilité engourdie, la tonicité des vaisseaux et la liquéfaction du sang déjà sans doute épaissi ; la seconde, c’est une douche de vapeur universelle et continue d’eau et d’acide, agissant, en humectant les solides, comme un stimulant diffusible, susceptible d’être résorbé par les vaisseaux absorbans , cutanés et veineux; et le troisième , qui n’est pas moins intéressant, c’est de répandre dans l’air, en contact avec le malade, une vapeur acétique , mitigée par son mélange avec la vapeur d’eau, et qui, en s’insinuant dans les poumons, peut aussi y réveiller l’action absorbante des vaisseaux, s’introduire dans le sang et aller stimuler le cœur. C’est ainsi, sans doute, que l’odeur du vinaigre radical est, de tous les alexitères, le meilleur qu’on connaisse dans tous les cas de lipothymies, de cardialgies, etc,, qui précèdent la syncope et l’asphyxie.

Mon expérience faite sur le sang, et de laquelle il résulte que le mélange de quelques gouttes d’acide acétique augmente instantanément la rougeur du liquide, ne semble-t-elle pas expliquer tous ces phénomènes d’excitation , bien connus à la vérité, mais mal appréciés, ou plutôt négligés dans leur interprétation théorique?

Je conseille donc, de préférence à tout autre, l’emploi de mon moyen réchauffant , par les raisons que son triple mode d’action remplit à la fois trois indications rationnelles : réchauffer, exciter à l’extérieur et porter à l’intérieur un principe essentiellement stimulant et ami de la vie de l’homme, ce qui peut avoir de grands avantages contre le choléra.

La cyanose, ou couleur bleue, étant un effet concomitant du refroidissement, disparaîtra aussi avec le froid. Je pense, toutefois, que si le rétablissement de la chaleur était long à se faire on pourrait avantageusement ouvrir la veine au bras, afin de faciliter, par ce moyen, la circulation veineuse de la circonférence au centre, en désemplissant les vaisseaux veineux du sang poisseux qui les engoue; il n’est pas douteux que mon bain spongieux ne doive faciliter cette circulation.

Relativement à la cardialgie , aux coliques , aux vomissemens et aux déjections séreuses , mon

bain spongieux , humide et vaporeux me paraît encore un des meilleurs moyens rationnels pour faire cesser ces symptômes, dont nous avons suffisamment expliqué le mécanisme physiologique , parce que , en effet , soit en établissant un mouvement vital excentrique, soit en remplissant les poumons de vapeurs excitantes de vinaigre, il doit tendre à rétablir la circulation générale et à détruire, par conséquent, celte concentration de la circulation dans les organes abdominaux , par le retour d’un équilibre général dans tout le système de la circulation sanguine. Il faut donc beaucoup attendre de l’usage de ce moyen et ne pas tourmenter le malade par d’autres, qui contrarieraient les dispositions qu’il exige.

Mais le malade est dévoré d’une soif ardente, il désire boire froid. Cette soif est évidemment l’effet de la perte que fait incessamment le sang par le flux séroso-albumineux et fibrineux; fautil lui donner des boissons chaudes ou froides? Les indications rationnelles sont encore ici en faveur des boissons froides, car il les désire d’une part, et, de l’autre, il en doit résulter une réaction avantageuse du centre à la circonférence. Donnez-lui donc à boire froid, même à la glace, et il en supportera d’autant mieux l’application du calorique à la périphérie du corps, car c’est là qu’il est nécessaire principalement de le rétablir.

Mais quelles sont les boissons qui méritent la préférence? ce sont, selon moi, les eaux chargées d’acide carbonique , simples ou édulcorées avec du sucre ou du sirop, si le malade le désire, il serait avantageux même qu’elles fussent frappées de glace. Remarquez aussi que tous les praticiens qui ont soigné des cholériques sont généralement* d’accord sur les avantages ou du moins le soulagement qu’on retire soit de l’emploi de la glace, soit de celui des eaux gazeuses.

Toutefois, parles motifs que j’ai exprimés plus haut, c’est-à-dire à cause de la couleur sombre du sang des cholériques, qui ne rougit pas au contact de l’air, ce qui fait craindre que le fer du sang ne soit en grande partie combiné avec un acide qui le rende inattaquable par l’oxigène atmosphérique, et attendu que cet oxide métallique a été considéré de tout temps comme le meilleur stimulant de la circulation, je penserais que les eaux minérales gazeuses et ferrugineuses devraient avoir encore plus d’efficacité que les eaux gazeuses simples, en portant dans la circulation du fer dissout, pour remplacer celui qui est tombé dans l’inertie par une combinaison anomale.

Or, on peut faire de ces eaux artificiellement dans toutes les officines. Mais il faut en connaître le procédé. Voici à cet égard le résultat de mes recherches. Désespéré d’avoir perdu à Uriage,

par l’effet de la négligence pour ne pas dire de la malveillance , une source ferrugineuse gazeuse d’une grande puissance , qui contenait près de deux grains de carbonate de fer par litre et plus de la moitié de son volume d’acide carbonique, avec laquelle j’avais obtenu des résultats trèsavantageux contre quelques maladies, j’ai fait, depuis cette perte, de vaines démarches pour obtenir du propriétaire les travaux convenables et suffisans pour la récupérer. Ktant donc privé de ce médicament que j’avais expérimenté avec beaucoup d’efficacité pendant deux ans , je crus d’abord que rien n’était plus facile que d’imiter la nature dans la fabrication des eaux ferrugineuses.

En conséquence , de concert avec le pharmacien en chef de notre hôpital, M. Berger, homme plein de zèle, de savoir et de modestie, je plaçai dans une bouteille remplie d’eau trois grains de carbonate de fer bien pulvérisé et , avec la pompe à compression, nous introduisîmes, au moins six ou sept fois le volume de l’eau, du gaz acide carbonique ; il était naturel de penser que l’excès d’acide carbonique en contact avec les atomes de carbonate de fer ferait ce que fait la nature, c’est-à-dire dissoudrait ce sel. Cependant il n’en fut rien; le carbonate de fer resta tel quel et nous nous assurâmes bientôt que plusieurs phar-

maclens avaient déjà fait en vain la môme tentative.

Nous ne nous rebutâmes pas toutefois par ce premier essai, et le lendemain l’opération fut recommencée avec la même quantité de fer hydraté, bien comminué ; la plus grande partie fut dissoute , et communiqua à l’eau une saveur ferrugineuse très-prononcée. Depuis cette découverte j’ai recours à cette fabrication par le même procédé toutes les fois que j’en ai besoin.

Si le choléra asiatique faisait jamais irruption dans notre ville , il existe à cinq ou six lieues de nous, à Mens et au Moneslier-de-Clermont, des eaux admirablement gazeuses et ferrugineuses dont on pourrait faire des approvisionnemens journaliers d’une grande utilité, mais ces approvisionnemens faits à Uriage , si on en recouvrait la source, seraient bien plus commodes et plus prompts.

Je dois observer que toutes les eaux ferrugineuses gazeuses, tant naturelles qu’artificielles, ne se conservent pas long-temps, le fer s’en précipite bientôt à l’état carbonate neutre; et, si l’on veut être certain de leur action médicamenteuse, il faut de toute nécessité renouveler l’approvisionnement tous les jours.

Tels sont les moyens simples et d’une facile exécution avec lesquels je voudrais combattre la

période algide du choléra jusqu’à ce que la période de réaction fût bien établie ; j’y ajouterais dans les cas extrêmes où l’asphyxie serait imminente et la vie près de s’éteindre , l’injection dans les veines d’un mélange d’eau distillée avec une ou deux gouttes d’acide acétique par once, d’une chaleur de trente degrés Réaumur, en attendant que la chimie nous ait trouvé quelqu’autre antidote plus spécifique. Car la thérapeutique du choléra ne sera satisfaisante que lorsqu’on sera parvenu à cette médication capitale par infusion dans le sang, dont le procédé pourra peut-être par la suite fournir d’utiles applications à tous les cas d’asphyxie et d’empoisonnement (i).

.« Pour entretenir la chaleur de mon bain spon-

(i) Je ne parle pas ici de l’eau oxigénée ou chargée de protoxide d’azole, dont les propriétés stimulantes paraîtraient très-convenables, attendu que leur dilatation à l’état gazeux dans le sang pourrait être funeste. On pourrait néanmoins en faire l’essai. Il est vraisemblable que , puisqu’on a cru obtenir quelque heureux résultat de l’inspiration de ces deux gaz , et surtout de ce dernier en ingestion dans les organes digestifs, au moyen de son mélange avec l’eau, dans un moment où l’absorption est frappée d’inertie, il est vraisemblable , dis-je , qu’ils agiraient bien plus efficacement étant mis en contact direct avec le sang, au moyen de l’eau. C’est une expérience à tenter. On pourrait aussi essayer l’injection de quelques substances salines excitantes.

gieux je l’arroserais de temps en temps avee de l’oxicrat à trente-quatre ou trente-six degrds de température, suivant le besoin; quant attx crampes , si elles étaient bien doulourétises , j’emploierais pour lès combattre d’abord les ligatures circulaires des membres , ensuite l’addition de quelques gouttes de laudanum de Sydenham ou de Rousseau dans la boissoin gazeuse, et, en dernier lieu, l’application des ventoüses scaHfiées ou des sangsues le long de la colonne vertébrale.

2° Indications rationnelles de la période de réaction.

Si la période de réaction s’établit franchement , soit par les seuls efforts de la nature , soit sous l’influence des moyens conseillés ci-dessus, ou tout autre , il faut retirer le malade de son bain halitueux s’il l’a pu supporter jüsque-là (i), le placer dans son Rt, lui administrer des boissons

(i) Car il est à craînttre que l’anxiété et les jactations auxquelles il est en proie ne dérangent beaucoup l’économie de cette opération. Il faudrait alors replacer le malade dans son lit, faire réchauffer le son pour l’y ensevelir de nouveau, jusqu’à ce que l’effet désiré fût obtenu.

On pourrait aussi employer les ménies moyens dans une baignoire en bois, attendu l’action de l’acide acétique sur les métaux et sur le marbre.

mucilagineuses , non plus à la glace, mais à la température de Tappartement , et laisser agir la fièvre qui fera le reste, c’est-à-dire qui poursuivra sa victoire en rétablissant l’équilibre par une crise universelle et réparatrice, comme dans la fièvre inflammatoire.

Mais si, au lieu de cet heureux résultat, la fièvre languissait ou s’allumait avec fureur et d’une manière tumultueuse , si , dans la lutte de la circulation , il s’établissait des courans fluxionnaires pseudo-inflammatoires sur les muqueuses du tube digestif, ce qui s’annoncerait par les symptômes de la gastro-entérite; ou sur la moelle épinière, ce qui s’exprimerait par les mouvemens convulsifs ou l’adynamie ; ou sur le cerveau et ses membranes, ce qui serait exprimé par le délire, des douleurs de tête , etc., les autres symptômes de l’arachnitis et de la céphalite; ou bien sur les poumons et les plèvres, ce que l’on reconnaîtrait aux symptômes de la pleurésie, de la pneumonie; ou encore sur le péritoine en développant les phénomènes de la péritonite, il/faut alors se conduire absolument comme si on avait à faire à ces inflammations elles-mêmes, ainsi qu’on le fait aujourd’hui pour le typhus; car la maladie est physiologiquement la môme que lorsque ces affections naissent par toute autre cause , savoir : l’eflet d’autant de fluxions locales qui tendent

à détruire les organes qui en sont le siège* Ainsi, dans la gastro-entérite, les saignées lo-* cales et générales, les boissons mucilagiueuses, les lavemens , les fomentations émollientes sont les remèdes rationnels. Dans la spinite et l’ady-^ namie, on aura recours aux applications de sangsues ou de ventouses scarifiées le long de la colonne vertébrale.

Dans la fièvre cérébrale ( arachnitls ou cépbalite), on aura recours à cette même application derrière les oreilles et dans le voisinage du grand trou occipital, ou aux tempes; dans la pleurésie , on fera cette application sur la poitrine , sur la partie correspondante à la douleur et à l’engouement; dans la pneumonie, on donnera la préférence à la saignée à la lancette, etc.

A ces moyens on fera succéder, les cas échéant, les révulsifs, les sinapismes, des vésicans, etc.

Les malades qui succombent par suite de ces affections consécutives, bien que victimes, ne le sont pas immédiatement du choléra , mais seulement des maux accidentels dont celui-ci n’a été que l’agent provocateur et dont il n’est plus , par conséquent, que la cause éloignée, et c’est toutà-fait s’abuser que de considérer comme constituant le diagnostic du choléra ces caractères anatomiques, qu’on trouve dans les organes de ceux qui meurent à cette période de la maladie.

Tels sont les trailemens rationnels que rëclame toute réaction désordonnée du choléra. Il ne diffère en rien de celui que dans l’état ordinaire les mêmes phénomènes pathologiques réclament, bien que la nature de la maladie ne soit pas la même dans son point de départ.

Toutes ces considérations, encore un coup, prouvent qu’il vaut bien mieux combattre de prime abord les maladies d’après la connaissance de leur nature et avant qu’elles se soient localisées sur les organes, que d’avoir à traiter leurs effets secondaires qui constituent alors de véritables métaptoses ou des changemens matériels dans les causes organiques des maladies et qui en effacent presque entièrement, non-seulement la forme , mais encore le fond.

3° Indications rationnelles dans la concales^

cence.

Dans la convalescence franche , lorsque la fièvre de réaction a cessé, que les sécrétions sont toutes rétablies ainsi que l’équilibre général dans toutes les fonctions, il faut soigner le convalescent, comme un homme qui vient de passer à une rude épreuve physique et dont les organes viennent de résister à un violent assaut de destruction.

Les bouillons de viande, légers, faits avec la chair des jeunes animaux , seront progressivement remplacés par d’autres plus nutritifs; et si le convalescent les supporte bien, on passera graduellement aux panades, aux potages de riz, de fécules, de pâte , ensuite aux œufs , aux poissons, aux viandes blanches, aux vins médiocrement spiritueux, trempés d’abord et ensuite purs; dans ce cas, la convalescence est ordinairement / aussi rapide que l’a été la maladie.

C’est à la suite des lièvres gastriques et muqueuses consécutives, c’est-à-dire des inflammations membraneuses ou crypto-membraneuses de la muqueuse digestive qu’il faut surtout une grande prudence dans la conduite de la convalescence. Il faut éviter alors avec la plus grande attention tous les alimens trop excilanset notamment les trop fortes doses qui peuvent réveiller des phtegmasies à peine éteintes , irriter des ulcèrea peut-être encore ouverts.

On a conseillé, dans ces circonstances, l’usage du lait coupé , celui d’ânesse , mais il ne réussit pas toujours , lorsqu’il y a notamment un reste d’engorgement dans les cryptes muqueux ou qu’il y a des ulcérations à la fin de l’iléon et dans, le colon. Alors le lait purge,, la diarrhée survient , des mouvemens fébriles se manifestent , et la fièvre symptomatique est, dans ce cas, un indice

du retour de rinflammation qui est vraisemblablement réveillée par le contact de cet aliment sur la muqueuse; il faut alors se borner aux bouillons gélatineux de grenouilles, de poulet, d’agneau, de veau, d’ichtyocolle, aux potages légers de fécules amilacées , voire même d’amidon , insister sur les lavemens amilacés , qui ont le double avantage de calmer le gros intestin et de nourrir le malade quand il peut les conserver.

Les mêmes précautions dans le régime sont à observer à la suite de l’adynamie, des fièvres cérébrales consécutives au choléra. On doit éviter soigneusement de nourrir trop vite le malade , de lui faire ingérer des alimens trop nourrissans, de crainte de réveiller la fluxion en excitant trop le cœur par l’abord du chyle , et ici la fièvre n’est pas seulement symptomatique, mais elle est bien réellement essentielle , car lorsque les recrudescences ont lieu, ce n’est pas toujours sur l’organe qui a déjà été fluxionné que le mal se déclare , mais quelquefois aussi sur d’autres non encore compromis.

Le malade doit encore, dans tous les cas, se garantir des transitions subites du chaud au froid, des travaux de l’esprit, des peines morales, etc., qui, dans l’état de faiblesse où il se trouve, peuvent troubler ses fonetions de statique et lui occasionner des maladies de nature excrétogénée.

APPRÉCIATION DES DlFFERENS MOYENS PARTICULIERS

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