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ce moment le soldat, le champion de la vdritd, et, en cette qualité, j’ai confiance en la bonté de ma cause et je suis fort , sinon de mes propres forces, au moins de celle de mes armes.
Examinons donc sans prévention et sans crainte, et discutons sans passion.
« Le docteur Broussais considère le choléra morbus comme une gastro-entérite extrêmement violente et étendue , dont l’effet le plus terrible est de paralyser l’action du cœur. Cette gastroentérite, dit-il, qui a bien quelque chose de particulier dans ses causes et dans son développement , réagit sur les autres organes et cause ainsi leur inflammation ou seulement le désordre qu’on observe dans leurs fonctions. Ces désordres s’expliquent facilement pour quiconque est habitué à étudier les nombreuses sympathies qui lient les organes digestifs avec les autres viscères; ils peuvent d’ailleurs se rencontrer à un pareil degré chez quelques sujets hors le temps de l’épidémie, et un assez grand nombre de cas de cette espèce s’est offert à son observation. Il affirme notamment que les autopsies cadavériques ont démontré , en opposition avec les assertions des médecins du Nord, que l’inflammation du tube digestif n’est jamais plus intense, plus étendue, que lorsque les malades ont succombé après quelques heures seulement de maladie. » ( Extrait du
Journal de médecine et de chirurgie pratique du mois de mai, 5® cahier de i832.)
J’ai extrait ce fragment textuellement de ce journal, parce qu’il m’a paru renfermer, en trèspeu de mots, le résumé de la doctrine de ce professeur sur le choléra.
Le docteur Broussais , tous ses ouvrages en font foi, est plein d’une idée mère, qui domine toutes les autres, sur laquelle il a fondé tout son système de pathologie. C’est le pivot unique autour duquel viennent sans cesse se rallier toutes ses découvertes et toutes les productions de son génie. Cette idée mère, c’est l’irritation, qui n’est qu’un premier degré de l’inflammation , laquelle est elle-même le second et le dernier ou la fin de toutes les maladies. L’observation des maladies chirurgicales, dans lesquelles , en effet , l’irritation locale est toujours le premier phénomène morbide qui provoque tous les autres , dans fous les I cas où la fièvre vient compliquer la maladie ex- I terne , et ensuite les ouvertures des corps dans
i lesquels on trouve des lésions locales de même aspect et souvent de même nature que l’inflammation; voilà, sans doute, les deux élémens qui (i( ont pu contribuer à faire considérer à ce pro- I fesseur l’irritation comme étant toujours la puis- « sance ennemie et la force unique qui préside i à tous nos maux.
D’après cela, plus de maladies particulières, plus d’entités; les médecins, jusqu’à la découverte de cette vérité, n’avaient été que des ontologistes , c’est-à-dire des hommes qui avaient pris des chimères pour des réalités; ainsi, ce que l’on avait regardé comme des maladies, et que l’on avait qualifié comme des êtres réels, n’était que des modifications des organes, des désordres physiologiques qu’il fallait réprimer, sans aucun égard pour ce que les anciens avaient dit. Toute la médecine consistait à savoir rencontrer, apprécier et combattre l’irritation ou l’inflammation, toujours localisée sur un point ou sur un autre ; les phénomènes concomitans avec ce génie du mal installé dans notre organisme n’étant que des réactions sympathiques qui ne changeaient rien au fond de l’affection locale.
D’après cela , encore, plus de spécialité dans la pathologie ; plus de fièvres essentielles; plus de nécessité de remonter aux causes, d’observer la marche des maladies, d’en étudier les crises. La pathologie, réduite ainsi à sa plus simple expression, est toute renfermée dans la connaissance d’un fait, l’irritation. Telle est, en peu de mots , la base de la doctrine physiologique , ainsi qualifiée par son fondateur.
Je ne parlerai point ici des nombreuses difficultés que cette théorie a rencontrées dans les
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ftiils pour son application; des démentis, sans cesse renaissaos, que lui donne la nature; des écueils insurraonlables contre lesquels elle vient se briser dans le plus grand nombre de cas ; des oppositions que lui ont élevées des observateurs savans et consciencieux; je ne dirai rien non plus des concessions arrachées à l’auteur ou des subterfuges employés par lui pour se tirer d’une lutte aussi inégale, ni des modifications qup la force de la vérité a apportées successivement à son système; cela me sortirait de mon sujet, et je n’ai point l’intention d’établir ici une polémique sur une doctrine dont le temps a déjà fait ou ne peut pas manquer de faire promptement justice. Je dirai seulement que le docteur Broussais étant dans l’habitude de supposer toujours une irritation gastro-iqtestinale dans tous les cas de fièvre où il n’y a eqcore évidemment aucune lésion locale dessinée, sans en excepter les fièvres d’éruption de la variole et de la rougeole, il n’est pas étonnant qu’il considère le choléra comme une phlegmasie violente et essentielle du canal intestinal, envisageant tous les autres phénomènes comme symptomatiques et sous la dépendance de cette affection ; et, bien qu’il soutienne, en opposition avec tous les médecins qui ont fait des ouvertures du corps dans l’Inde, dans le Nord, à Londres et à Paris, que jamais la phlegmasie
dont il s’agit n'est plus violente que lorsque le malade succombe en deux ou trois heures, il nous sera permis d’en douter par les raisons que nous déduirons plus bas.
En attendant, je veux bien supposer que ce qu’il dit est exact et qu’il a le privilège de mieux voir qu’un autre ou de mieux reconnaître les •caractères cadavériques d’une inflammation, et Je lui demanderai comment il se fait que cette inflammation spontanée , flagrante , dont la violence est si active quelle emporte le malade en peu de temps , ne laisse jamais, après la mort, des traces de lésions particulières à ce genre d’affection, telles que grangrène , suppuration, ulcères, etc. Or, comme aucun auteur, que je sache, n’a parlé de désordres semblables (et si l’inflammation était vraie, ils devraient être constans), comment s’y prendra-t-il pour justifier cette assertion ? comment s’y prendra-t-il surtout pour accorder cette -opinion avec celle que la gastroentérite est toujours la cause matérielle de la fièvre , et que celle-ci est d’autant plus forte que la phlegmasie est plus violente.
Il ne manquera pas de dire, sans doute, pour être conséquent avec ce qu’il a avancé, que cette phlegmasie-là ne tue pas de ces deux manières; qu’elle a pour effet terrible de paralyser l’action du cœur. Mais alors c’est une inflammation qui
ne ressemble en rien à ce que l’on tlësigne ordinairement par ce nom, ou telle qu’il la comprend lui-même lorsqu’il en fait la cause malérielle de toutes les fièvres sans exception; alors il faut qu’il en fasse une espèce particulière, qu’il appellera^ s’il veut, phlegmasie cholérique; mais, dans ce cas, il retombe dans les entités qu’il a proscrites de son vocabulaire, puisqu’il admet une phlegmasie spéciale. Quoi qu’il en soit, ce sera toujours une phlegmasie exceptionnelle et la diffiiculté reste sans solution pour le triomphe de soa système-,
Je lui demanderai ensuite quelle idée il se fait de la cause de cette gastro-entérite. La maladie est-elle spontanée, ainsi que je l’ai dit plus haut, c’est-à-dire le résultat d’une irritation locale, naissant par suite d’une disposition particulière du corps, déterminée par l’agent épidémique ? Dans ce cas, pourquoi cette phlegmasie, au Heu de provoquer des vomissemens et des déjections réitérées avec des coliques atroces et des spasmes tétaniques et douloureux dans les membres, ne détermine-t-elle pas l’adynamie , ainsi que cela a lieu dans la gastro-entérite ordinaire, qui est aussi, selon lui ,une inflammation, dans laquelle la sensibilité est si profondément affectée que la nature n’a plus d’autre voix, pour exprimer la souffrance, que la stupeur et l’abattement des
forces? ce n’est donc pas non plus une phleginasie qui ressemble à la gastro- entérite ordinaire de l’auteur, c’est-à-dire à celte affection fondamentale, qui est le ressort ou le point de départ de toutes les fièvres.
Ou bien suppose-t-il , avec plus de rvraisemblauce, que cette nouvelle gastro-entérite ^ qui à bien quelque chose de particulier dans ses causes et dans son déçeloppement , est l’effet de l’agent épidémique absorbé dans l’air atmosphérique où il est disséminé? et, dans ce cas, on lui répondra que ce principe, quel qu’il soitj avant d’arriver au tube digestif, à dû passer avant dans le torrent de la circulatiôn, et porter directement dans le cœur cette terrible tendance à la paralysie qu’il veut bien reconnaître. Il n’est donc pas nécessaire pour expliquer ce fait , et surtout pour le prévenir , d’en placer la cause dans le canal intestinal, qui a bien assez lui-même de ses propres souffrances , par la présence dé la portion de l’agent qui lui est arrivé par le sang, sans qu’on vienne encore l’accuser de réagir sur les autres organes , qui ont dû avoir aussi leur part , pour'les exciter ainsi aux désordres ou à l’inflammalion dont ils deviennent le siège. > Voilà cependant les tristes , les incontestables conséquences, pour ne rien dire de plus, d'une théorie créée en dehors de la ligne de l’observation : ici^
je ne crains pas de te dire , tout est faux, tout est erroné et le principe et les corollaires (i).
Du moins l’illustre professeur aura-t-il été plus heureux dans sa théorie de la gastro-entérite ordinaire, qui Joue un si grand rôle dans son système de pathologie ? Le lecteur va en Juger sur la vérification des pièces. Le docteur Broussais a dit (et c’est ici que ses partisans proclament surtout le triomphe de sa doctrine) : L’adynamie ou la putridité, considérée comme un élément particulier dans les fièvres, n’est que le résultat d’une gastro-entérite intense dont les phénomènes ad^mainiques ne sont qu’un mode particulier d’expres^ sion. Et, bien que ce raisonnement ne soit pas trop physiologique, car on ne conçoit guère,, physiologiquement parlant, comment la membrane muqueuse intestinale peut avoir une action si puissante sur l’innervation musculaire, les médecins ontologistes ont été néanmoins étourdis
(0 II paraît que le docteur Broussais s'est attendu à cette objection, car il a manifesté depuis, dans ses leçons publiques , l’opinion que le principe épidémique arrivait dans le canal intestinal par la déglutition delà salive. Or, si cela était bien démontré, les vomitifs seraient donc les seuls ou au moins les remèdes les plus rationnels h mettre en usage dans le principe de la maladie, ou bien encore pour la prévenir ; et cependant il en proscrit l’emploi ! Je laisse au lecteur le soin de prononcer.
par ce l’ait, qui se trouve le plus souvent, en apparence, conforme à l’assertion de l’auteur, et la victoire est restée, jusqu’à ce moment, au système prétendu physiologique.
J’ai , depuis long-temps, moi-même, la clef de la vérité sur ce point de doctrine, et si je ne l’ai pas fait connaître plus tôt c’est que je ne voulais le faire que dans la publication d’un traité, ex professa , que je prépare depuis long- temps sur les fièvres et que j’enrichis tous les jours de nouveaux faits; si donc je me décide à le faire à présent c’est que cette découverte va bien à mou sujet et que la manifestation de cette vérité ne peut qu’être très-utile à celle qui m’a fait prendre la plume.
C’était en i8i5 ou en 1816, je crois, que la doctrine du docteur Broussais commença à faire du bruit. Ce médecin militaire, attaché au Valde-Grâce, avait débuté, avant son retour des armées à Paris, par publier son ouvrage plein de subtance sur les phlegmasies chroniques , qui avait fixé l’attention de tous les médecins amis des faits positifs dans l’étude des sciences, et ce fut sous une pareille recommandation qu’il ouvrit un cours de clinique au Val-de-Grâce. Quelques élèves d’abord, puis un plus grand nombre, chez lesquels il sut exciter l’enthousiasme le plus entraînant par un ton dogmatique , et celte élo-
quence oratoire ferme qui ne transige jamais avec les opinions étrangères à celle dont on veut assurer le triomphe, lui eurent bientôt acquis la réputation d’un homme extraordinaire, qui apparaissait dans la science pour l’éclairer de son génie , la redresser dans ses erreurs et la réformer dans ses principes fondamentaux.
En peu de temps il ne fut bruit que de la nouvelle doctrine qu’on ne désignait point encore alors sous le nom de physiologique. Rien ne résistait à son entraînement, les jeunes gens surtout accouraient en foule pour s’initier, s’instruire dans les dogmes de ce nouveau chef de secte. Rien n’était plus simple que l’étude de la médecine , l’irritation et toujours l’irritation , voilà les fondeinens de la pathologie. L’irritation et les sympathies constituent aussi tous les principes de la physiologie. Plus de nosologie , plus d’empirisme, plus d’éclectisme, plus d’entités; les anciens médecins, traités d’ontologistes, sont relégués, avec leurs livres , dans la tourbe des visionnaires et des radoteurs de toutes les sortes qui ont exercé quelque influence sur la crédulité des hommes.
En i8i5on ne connaissait encore d’autre écrit de ce novateur intolérant que le traité , plein d’un mérite réel, qu’il avait publié en 1 808; mais ses élèves embouchaient, comme de nouveaux apôtres, la trompette de la propagande pour
lui, et je ne fus pâs peu surpris de voir revenir plusieurs de mes élèves qui avaient siiivi le cours du docteur Broüssàis, me reprocher, quand je leur faisais connaître, par les ouvertures des corps, les lésiods qui se trouvaient dans les intestins chez les malades qui avaient succombé à des fièvres essentielles ou qualifiées telles, de n’avoir pas placé le siégé dé ces mêmes fièvres dans ces lésions, oü de ne pas les avoir considérées comme la maladie réelle ; que M. Broussais l’enseignait ainsi , et qu’il leur avait prouvé , entre autres , que l’adynamie n’était que le résultat d’une in-^ flammation de la membrane gastro-intestinale.
Je leur répondis que cette proposition me parais, sait trop paradoxale pour y croire, que je ferais d’ailleurs des recherches pour m’assurer de la réalité de cétté assertion ; ce que je ne manquai pas de faire en effet. Mais, en 1816, VExamen des doctrines médicales, etc. ayant paru, ce qui me mit encore plus au fait de là nouvelle doctrine , je ne dissimule pas que je ne fus pas peu surpris d’y lire toutes lès assertions sentencieuses de l’anteur, en vertu desquelles il rayait de la pathologie toutes les fièvres essentielles , les considérant comme des gastro-entérites à différons degrés ou sous différentes formes, ce qui me parut le comble de l’arbitraire dogmatique. Il suit évidemment de cette doctrine que si l’irritation et
les inflammations locales forment la base de l’édifice médical physiologique , la gastro-entérite en est la pierre angulaire.
Examinons donc avec impartialité ce qu’il y a de vrai , évaluons ce qü’il y a de spécieux , écartons ce qui est évidemment hypothétique et dénué de preuves dans cette opinion.
Or , en lisant {'Examen des différentes doctri~ nés et lé Catéchisrhe de la médecine physiolo^ giqiie (année 1824)» voici en résumé l’impression qui reste dé Cette lecture à l’obserVateur expérimenté : plus des trois-quarts dés maux qui affligent l’espèce huinaine sont des gastro-entérites ; c’est un âphorisme qui pourrait êtré placé sur lé frontispice d’un traité de pathologie physiologique. On dirait, si l’on ne connaissait pas la bonne foi du fondateur de cette école, et surtout la facilité avec laquelle s’égarent les meilleurs esprits, lorsqu’une idée fiïce les occupe , que l’estomac avec ses annexes, profondément situé et hors de la portée de notre vue-, a été choisi tout exprès comme un organe propre à sé charger admirablement dé tous lés rôles qu’on Véudrait lui faire jouer. C’ést , én effet, l’âctéur des utilités dans le théâtre de là pathologie physiologique. Fonctionnaire le plus iWiportant de la vie-, puisque c’est lui q'ui élabore tous lés sucs qui nourrissent le reste du corps, il est aussi condamné à
en être le plus malheureux, et ce n’est pas assez pour lui d’avoir à se défendre de tous les agens directs et divers avec lesquels il se trouve sans cesse en contact, il faut encore qu’il soit toujours le point de mire de tous les agens indirects, intérieurs ou extérieurs, ennemis de notre existence. La fièvre s’allume-t-elle par l’effet d’une évacuation supprimée , c'est le pauvre gaster qui en est la victime , il s’irrite, il s’enflamme, et la fièvre et tous les désordres qui se manifestent np sont que les expressions de sa mauvaise humeur; c’est une gastro-entérite qui naît. Un agent physique, chimique, vénéneux, miasmatique , incompréhensible , mais incompatible avec notre santé , s’introduit-il furtivement par quelque voie que ce soit dans notre économie, c’est encore à l’estomac qu’il s’attaque, et voilà une gastro-entérite qui soulève aussitôt tous les autres phénomènes morbides , la fièvre , etc.
Ainsi, qu’est-ce que la fièvre inflammatoire? une gastro-entérite; qu’est-ce que les fièvres gastriques, muqueuses, adynamiques? des gastroentérites plus ou moins intenses; qu’est-ce que la peste , le typhus et la fièvre jaune ? des gastroentérites violentes; qu’est-ce que le choléra? le dernier degré de la fureur de la gastro-entérite , qui menace de paralyser le coeur. Enfant docile de l’imagination de son père , cette aflèctioa
prend, comme la cire molle, toutes les formes qu’il veut bien lui donner. La voulez-vous indolente, modérée, débonnaire? observez-Ia dans la fièvre inflammatoire; la voulez-vous plus acrimonieuse, plus intraitable, plus douloureuse? voyez* la dans la fièvre gastrique ; la voulez-vous plus sournoise, plus perfide et plus opiniâtre? étudiezla dans la fièvre muqueuse; la voulez-vous plus sournoise encore et plus hypocrite? contemplez la fièvre adynamique; on dirait qu’elle n’y louche seulement pas, et cependant elle immole sa victime sans la faire crier. C’est bien pis encore dans le typhus, la peste , la fièvre jaune et le choléra , où elle prend tous les caractères de la fureur , de la perfidie, de la férocité. Nous venons de la voir, en effet, torturante dans le choléra, tandis qu’elle cache sa violence désorganisa trice dans la fièvre adynamique, le typhus et la fièvre jaune.
Voilà pourtant un exposé exact et fidèle de tous les caractères disparates et contradictoires que le docteur Broussais a imposés à la gastroentérite.
Ce n’est pas tout , lui ennemi des entités morbides et de l’ontologie, il en fait un être volage, capricieux , inconstant; c’est ainsi que, dans la ■petite vérole, il la fait paraître pendant deux ou trois jours, tout juste pour le travail de l’érup-
tion, après quoi il la fait retirer du combat, pour l’y faire revenir au besoin dans la fièvre de suppuration. Il en est enfin de même dans toutes les autres fièvres exantfiémaliques, la rougeole , la scarlatine, la varicèle , l’urtiaire , l’érysipèle, etc., comme si, en abondant même dans son système si merveilleux de l’irritation , considérée comme agent unique de tous les maux, la gastro- entérite possédait presque exclusivement l’élément de la fièvre. Il attribue à la gastroentérite jusqu’à la fièvre de lait, tandis que, par une inconséquence bien remarquable, il lui enlève cette puissance génératrice dans le choléra; cai’j ici, son action sympathique, au lieu d’exciter les mouyemens fébriles, ne s’exerce que pour paralyser le cœur et amener l’asphyxie. Enfin , il n’est pas jusqu’aux fièvres intermittentes qui ne soient des gastro-entérites inconstantes et capricieuses.
Voilà le système, interrogeons à présent les faits et, pour nous édifier, faisons ce qu’on appelle, en terme de palais, un recpllement. Qu’estce que la fièvre inflammatoire? Pour répondre maintenant avec précision à cette question, renfermons-nous dans les bornes de la stricte raison. A en juger par la cause qui lui donne naissance, et par les symptômes qui la caractérisent, cette fièvre est une réaction de la nature, qui se passe
principalement dans la circulation, et qui est évidemment l’effet de la présence d’un excès de liquides dans les vaisseaux , survenu à la suite d’une évacuation habituelle supprimée. Il est tout naturel de penser que l’économie animale, fati» guée par celte pléthore , réagisse pour s’en débarrasser, et cette réaction s’exprime à nos sens par les phénomènes fébriles. Il y a dans toute fièvre inflammatoire, lorsqu’elle se termine sans affection locale, force, jeunesse et vigueur chez le malade, pouls fort, plein, développé, chaleur halitueuse, oppression des forces; mais lorsqu’elle est simple , il n’y a point de symptômes gastriques , et si l’estomac n’appète pas les alimens, il n’y a pas non plus de soif, point de douleurs locales, si ce n’est un peu de céphalalgie gravative.
Cette fièvre se dessine trop bien par sa cause, ses phénomènes, et enfin, sa prompte terminaison par une hémorrhagie spontanée, des sueurs abondantes, des urines copieuses, ou des évacuations sanguines artificielles, pour qu’on puisse l’attribuer à d’autres causes qu’à une pléthore générale sans fluxion locale , et surtout pour qu’on l’attribue à la gastro-entérite.
Elle est, au reste, le type primitif de toutes les fièvres à leur début , et si elle se termine quelquefois de la manière que nous venons de dire.
c’est chez des jeunes gens dont les organes encoré vierges n’ont éprouvé aucun assaut par des écarts de régime, des excès d’intempérance ou des maladies antérieures, circonstances dont dépendent ce qu’on connaît sous le nom d’idiosyncrasies.
La maladie est alors connue sous le nom de courbature chez le vulgaire, et c’est l’expérience du succès obtenu par les sueurs chez les gens du peuple qui les décide à employer, au début de toutes leurs fièvres, des sudorifiques plus ou moins énergiques, qui les guérissent s’il n’y a point d’affections locales, et qui leur font, au contraire, beaucoup de mal quand déjà il s’est établi un courant fluxionnaire sur un organe important.
Ajoutez donc à la fièvre inflammatoire des fluxions locales consécutives et vous aurez toutes les phlegmasies possibles, dont la gastro-entérite sera sans doute la plus fréquente, et, peut-être, aussi la plus promptement déclarée, à cause de la tendance qu’a la nature à évacuer sur les surfaces muqueuses , entre autres sur celles qui sont le plus habituellement stimulées, les liquides accoutumés à s’échapper par d’autres couloirs qui^ par une cause quelconque , leur refusent passage.
Telle est véritablement l’origine d’un grand nombre de gastro-entérites que l’on peut considérer comme des affections secondaires de la fièvre inflammatoire, bien loin d’en être l’effet.
Ces gastro-entërites peuvent être accompagnëes de plusieurs autres fluxions sur d’autres organes, mais c’est à tort qu’on a recours pour en expliquer l’origine à l’action sympathique de ces affections qui en sont bien innocentes. Ces fluxions, soit concomitantes , soit ultérieures à l’apparition de la gastro-entérite, sont dues à la même cause qui a déterminé cette dernière , c’est-à-dire à l’agent qui a allumé la fièvre , aux efforts de la circulation sanguine, et, enfin, au mauvais état dans lequel se trouvent les organes fluxionnés.
Raisonner différemment , c’est prendre l’effet pour la cause, l’ombre pour le corps; c’est embrouiller la question la plus simple. La cause du premier mal produit le second de la même manière et, en quelque sorte, par le même mécanisme.
Les gastro-entérites, bien loin d’être toujours des maladies primitives , ne sont donc, le plus souvent, comme toutes les autres fluxions locales qui surviennent dans les fièvres, que symptomatiques et secondaires. La véritable cause qui les engendre n’est pas dans l’organe, c’est celle qui a allumé la fièvre, un liquide retenu qui devait être évacué, ou un agent nuisible qui s’est introduit dans l’économie.
Aussi remarquez que presque toutes les fièvres graves débutent de la même manière, le plus
souvent 4e médecin ne reconnaît que les symptômes fébriles à ses premières visites, et il attend presque toujours, avant de prononcer sur le caractère de la maladie, que la marche et la force de la fièvre, c’est-à-dire de la réaction, ait déterminé des fluxions locales; alors il dit gravement c’est une gastro-entérite , c’est une pleurésie, une pneumonie, suivant que les symptômes lui apprennent que c’est tel ou tel viscère qui est devenu le théâtre du courant fluxionnaire. C’est ainsi que des maladies, qui pourraient être, dès le principe, avortées ou amendées par des saignées générales faites à propos, deviennent des maladies graves, longues et plus ou moins dangereuses.
Voilà la fièvre inflammatoire, et j’appelle ainsi, sans exception , toutes celles qui débutent sans aucun symptôme d’aflection locale.
On voit par ce raisonnement, d’une simplicité exemplaire et d’une évidence palpable pour tous les esprits, que le docteur Broussais a été égaré par l’analogie des maladies externes, dont il a, mal à propos, confondu la marche et les phénomènes avec ceux des maladies internes. Les premières finissent par la fièvre, tandis que les autres commencent par elle. Ce qui doit établir une énorme différence entre l’origine des agens provocateurs de l’état fébrile dans l’un et l’autre cas.
Qu'est-ce que la fièvre gastrique ?
De même qu’il est des maladies dont les premiers et uniques phénomènes sont ceux de la fièvre, il en est aussi dans lesquelles raffeclio/i locale se dessine avant la fièvre. Un individu se sera exposé au froid , étant en sueur, aura éprouve une affection morale , surchargé son estomac d’aliraens irritans, de boissons alcooliques, stimulantes, etc.; il éprouvera aussitôt un sentiment de replétion dans l’estomac, la bouche deviendra amère, la langue se recouvrira d’un enduit Jaunâtre,il y aura dégoût pour lesalimens, nausées, et même votnissemens de matières muqueuses et amères. Voilà les signes d’une fluxion établie de prime abord sur le ventricule ; la peau devient sèche, la transpiration cutanée se fait alors par la surface muqueuse gastro-intestinale, et si tout l’appareil digestif participe à cet état, il y aura à la fois coliques et diarrhée.
Si,au contraire, la fluxion , au lieu d’avoir celte étendue est bornée à la tunique interne de l’estomac, c'est la saburre de Stoll, etc.; l’embarr.as gastrique de Pinel, ou embarras intestinal, si ce sont les intestins qui sont le principal .foyer du mal; ou, enfin, l’embarras gastro-intestinal, si l’affection qu’on peut appeler catarrhale est universelle.
Gel étal peut exister sans fièvre bien caractérisée., c’est ce que le docl-eur Broussais .appelle
ga^tro eritërile commençante, il y a là, dit-Il, une irritation qui peut dégénérer en phlegmasie si on ne lire pas vite du sang par l’application 'des sangsues au creux de l’est-omac.On lui oppose les succès bien plus prompts et presque constans 'de l’emploi des vomitifs; mais il objecte qu’alors, -si la maladie ne cède pas aux évacuans, une terrible gasti'o -entérite s’allumeet la maladie, de légère, devient des plus graves; et il explique tout ce désordre par l’irritation inflammatoire fixée sur la membrane muqueuse; 2° par l’action du remède qui a augmenté cette irritation. Voilà, dit-il, çomment ont lieu les fièvres gastriques et gastro-adynamiques ( putrides).
Cela a lieu, en e’ffetjpour les fièvres gastriques ■dans lesquelles il y a, ainsi que l’a dit Pinel, irritation permanente sur le canal intestinal.
D’après la manière de voir de l’école physiologique, l’embarras gastrique est toujours un commencement d’inflammation, soit une gastro-entérite commençante, delà, la proscription des vomitifs, dans toutes les clreonslances où les anciens les prodiguaient avec succès dans quatre cas sur cinq. Et vraisemblablement, dans ce dernier cas, les vomitifs ne manquaient leur effet que parce que la membrane muqueuse se trouve alors dans un état particulier de sur-excitation locale, comme cela a lieu chez les individus adonnés aux boissons
spirilueuses, à la bonne chère, ou noums ave(r des alimens de mauvaise qualité ou insuffisans. C’est alors que succèdent à l’embarras gastrique,, savoir : presque toujours chez les premiers, c’està-dire ceux adonnés à la bonne chère ou aux boissons spiritueuses, la fièvre gastrique ou bilieuse , soit la gastro-entérite membraneuse ; ou bien, chez les derniers, la fièvre muqueuse, soit la dothinentérite ou l’inflammation crypto-membraneuse, lesquelles peuvent bien être amendées ou amoindries par les émissions sanguines, locales ou générales, faites dans le principe, mais qui toujours, quoi qu’on fasse, même alors qu’on n’a pas administré de vomitifs, ont une marche plus ou moins régulière et une durée plus ou moins longue, suivant l’idiosyncrasie des sujets et indépendamment de tous les efforts de l’art. En sorte que, dans ces cas, le médecin physiologiste aussi bien que l’ontologiste sont toujours les ministres et jamais les maîtres de la nature , pour me servir de l’expression du père de la médecine, quoique les premiers prétendent le con-traire dans leurs livres. '
On ne peut donc raisonnablement reprocher aux vomitifs, administrés avec discernement, ces. fièvres longues et continues qui succèdent à leur usage , car la même chose arrive , et encore plus sûrement, lorsqu’on néglige leur emploi* J^r
défie les médecins physiologistes de soutenir le contraire. Depuis trente ans, placé à la tête d’un hôpital considérable, je n’ai négligé, dans la vue de ma propre instruction et l’intérêt de l’humanité, aucun de leurs conseils les plus préconisés, soit dans les salles civiles , soit dans les salles militaires, soit en ville, et j’ai constamment obtenu les menées résultats, c’est-à-dire que je n’ai pu échapper aux lois de la nature, si bien observées et si bien décrites parles onlologistes , et si bien consignées dans le code de la nosographie philosophique, ouvrage monumental et cependant tant décrié par l’école physiologique.
Au surplus, s’il faut que chacun charge sa besace, comme le dit le bon La Fontaine, l’école nouvelle ne peut se refuser d’assumer sur sa tête toutes les gastrites et entérites chroniques qui affligent , depuis quinze ou seize ans, la pauvre humanité d’une manière aussi étrange que multipliée; car, outre les reproches beaucoup plus graves qu’on pourrait lui adresser sur les résultats, souvent déplorables, de l’abus des médications anti-phlogistiques , il est bien reconnu que cette espèce de fléau date de l’époque où les coryphées de la doctrine ont crié haro contre les vomitifs, de manière à paralyser tout- à- fait l’emploi de ce moyeu , dont le plus grand nombre de médecins ont cru devoir s’abstenir, dans la crainte
d’être Iraitds d’ignorans ou d’assassins, dans le cas où le remède ne serait pas immédiatement suivi: de la guérison» Il est donc résulté de la privation de ce secours thérapeutique que, malgré les applications de sangsues, le plus grand nombredes embarras gastriques sont passés à l’état d’inflammation lente ou chronique; ce qui a changéla santé des hommes les plus vigoureux en un état cacochyme, qui les tient sous le joug le plus pénible de la diète lactée et des mucilagineux , état dont on ne peut les sortir qu’en combinant avec habileté les toniques et les adoucissans, soitdans les médicamens, soit dans le régime.
Voilà la gastrite ou la gastro-entérite vraieréduite à sa juste valeur, et encore il serait facile I de montrer qu’elle est plus souvent conséculivej que primitive.
Voyons maintenant la gastro-entérite adynaniique. J’ai dit plus haut que l’école physiologi- I que prétendait que lorsque l’inflammation de lar I gastro-entérite devenait très-intense, il se joignait aux phénomènes généraux de la maladie primitive, les symptômes d’adynamie, caractérisés par la prostration des forces, la stupeur, la fuliginosité de la langue et des dents, la fétiditédé l’haleine et des excrétions, etc.
Cette assertion est fondée sur ce que, lorsqu’on ouvre le corps des malades q^uL ont suc-
conibé à celte double affection , on trouve dans la membrane muqueuse des voies digestives, l’estomac et les intestins, des traces plus ou moins vives, plus ou moins étendues d’inflammation, lésion appartenant évidemment à la gastro-entérite; et comme on ne s’est pas donné la peine de porter plus loin les recherches, les médecins physiologistes ont dit : C’est l’intensité de la gastro-entérite qui a amené l’adynamie. Libre à eux d’examiner aussi siiperhciellement les choses et de tirer de cet examen les conséquences qui leur conviennent; mais permis aussi à l’observateur consciencieux de ne pas s’en rapporter à leurs corollaires, et de glaner sur leurs investigations; c’est ce que j’ai fait moi-même.
Disciple de l’école d’observation, au moment où tous les médecins y ont été appelés par la voix modeste et la plume éloquente de Pinel, j’ai commencé à observer sous les yeux de ce grand maître ; et , bientôt initié, j’avais passé plus de deux ans consécutifs à recueillir, en silence, dans les hôpitaux de Paris, k l’Hôtel-Dieu, avec Bichat , et à la Charité, avec Bayle et Laennec, mes amis et souvent mes collaborateurs, des observations dont le plus grand nombre était complété par les dissections cadavériques; et c’est au milieu de mes recherches que me surprit, dans les salles inférieures de la Charité, l’épidémie catar-
rhale de l’hiver' de l’an xi, dans laquelle les ouvertures des corps ne manquèrent pas, par suite de toutes les nuances variées imprimées aux maladies par la cause épidémique.
J’avais trouvé alors , en effet y des plaques rouges, plus ou moins étendues, avec épaississement dans la membrane muqueuse, soit dans l’estomac, soit dans les intestins grêles de ceux qui avaient succombé à la fièvre gastro-adynamique; j’avais, de plus, trouvé constamment des traces encore plus rouges dans les cas de fièvres muqueuses simples ou accompagnées d’adynamie, et, en outre, les glandulesdePeyer et les cryptes muqueux de Bruner, considérablement engorgés, avec des ulcères ronds, qui perçaient de part en part la membrane muqueuse, surtout vers la fin de l’iléum, ce qui n’était qu’une répétition de ce qui avait été si bien décrit par Rœderer et "Wagler, dans l’épidémie de Gœttingue; mais il ne me serait jamais venu à la pensée que ces lésions, que je n’ai jamais considérées que comme consécutives à la fièvre primitive, quoiqu’elles finissent ensuite par l'entretenir en la convertissant en symptomatique, pussent être accusées de l’adynamie, par les raisons que j’ai données plus haut.
J’avais compté souvent, durant ce travail , les Bayle ctlcsLaennec au nombre de mes collabo-
rateurs, et je leur avais fait voir toutes ces lésions que je considérais comme des effets de l’épidémie et surtout comme des preuves de la justesse et de la précision des observations de Rœdcrer et Wagler, ainsi que de la classification du professeur Pinel. Ces deux excellens observateurs partageaient entièrement mon avis; mais Prost, nouvel initié, que j’avais recruté pour travailler conjointement avec moi, et qui débutait dans l’étude médicale , y voyait lui-même les fondemens d’une révolution complète en médecine, et c’est pour en fournir les bases qu’il publia,en i8i4> deux volumes d’observations, ayant pour titre : la Médecine éclairée par les ouvertures de cadavres, ouvrage indigeste, qui est un vrai sepulcrum destiné à enterrer les fièvres essentielles, qu’on ne lit pas sans fruit, mais non plus sans fatigue, et où l’on peut puiser, suivant ses goûts pour les théories, toutes les données pour établir le système de l’école physiologique (i) ou, bien raieujt encore, de graves sujets
(i) Tout porte i croiré que , en effet, cette production d'uh écolier en médecine, qui n’a pas su mettre en œuvre les ma'ériaux qu’il avait sous sa main, a été le magasin qui a fourni les sujets de toutes les utopies de la doctrine physiologique.
On allait mettre cette feuille soüs presse lorsque j’ai lu, dans la Gazette médîcalè éà i8 avril, que le docteur Prost
de méditations, capables de nous retenir dans la ligne de l’observation ^ et de nous garantir d’échaiauder, sur les autopsies ou les lésions cadavériques, un système nouveau par lequel on voudrait
venait de succomber, avec le docteur Laugier, aux atteintes du choléra. Mon cœur s’est serré à cette triste nouvelle, et Je souvenir des sentimens qui nous ont unis comme condisciples et collaborateurs , me fait un devoir de lui donner ici un témoignage public de la douleur que m’a causée sa perte. A l’exception d’une imagination facile à exalter, Prost possédait toutes les qualités qui commandaient l’eslime et l’affection de ceux qui l’ont connu particulièrement. 11 lui a manqué , pour avoir fait un homme remarquable de son siècle, la culture non interrompue des sciences. Une fâcheuse lacune de sept à huit ans, pendant laquelle il avait embrassé le commerce, telle a été la cause du peu de parti qu’il a tiré de ses travaux et de ses fecherches, et dè la confusion qui règne dans toute la partie philosophique de ses écrits , où il existe cependant des pensées grandes et fécondes, dont l’avenir pourra tirer avantage. Voyez Za Philosophie de la nature^ dont je ne connais qu’un volume, où l’on trouve des idées extraordinaires, et qui ne sont pas sans quelque fondement, sur les différens êtres de là nature.
Cependant, d’après ma manière de voir, je déclare que cette mort m’a peu surpris. Ce médecin était doué d’une ardeur trop vive pour les recherches cadavériques, pour ne pas prévoir qu’il serait victime de son zèle; je l'avais même annoncé à plusieurs de mes amis. 11 est probable que , né croyant pas à la contagion, il aura négligé toutes mesures de précaution.
frapper d’interdiction et de nullité tout ce qui a été si péniblement élaboré par les plus grands hommes jusqu’à ce jour.
Moi aussi , en qualité de premier témoin peutêtre de ces désordres (car je possède en manuscrit plus de la moitié des observations de Prost, recueillies par moi en particulier ) , je me suis senti aiguillonné par le désir d’échafauder aussi quelque chose , mais des réflexions sérieuses m’ont bientôt arrêté, et je m’applaudis de n’avoir pas publié rhistoire de l’épidémie de l’an xi , dont j’avais donné le prospectus dans ma dissertation inaugurale, soutenue à Paris, en l’an xii (i), parce que j’aurais pu y avancer des propositions que je me verrais, peut-être, obligé de désavouer aujourd’hui ou de soutenir de mauvaise foi.
Dans tous les cas, je dois convenir ici que bien loin de considérer l’adynamie comme l'efiet de l’inflammation intense du tube alimentaire , je ne l’envisageais que comme un premier degré des fièvres dites nerveuses ou ataxiques, parce que j’avais souvent vu les symptômes adyna-
(i) Série de propositions sur l’épidémie catarrhale qui a régné à Paris durant l’hiver de J’an xi , dans laquelle j’attribue la mortalité de cette épidémie à l’état de discrédit dans lequel était tombée la saignée, singulièrement! négligée ou délaissée à cette époque*
iniques alterner avec les nerveux et que, lorsque ces derniers avaient été dominans , je retrouvais toujours des lésions plus ou moins marquées dans le cerveau ou ses membranes, sans, pour cela, regarder ces lésions comme la maladie elle-même, mais bien comme un effet de la maladie , effet elle-même de sa cause, qu’il ne faut jamais séparer de son histoire. Nous n’ouvrions point encore, à cette époque, la colonne vertébrale.
Désirant donc vérifier si les assertions du docteur Broussais étaient fondées, je ne négligeai aucune occasion de faire des recherches, et ma position m’eut bientôt mis dans le cas d’éclaircir ce point important de doctrine, qui me paraissait tout à-fait hasardé.
Voici, en conséquence, des faits sur lesquels je crois devoir appeler toute l’attention des médecins observateurs et des médecins physiologistes. Ils sont susceptibles, je pense, de dissiper tous les nuages qui pourraient encore obscurcir la vérité pour les premiers, et de diminuer de beaucoup la confiance des seconds dans les hypothèses du chef de la doctrine.
Première Observation. Dans le mois de mai 1816, on apporta dans la salle des fiévreux de l’hôpital civil de Grenoble un ancien négociant de cette ville, âgé de 58 à 60 ans. Par suite du peu de prospérité de son commerce , cet homme
avait vu sa position sociale changée, au point d’être obligé de réclamer les secours de l’art dans une maison oùâls sont consacrés à l’indigence et au malheur.
Cetinfoiitiné souffrait cruellement, depuis plusieurs jours, d’une ischurle complète, qui avait succédé à une dysurie dont il était atteint depuis plusieurs années. Le jour de son entrée, la vessie distendue par l’urine était douloureuse, proéminait au-dessus du pubis, s’étendant jusqu’à l’ombilic; ©w même temps, la langue était noire, l’haleine fétide, les forces prostrées, le pouls fréquent avait encore de la force et même de la dureté, la chaleur fébrile était sèche el âcre au toucher, la soif était d’autant plus vive que le malade n’osait plus la satisfaire de crainte d’augmenter la masse du liquide urinaires les traits de la face étaient grippés et décomposés, il y avait stupeur, somnolence, supination, lenteur dans les réponses, et, en un mot, tous les sjraplâmes adyuamiques , portés au dernier degré.
Tous les efforts pour pratiquer le cathétérisme, tentés déjà envain, dans son domicile , ayant été renouvelés sans succès, eu se détermina, pour soulager le malade, à pratiquer la ponction dans le Heu d’élection au-dejsus du pubis. Cette opération ayant évacué une énorme quantité d’urine d’un rouge foncé eft d’ufie odeur forteraefit
ammoniacale, nous nous attendions à un soulagement notable. Mais, au lieu de cela, le malade, plongé dans la stupeur et une profonde indifférence, ne manifesta aucun signe de contentement, ce qui nous fit redouter l’existence de la gangrène; le soir les symptômes adynamiques furent encore en s’aggravant, le malade se laissait toujours couler vers le pied de son lit, le pouls, quoique toujours soutenu , avait un peu baissé; mort dans la nuit, sur les 4 ou 5 heures du matin.
Nécropsie. L’ouverture de son corps, faite le lendemain, avec soin, en présence des élèves et de tous les chirurgiens en chef, professeurs de l’école secondaire, nous montra la prostate considérablement engorgée et endurcie, la membrane muqueuse de la vessie très-rouge et épaissie, sans néanmoins présenter aucun vestige de gangrène : ce qui nous surprit d’autant plus que nous étions fondés à attribuer les symptômes adynamiques qui avaient précédé la mort, à cette terminaison fâcheuse de l’inllammation de la vessie. Nous dirigeâmes alors, avec beaucoup de soins et d’attention , nos recherches du côté du tube alimentaire , à l’effet de reconnaître la gastroentérite intense signalée par le docteur Broussais comme la cauvse organique de l’adynamie. Mais toute. la membrane muqueuse, observée avec la
plus grande curiosité de détails par tous les assistans, dont plusieurs étaient partisans des aphorismes de la nouvelle école, n’ayant présenté que quelques injections insignifiantes dans la tunique interne de l’estomac, on s’accorda généralement à considérer cette adynamie comme l’effet de la violente inflammation de la vessie.
Quant à moi, qui soupçonnais avec raison, d’après les vraies connaissances physiologiques, que les lésions dans les mouvemens, leur affaiblissement, comme leur exaltation ne pouvaient provenir que d’un désordre survenu vers l’origine des nerfs, par conséquent, dans la moelle épinière, ou son voisinage, je revins poursuivre dans la journée, avec un de mes élèves, mes investigations en conséquence. Or, voici comment je procédai ( et ces détails ne sont pas sans intérêt pour faciliter aux autres les mêmes recherches et assurément aussi le même succès): je commençai par ouvrir le crâne que je détachai de la dure-mère, et aussitôt, sans pénétrer dans cette membrane, pour ne rien déranger dans l’organe encéphalique, je tournai le cadavre, la face, lap oitrine et le ventre contre la table sur laquelle il était placé, en mettant un morceau de bois cylindrique sous la partie antérieure du cou, de manière à faire pencher la tête d’un côté et le tronc de l’autre et à déterminer une légère convexité
à la partie postérieure de la colonne cervicale.
J’enlevai alors le plus que je pus des muscles qui recouvrent la partie postérieure de la colonne vertébrale et ensuite, avec un rachétome, la gouge et le maillet , je mis largement à découvert la moelle épinière à partir du trou occipital ou rachidien, jusqu’à l’entrée du sacrum, en conservant soigneusement, sans la léser, sa membrane commune, la dure-mère, qui n’est qu’un prolongement de celle de l’encéphale. Le cylindre rachidien étant donc mis bien à découvert, sans lui avoir fait éprouver la moindre atteinte par les instrumens, je l’explorai d’abord avec les doigts, et je reconnus une fluctuation manifeste, au point que je faisais fuir, d’une manière sensible à l’œil et plus encore au toucher, une colonne de liquide de bas en haut et de haut en bas, en comprimant légèrement et alternativemenb dans ces deux directions , avec mes doigts. Je fis ensuite une incision à la dure-mère, le plus près possible du trou occipital, où, par la position que j’avais donnée au cadavre , il y avait une distension bien favorable à l’objet de mes recherches; il s’en écoula aussitôt cinq ou six onces an moins, d’un liquide légèrement opalin , en ramenant de bas en haut tout celui qui était contenu dans le canal membraneux qui enveloppe la moelle épinière.
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Je relevai ensuite tout doueement la lêle, et il s’écoula aussitôt une nouvelle quantité de liquide par la même ouverture.
Cela fait, j’agrandis l’incision jusqu’au crâne, puis je disséquai la dure-mère de manière à la séparer de l’arachnoïde qui la tapisse intérieurement, ce que je, pus faire, à ma grande surprise, avec beaucoup de facilité à cause du peu d’adhérence qui unit Ces deux membranes en cet endroit, et il en résulta que l’arachno’ïde ainsi disséquée me présenta la forme d’un entonnoir dont la partie évasée remontait dans le crâne par le pourtour du trou occipital , tandis que la partie la plus étroite se continuait dans le cylindre membraneux du rachis. La position déclive de la tête me laissa aussi apercevoir une ouverture béante de près de trois lignes de diamètre, de forme à peu près triangulaire, formée, en avant, par une rainure du commencement de la moelle épinière; sur les côtés, par les bords inférieurs et arrondis des prolongemens cérébelleux; et en arrière, par le centre de la partie correspondante du cervelet. Ce trou, tapissé par l’arachno'ïde , était lisse, poli , sans aucun corps flottant; c’était l’ouverture inférieure du quatrième ventricule au moyen duquel les ventricules du cerveau me paraissaient devoir communiquer librement avec le canal rachidien.
Je ne me trompais pas, car un crin de cheval, ou une soie de porc, y fut introduit sans effort, presque par son propre poids, et pénétra, sans le moindre obstacle, dans le quatrième ventricule, l’aqueduc de Silviiis, le ventricule moyen et les latéraux. Ce que voyant, je relevai aussitôt la tête, de manière à mettre le trou occipital au niveau de l’axe de la colonne vertébrale et je disséquai ensuite, par tranche, le céVveau , jusqu’au corps calleux, puis je pénétrai dans les ventricules latéraux par des incisions circidaires, et ayant trouvé dans celui de droite le crin que j’avais d’abord introduit, j’en fis parvenir un second en le dirigeant un peu plus à gauche, dans le ventricule de ce côté, où il pénétra également sans effort, ce qui eut lieu par le soulèvement visible des bords frangés de la voûte à trois piliers et celui des plexus choroïdes; enfin, j’en dirigeai un troisième dans la ligne de la cloison des ventricules pour tâcher aussi de pénétrer entre ses -lames, mais; probablement à cause de l’élroi- - tesse du bord postérieur de cette cloison , je n’y pus parvenir, et je n'ai pas mieux réussi d’autres fois, sans que pour cela on doive y renoncer, si, en effet, comme tout porte à le croire, la cavité qui sépare cette cloison en deux feuillets communique avec les autres , et forme ainsi un cinquième ventricule.
En assüjeüissant les crins, on les suit adiiiirablement par la dissection i° dans la commissure antérieure; 2° dans le ventricule moyen; 3" dans la commissure postérieure; 4° dans l’aqueduc* de Silvius; 5° dans le quatrième ventricule, et enfin, jusqu’à la sortie de ce ventricule dans la cavité du canal membraneux rachidien dont je viens de parler.
Je fis cette découverte bien long-temps avant que M. Magendie se fût livré aux mêmes recherches, dans un autre objet que moi, et je n’ai pas •été peu satisfait lorsque , en lisant , dans la Re^ue médicale du mois de janvier 1827, un extrait de son mémoire sur le liquide qui se trouve dans le crâne et dans Vépine de l'homme et des ani^ maux mammifères t auquel il a donné le nom de céphalo-rachidien , j’ai vu ma découverte en quelque sorte sanctionnée par un aussi habile physiologiste,
L’arachnoïde dans tout le trajet de la moelle épinière, soit dans son feuillet qui tapisse celleci, soit dans celui qui tapisse le canal de la duremère , avait conservé toute sa transparence , excepté vers l’origine de la moelle, où elle était un peu épaissie et avait un aspect légèrement opalin. La pic-mère, au contraire , était trèsévidente , et ses vaisseaux étaient gorgés de sang, surtout dans les parties que les anatomistes ont
appelées ligamens dentelés. J’ai conclu de cettedissection , et je crois avec fondement, que c’était la pie-mère spinale qui était le principal théâtre de la méningite sub-aiguë ou de la fluxion qui détermine les phénomènes adynamiques.
Deuxième Observation. Une blanchisseuse âgée de 36 ans entra à la Charité dans le mois d’avril 1819. Après avoir reçu une pluie froide une partie de la journée, cinq ou six jours avant son entrée, elle s’était vue progressivement enfler, en même temps qu’une leucorrhée à laquelle elle était sujette, s’était supprimée.
Je reconnus dans cette affection une hydropisie active ou par pléthore, et je la fis aussitôt saigner du bras; je lui prescrivis en même temps pour boisson une tisane émolliente, émulsionnée et nitrée, plus des bains entiers. Ce traitement eut tout le succès qu’on pouvait en espérer, ei en. douze ou quinze jours la malade était entièrement désenflée, avait bon appétit, et elle allait sortir de l’hôpital , lorsque tout à coup , sans cause connue, je la trouvai, à ma visite du lendemain , avec les traits de la face affaissés, couchée en supination, les jambes et les cuisses dans la demi-flexion; il y avait en outre abattement des forces , stupeur et lenteur dans les réponses, somnolence , sécheresse et fuliginosité de la langue et des lèvres; peau chaude et sèche
pouls fréquent sans être déprimé. C’était une adynamie bien caractérisée.
Vu l’état d’épuisement de cette malade , je ne pus que recourir aux révulsifs, aux boissons adoucissantes, entremêlées de légers toniques, le sirop et l’extrait de quina. Mais les vésicatoires appliqués aux^jambes se gangrenèrent au bout de huit jours, la, malade succomba au dixième jour de cette rechute, en conservant toujours les symptômes adynamiques, qui ne firent que s’aggraver jusqu’à la mort. La soif fut presque nulle durant tout le cours de la maladie, et il y eut parfois des sueurs assez abondantes, qui ne procurèrent aucun soulagement. La nécropsie , faite avec le plus grand soin et la plus scrupuleuse impartialité, ne présenta absolument aucune trace de rougeur, ni même d’injection dans toute l’étendue de la membrane moqueuse gastro-intestinale ; mais le canal rachidien exploré et examiné , comme dans la précédente observation , me donna une répétition parfaite de la description que j’en ai donnée, et sur laquelle Je ne reviendrai pas. Cette observation est d’autant plus intéressante que les cas de l’adynamie simple sont assez rares, l’état adynamique étant le plus souvent une complication de la gastro-entérite, ce qui a été, sans doute, la cause de Terreur du chef de l’école physiologique.
Or, on doit nëcessairémenl conclure de ces deux observations, que la cause matérielle et organique de l’adynamie existe dans une compression de la moelle épinière et de l’origine des nerfs, opérée par un liquide qui y est accumulé^ en excès, et que ce liquide est le résultat d’une inflammation sub- aiguë dè la pie-mère et de l’arachnoïde, laquelle, se comportant commetoutes les autres membranes séreuses enflammées, sécrète dans ce cas une très-grande quantité de sérosité; et cette sérosité, emprisonnée ‘ dans un canal osseux qui résiste à son expension , doit nécessairement réagir, et comprimer la substance médullaiée elle-même ainsi que la pulpe cérébrale, en rèmontant dans les ventricules.
On pourrait donc définir, d’après celte lésion organique, l’adynamie un bydrothorachis actif,, qui a pour effet immédiat et nécessaire de déterminer une compression plus ou moins forte sur le cerveau , la moelle épinière et l’origine des I nerfs volontaires , d’enrayer ainsi l’innervation
Ide tous les muscles locomoteurs auxquels ces nerfs se distribuent, et de déterminer enfin cette- I sorte de paralysie commençante qui caractérise i l’adynamie.
Ainsi , la fièvre adynamique simple pourrait ^ être envisagée, de même que toutes les autres ni fièvres, comme une réaction de la nature contre
un principe nuisible existant dans le torrent de la circulation , et contre lequel elle fait effort à l’effet d’en débarrasser l’économie animale , avec ce caractère particulier que le principal courant fluxiounaire qui naît de cette réaction s’établit sur la pie-mère , réseau vasculaire qui alimente l’arachnoïde et y détermine une inflammation plus ou moins forte, à laquelle participe l’arachnoïde.
Cette inflammation de la séreuse de l’appareil nerveux est-elle modérée ou seulement sub-aiguë, il n’y a aucune douleur, l’exhalation est augmentée , la moelle et le cerveau comprimés, tous les phénomènes fébriles sont également modérés, à l’exception de ceux qui sont relatifs aux mouvemens et à l’innervation en général. La fluxion est-elle plus forte , alors les phénomènes fébriles sont plus intenses, il y a diminution de l’exhalation et, par suite, excitation , soubresaut des tendons, agitation, mouvemens convulsifs; et, suivant que la pulpe cérébrale participe elle-même à la fluxion fébrile , délire, phrénésie, etc. On trouve alors l’arachnoïde opaque, engorgée, infiltrée, avec des pseudo-membranes, et le liquide épanché est purulent (i).
(i) Dans l’adynamie exclusive, outre l’inflammation , c’est-à-dire l’engorgement de la pie-mère spinale à la base
• Ainsi s’expliquent ces fréquentes métaptoses de la fièvre ataxique avec l’adynamique, ces alternatives d’exaltation et de prostration et réciproquement', et la gastro-entérite, si elle existe concurremment avec cet état, ne doit être considérée que comme une flexion morbide de plus. Soit qu’elle ait précédé l’adynamie ou l’ataxie , soit qu’elle soit postérieure, elle n’exerce absolument qu’une très-faible influence sur l’état nerveux, dont les désordres, reçus directement de la cause morbide, n’ont pas besoin, pour être expliqués, du jeu imaginaire des sympathies que l’on attribue si gratuitement aux phlegmasies du tube intestinal. Car s’il était vrai , comme le prétend l’école physiologique , que le canal intestinal exerce une si grande influence sur le système nerveux que ses maux retentissent presque toujours sympathiquement sur ce système, je demanderais comment il se fait que dans le volvulus,la passion iliaque ( l’entéro-péritonife ) , la péritonite, la hernie étranglée, etc, qui sont des inflammations si violentes qu’elles se terminent
du cerveau et l’indammation sub-aiguë, fai trouvé , trèssouvent, la pulpe cérébrale elle-même dans un état d’inflammalion suppurante, avec ulcère et ramollissement, dans la protubérance cervicale et le commencement de la moelle épinière, surles éminences pyramidales et olivaires.
on
souvent par gangrène ou par suppuration, ne voit cependant jamais des lésions consécutives dans les fanctions du» système nerveux, si ce n’est dans l’acte de la perception de la douleur?
Rien ne prouve mieux, à mon avis, Terreur de Thypothèse des sympathies * imaginées pour faire plier la nature à l’arbitraire d'une opinion systématique, que cette remarque, d’autant plus concluante contre Tauteur de la doctrine, que je cite ici des faits chirurgicaux dans lesquels cependant il paraît avoir, puisé les premiers rudimens de son système, ainsi que je Tai dit plus haut (i).
L’adynamie est donc loin d’être- une gastroentérite intense, le raisonnement seul suffisait pour repousser une pareille doctrine, parce que, en effet, les nerfs frappés d'insensibilité et d’engourdissement dans Tadynamie ne prennent pas leur origine dans la tunique muqueuse du tube alimentaire, et qu’on ne voit pas trop non plus, à.supposer que cela fût ainsi, comment une membrane enflammée et excitée elle-même frapperait d’inertie les organes dans lesquels elle entrerait
(i) Je ne nie pas les sympathies pour cela, mais je les considère comme beaucoap plus rares qu’on né le pense; et -c’est évidemment abuser de la connaissance de ce phénomène que d’y recourir s^ns cesse pour expliquer les phénomènes ‘morbides les plus simples et les pl-us indépendans de cet acte physiologique.
comme partie constituante de ses tissus , ou qui lui seraient seulement subordonnés.
Mais la physiologie spéculative a tant de ressources contre tous les raisonneurs qui ne veulent pas la, croire* et la doctrine physiologique qui en découle est si forte de ses principes, qu’il fallait absolument que la nature intervint au procès, pour juger la question, faire triompher la physiologie légitime et la pathologie de l’observation* De ces i deux faits , auxquels j’en aurais pu ajouter vingt i de la même valeur, ce qui m’aurait entrainé I beaucoup trop loin , auxquels du reste tous les ob- ( servateurs de bonne foi sont appelés à ajouter le I produit de ceux qu’ils recueilleront ( et je leur \ annonce d’avance une moisson abondante), de \ ces deux faits, dis-je, concluons que la fièvre \ adynamique n’est pas une gastro-entérite intense, I mais bien une fièvre essentielle , comme la pluj part de celles qui commencent sans affection lo- 3 cale primitive, dans laquelle il s’établit une fluxion £ dans la pie-mère et de l’arachnoïde spinale ; que : cette fluxion a pour résultat une augmentation f dans la quantité de liquide exhalé habituellement c par la membrane séreuse, et^ par suite, la comc pression de la moelle épinière. et de l’origine des c nerfs , etc. ; que le phénomène de l’accroissement f de l’exhalation, est une conséquence de l’organi- ;* sation de cette dernièi’e membrane, organisation
qui lui est commune avec toutes les autres membranes séreuses, lesquelles présentent sans cesse le même spectacle à l’observation. Ainsi, la pleurésie, la péricardite, la péritonite, au degré d’inflammation aiguë ou sub-aiguë , de même que la tunique vaginale et les membranes synoviales des articulations , lorsqu’elles sont le théâtre de la même affection , présentent toutes le même caractère pathologique.
Il résulte de cette importante découverte que le traitement, tant antiphlogivStique que révulsif, à opposer à cette maladie doit être dirigé le long de la colonne vertébrale et à la base du crâne, dans le voisinage du tronc rachidien; qu’ainsi, au lieu d’appliquer les sangsues sur la peau de l’abdomen on en retirera plus de fruits en les appliquant le long de la colonne vertébrale. Il en' est de même des vésicans et des sinapismes; aussi est-ce maintenant la méthode que je suis et je n’ai eu qu’à m’en applaudir.
C’est précisément pour avoir été mauvais physiologiste que le chef de l’école médicale physiologique est tombé dans cette grave erreur, de prendre la gastro-entérite comme déterminant, dans ses degrés différens, toutes les nuances des fièvres essentielles. En faisant ou en lisant les nécropsies des fièvres adynamiques, il n’a vu que les traces d’inflammation de la membrane mu-
queuse gastro - intestinale , fluxions presque toujours secondaires de la fièvre primitive. Son esprit, facile à contenter, n’est pas allé au-delà de la portée de sa vue, et, sans plus de réflexion, il a conclu que la fièvre adynamique n’était qu’une gastro-entérite intense; que les fièvres muqueuses et gastriques n’étaient que des degrés inférieurs de cette même maladie; enfin, que l’embarras gastrique et la fièvre inflammatoire n’étaient euxmêmes que le tout premier degré de la même affection. Son imagination, ainsi égarée, ne s’est plus arrêtée, et, pour ne pas sortir du même cercle d’idées, il a affirmé que les fièvres typhodes, pestilentielles , jaune , choléra indien , voire même les fièvres intermittentes, n’étaient également que des gastro-entérites, dont il modifie les phénomènes au gré de sa volonté; et c’est sur de pareilles données, sur un terrain aussi mouvant, qu’il a échafaudé tout son système de pathologie , et que, par contre-coup, il a été forcé de se faire un système de physiologie (à son usage et à celui de son école), dans lequel il explique toutes les difficultés de sa théorie pathologique, en vertu des lois physiologiques qu’il impose lui-même à la nature ainsi qu’à ses lecteurs.
En voilà bien assez pour faire faire de sérieuses réflexions à ceux qui s’écartent de la route de l’observation pour s’enfoncer dans )e dédale
des spéculations systématiques , et pour les y faire rentrer.
Cette dissertation eût été, sans doute, mieux placée ailleurs. On ne la trouvera cependant pas tout-à-fait inopportune ici lorscju’on considérera que c’est dans l’école physiologique q»j’a pris racine le système des anti-contagîonistes, qui a exercé et qui exerce encore une si fatale influence relativement au choléra qui nous désole. Celte opinion est , en effet , la conséquence du rejet de la pathologie , des entités et des spécialités morbides, et je suis bien convaincu que si nous lussions tous restes ontologistes comme nos pères, nous n’eû serions pas réduits aujourd’hui à faire de vains efforts pour nous opposer aux ravages d’une contagion inexorable , qui répond, par des faits meurtriers, à toutes les spéculations de l’esprit de système.
Au surplus, je suis trop ami de la vérité , et ma critique est trop étrangère à tout esprit de passion pour quitter ce sujet sans rendre au chef de l’école physiologique une justice qui lui est réellement due, c’est celle qui est relative à l’influence que son système a exercé , surtout en France, sur la thérapeutique, bien qu’on en ait fait et qu’on continue à en faire un énorme abus. Je* vais développer cette proposition en peu de mots.
Lorsque le docteur Broussais est entré dans la
carrière médicale, et c’est à la même époque que je faisais aussi mes études à Paris, une nouvelle ère naissait pour la médecine. Le célèbre Bichat éclairait des feux de son génie et de ses découvertes le chemin de la vérité, sur lequel le laborieux et recommandable Pinel avait déjà placé de remarquables jalons. L’anatomie générale se .créait par le premier, et la nosogra[)hie philosophique avait déjà été tracée. Ces deux monumens n’étaient point , sans doute, destinés à renverser tous les fruits de l’expérience des siècles passés, mais ils devaient les éclairer et les rendre plus utiles, en affermissant la route de l’observation.
Mais à cette époque aussi, il faut en convenir, l’étude et la pratique de la médecine payaient largement leur tribut à l’esprit de système. Brown avait infesté de sa doctrine toute l’Europe, et tous ses partisans avaient déclaré une guerre acharnée
i à la saignée, pendant que Stoll s’était évertué à préconiser les avantages des vomitifs et des évacuans. Des écoles, l’antipathie contre la saignée avait passé dans la société, et Lesage, dans son « , roman de Gilbias de Sautillant ^ lui avait porté y le dernier coup avec les armes du ridicule. Cela » était venu à un tel point, dans la capitale, que les médecins qui employaient la saignée étaient 4 j accablés de déconsidération et ne jouissaient plus
d’aucune confiance , témoin le recommandable docteur Bosquillon, qu’on n’appelait plus alors que le docteur , et auquel on ne tenait
aucun compte ni de ses talens ni de ses succès, parce qu’il en était redevable à l’emploi rationnel des évacuations sanguines.
Pinel, à l’exception de certains cas de pblegmasie des membranes muqueuses et séreuses , dans lesquelles il conseillait des applications locales de sangsues , avait aussi payé ce tribut à son siècle, de manière que, généralement, on pouvait dire qu’un des plus grands moyens de la thérapeutique avait été proscrit et banni de l’exercice de la médecine. Les médecins seuls qui s’étaient livrés aux recherches cadavériques, qui leur avaient révélé de quelle manière les maladies tuent, faisaient exception à cette règle.
C’est au milieu de ces remarquables circonstances que le docteur Broussais s’avance et crie : Les maladies sont des irritations et des inflammations locales, il faut appliquer des sangsues sur les points irrités et boire de l’eau gommée, se priver de bouillons, de viandes, se garder des .vomitifs et des purgatifs. Et, bien que la théorie sur laquelle ces conseils étaient fondés ne fût pas exacte et trop exclusive , cette nouvelle thérapeutique fit éclater de prompts et de nombreux succès. Ce n’était pourtant que le retour à la vraie
médecine d’observation telle que nous l’avaient léguée tous les siècles passés.
Ce salutaire retour aux émissions sanguines, proclamé par une voix forte et éloquente, qui étayait ses préceptes d’une théorie spécieuse et à portée de toutes les intelligences, eut lieu en même temps sur toute la surface de la France, et produisit, on ne peut en douter, les plus heureux résultats. Tels sont les services réels rendus à l’humanité par l’école physiologique ! Ces services, au surplus, n’ont été, en quelque sorte, qu’une anticipation faite sur la marche progressive que la culture de l’observation venait d’imprimer à la médecine; et lorsqu’on n’est pas resté étranger à cette marche, et surtout à l’étude et à l’observation des constitutions médicales qui rognent depuis quinze ou vingt ans en France, on est bien convaincu que , sans être appuyé d’aucun système, la méthode antiphlogistique ne pouvait manquer de reprendre bientôt tonte sa faveur.
Mais ces succès qui sont indépendans de toute théorie et auxquels tous les médecins de bonne foi et amis de l’humanité applaudissent , ont aussi leurs bornes, et il est du devoir de ceux-ci de réprimer les abus multipliés que l’on fait d’un moyen précieux , en en appuyant les indications ' rationnelles sur une théorie fausse et erronée.
Voilà, Je pense, une digression bien assez Ion-
gue à l’occasion de la doctrine physiologique en général. Le lecteur attentif et impartial me la pardonnera, sans doute, en considération de l’intérêt sérieux qui y est répandu, et qui ne pouvait pas paraître dans un moment plus opportun que celui-ci, où, ainsi que je l’ai dit, la doctrine physiologique , après avoir fourvoyé tous les esprits par ses théories spéculatives, relativement à la nature contagieuse du choléra , continue à exercer la plus fâcheuse influence sur les mesures q^u’il y a à prendre contre cette contagion.
Je rentre maintenant dans mon sujet, pour lequel j’ai encore grand besoin de toute l’attention et de tout l’intérêt du lecteur.
J’ai cru devoir consacrer, jusqu’à présent, tous mes efforts pour le mettre en état de juger par luhmême l’importante question de la contagion, en lui fournissant tons les documeus dont la connaissance place nécessairement l’anti-contagioniste au milieu de la situation la plus embarrassante, puisqu’il ne lui est pas possible de s’en tirer sans avoir recours aux armes de la mauvaise foi et même de l’absurdité. Il me reste, cependant, une dernière tâche à remplir pour que rien ne manque à sa couviction , c’est celle du fait envisagé en lui-même d’après la connaissance de ses actes.
Or, si, après avoir étudié philosophiquement le
choléra indien , avec les lumières de la physique, de la chimie, de la météorologie, et surtout avec celles de l’observation médicale, dégagée de toute prévention, on est forcé de conclure que cette maladie est essentiellement contagieuse , et rien que contagieuse; que c’est un poison subtil transmissible d’un individu malade aux individus sains; que ce diagnostic résulte, i° en procédant par voie d’exclusion, de ce quelle ne peut se rapporter, dans nos climats, aux affections sporadiques, épidémiques et endémiques, pas plus qu’à la classe des maladies excrétogénées , c’està-dire produites par un agent physique, qui troublerait le cours des sécrétions normales qui entretiennent l’équilibre dans la statique et la santé du corps; a® en procédant par voie d’analyse, de ce qu’elle est une maladie spécifique , sui generis y qui ne peut être comparée à aucune autre affection connue, ni par ses phénomènes ni par les lésions' observées sur le cadavre ; o** qu’enfin elle se comporte, dans sa production , dans sa progression., dans sa transmission , absolument comme toutes les autres maladies spéciales, reconnues pour contagieuses, telles que la petite vérole, la rougeole, etc., en conservant toujours son cachet natif et original dans tous les climats et chez tous les individus , sans qu’on puisse rien induire, quant au fond, des variétés
qu-oii observe quelquefois clans la forme des phénomènes, qui ne dépendent évidemment , ainsi que cela sera démontré plus bas en parlant du traitement, que des degrés de l’afFection , de la dose plus ou moins considérable de poison introduit, et surtout de la constitution individuelle du sujet qui en subit l’action; si, dis-je, de ces considérations philosophiques , nous passons au fait envisagé en lui-même, isolément, et abstraction faite de toutesles lumières que répand la science sur ce fait, nous serons bien encore plus convaincus de l’existence de la contagion.
Le temps et l’espace me manquent pour cumuler ici toutes les preuves de ce genre. Elles sont, au reste , faciles à acquérir ; on les trouve consignées dans tous les écrivains de bonne foi qui se sont occupés de cette épidémie, et surtout de sa marche extensible, à partir de son berceau jusqu’à nous; entre autres, dans le remarquable Rapport au conseil supérieur de santé ^ sur le choléra-morbus pestilentiel, du savant M. Moreau de donnés (i) , et l’ouvrage, sur le même sujet.
(0 Rapport au conseil supérieur de santé, sur le cho~ léra-morbus pestilentiel, par Alexandre Moreau de donnés, membre et rapporteur du conseil, avec une carte où sont tracées les routes de ce cruel voyageur. A Paris , chez l’auteur, place Vendôme, et chez tous les libraires de France.
de l’illustre et infatigable docteur Delpech (2).
Déjà, j’avais élaboré longuement ce travail', avec le secours de ces deux auteurs, pour me borner aux notions les plus capitales, lorsque, en lisant le Constitutionnel du 3o avril , ’.je l’ai trouvé tout fait , beaucoup mieux que je ne l’aurais'présenté moi-même; or, comme la vérité est une, de quelque côté qu’elle vienne; que les faits ont d’autant plus de valeur qu’ils ont été recueillfs en dehors de l'influence d’un esprit prévenu en faveur d’une opinion pour laquelle il milite, j’ai cru ne pouvoir mieux faire, dans l’intérêt de la cause que je défends, que de transcrire ici ce fragment remarquable, consigné dans les colonnes d’un journal. Le voici textuellement; je n’aurai plus qu’à y ajouter quelques réflexions et les preuves à l’appui, puisées dans les deux auteurs que je viens de mentionner.
(2) Voyez "Etude du choléra-morbus en Angleterre et en Ecosse, pendant les mois de janvier et de février i852 , par le docteur Delpech. A Paris, chez Baillère, libraire dè PAcadémie royale de médecine, et chez tous les libraire».
Le cholérd'Tnorbus ^ son origine, sa marche et ses progrès; sa transmission et ses effets dans les diverses contrées qu'il a parcourues depuis son apparition dans l'Inde, jusqu'à son invasion en France,
« C’e&t de faits et non de systèmes qu’il s’agit dans cet article. Ces faits, consignés dans un Mé^ moire historique de M. Monthrion, publié par l’Académie agricole, manufacturière et commerciale , dans le journal de ses travaux, nous les avons classés d’après leur analogie et selon leur succession, sans prétendre en tirer aucune induction même éloignée, car, dans ce grand nombre de faits remarquables, il n’en est pas un seul auquel un fait contraire ne puisse être opposé. »
On répondra tout-à-l’heure aux faits contraires, et on en fera justice.
Antiquité du choléra. Le savant Monlbrion fait remonter fort haut dans l'antiquité ce fléau de l’âge présent. U croit le reconnaître dans l’épidémie qui fit périr 70,000 sujets du roi David , depuis Dan jusqu’à Ber-Sabée; il en retrouve les traces dans l’historien Josephe, dans les œuvres d'Hippocrate et d’Arétée de Cappadoce, et dit que c’est de cette maladie qu’en l’an 177 mourut,
dans la ville de Selinces, l’empereur Trajan. La grande mortalité^ la mort noire ^ la peste noire ^ qui dépeupla les trois parties du monde et fît périr près du tiers des hommes vivans vers le milieu du quatorzième siècle, paraît être l’épidémie nommée aujourd’hui le choléra asiatique : le docteur Broussais trouve cette opinion probable. »
- Je partage entièrement l’opinion de l’auteur ( i }»
(i) Tel est aussi l’avis de mon honorable confrère et ami le docteur Robert , médecin du lazaret de Marseille , dont les lumières, le zèle philanthropique, la vie laborieuse et les grands talens dans la culture de l’observation peuvent être, à Juste titre, invoqués comme une puissante autorité en matière contagieuse. Le lecteur ne sera, sans doute, pas fâché de trouver ici, transcrit littéralement, ce que dit cet homme recommandable sur ce sujet important , dans une brochure pleine d’intérét, qui a paru en i83t , et ayant pour titre : Lettre sur le choléra -morbu s de l'Inde^ importé à Moscou^ et son analogie avec la contagion connue sous le nom de peste noire qui , partie de la Chine au milieu du i4* siècle , vint ravager V Europe pendant dix-sept ans. Je n’ai pas besoin de dire que le docteur est doué d'un trop bon esprit et , d’ailleurs , observateur trop expérimenté pour ne pas être franchement contagioniste.
Analogie du choléra-morbus de V Inde avec la fameuse peste noire du 14® siècle,
4, C’est dans l’histoire que J'ai puisé tous les documeus'
« Origine du choléra. Le Delta du Gange semble être le berceau du choléra- luorbus; c’est de là qu’il est sorti aux i4® et 19® siècles pour se
qui ëtablissent cette analogie , en attendant que les médecins qui doivent aller étudier la maladie sur le théâtre de ses ravages puissent nous en démontrer l'identité. Je ne vais être ici que le faible narrateur des faits rapportés par Inarius, les deux frères Villani et Doccace, témoins oculaires de la contagion qui, dans le court espace de quatre mois, enleva à Florence cent mille de ses babitans. C’est cette maladie qui promena ses fureurs dans tout le monde connu , et à laquelle on donna le surnom de peste noire. « Elle partit , nous dit Papon , du royaume de Catay, au » nord de la Chine, en 1346; se glissa dans l’Inde, par- » courut la Turquie d’Asie et d’Europe, pénétra en Egypte « et dans une des parties de l’Afrique, fut portée en Sicile » par des vaisseaux venant du Levant , en i54y ; de là elle » passa , par le même moyen, à Pise et à Gênes; infecta, » en 1348, toute 1 Italie , excepté Milan, le pays des Gri- » sons et d’autres contrées voisines des Alpes, où elle fit » peu de ravages ; franchit ces montagnes la même année, » désola laSavoie, la Bourgogne, le Dauphiné, la Provence, » le Languedoc; pénétra en Catalogne, dans le royaume de » Grenade et de Castille, et parcourut presque toute l’Es- » pagne. Elle ravagea, en i349, l’Angleterre, l’Irlande et » la Flandre, à l’exception du Brabant, où elle fit peu de » mal ; poita, en i35o , ses fureurs en Allemagne, dans la » Hongrie, le Danemarck et dans presque tout le nord de M l’Europe , d’où elle revint , pour ainsi dire , sur ses pas, » dévasta la partie de la France qu’elle avait laissée in- » tacte, désola de nouveau, en i56i, celle qu’elle avait déjà
répandre sur le reste de la terre; c’est aux sources du Gange qu’il fit périr, en moins de huit jours, 20,000 personnes en 1788; on en trouve la des-
» attaquée, retomba sur l’Italie , qu’elle dépeupla, et finit » en i563, après avoir emporté, s’il faut en croire Villani » et d’autres historiens, les quatre cinquièmes des habi- » tans de l'Europe. » Mézeray nous peint encore en traits plus décbirans cette calamiteuse époque. «< Durant ces » temps, les hommes étaient tourmentés de tous les fléaux » du ciel. Un tremblement de terre universel , même en » France et dans les pays septentrionaux, renversait les » villes tout entières , déracinait les arbres et les monta- » gnes, et remplissait les campagnes d’abîmes si pro- » fonds, qu’il semblait que l’enfer eût voulu engloutir le » genre humain. Celte disgrâce n'était pas si grande et ne » fit pas d’effets si funestes que ceux que produisit la peste » qui dépeupla la face de la terre de plus de moitié de » ses habitans. » Mézeray rapporte aussi son origine au royaume de Catay. C’est à cette époque désastreuse et si propre à exalter les imaginations, que s’établit en Hongrie , et se répandit ensuite dans toute l’Allemagne , la confrérie des Flagellans, hommes qui, poussés par un esprit de pénitence, parcouraient les rues pieds nus, tenant chacun une croix à la main gauche et des disciplines de la droite, dont ils se déchiraient le corps, en criant ; Miséricorde ^ Seigneur ! C’est la même épidémie qui fit cent vingt mille victimes à Avignon ou dans le comtat venaissin, au nombre desquelles Pétrarque eut à pleurer la belle Laure et à couvrir sa tombe de fleurs.
» D après ce que je viens de dire de l’invasion progressive de la peste noire et de son origine, on voit que l’une
cription dans une langue qui ne se parle plus, mais qui n’appartient qu’aux Indes orientales, dans le sanscrit.
» Marche du, choléra. Depuis sa réapparition dans le Delta du Gange, le choléra s’est avancé d’orient en occident; mais en même temps il s’est porté à l’est dans la Cochinchine, le Tonquin et la Chine; au midi, dans les îles de Ceylan , de Java, dans lesMoluques, et s’est étendu, en descendant vers l’Afrique, jusqu’aux îles de France et de Bourbon. On l’a vu, longeant les côtes, passer de celle de Coromandel à celle de Malabar, de Bombay à Surate, de Surate à Mascale, et s’introduire en même temps dans la Perse et
et l’autre se rapportent exactement au choléra-morbus actuel; mais la similitude sera encore bien plus frappante si l’on compare leurs symptômes. Dans l’ancienne épidémie, « l’estomac était bouleversé par des vomissemens » perpétuels, les déjections alvines étaient noires, jaunes » et cendrées, et aussi copieuses que dans la lienterie, V' elles étaient puantes. Les urines étaient noires ou rouges, » et bien souvent supprimées; l’haleine frappait l’odorat » par sa fétidité ; les jours funestes étaient le premier ou » le second, le troisième ou le cinquième, enfin, le » septième. » Que voll-on de moins dans la maladie de Moscou? La seule différence qui les distingue dans leur itinéraire, c’est que la peste du i4® siècle envahit l’Europe par le midi , et que celle du 19® la menace par le nord. »
dans l’Arabie » après avoir parcouru les sinuosités du golfe Persique.
» Les fleuves semblent lui servir de conducteurs; mais tandis que d’un côté il les descend, de I l’autre il les remonte, ou suit, à la même époque, i dans deux directions dififérentes, deux fleuves ' qui se dirigent vers des points opposés. Ainsi, tandis que, remontant le Volga, l’épidémie se portait au nord vers Moscou , elle descendait le Don et s’avançait au midi, par la mer d'Azof, vers les côtes de la mer Noire. Quelquefois, circonscrite et stationnaire, elle demeure dans l’espace étroit où elle s’est manifestée. Ainsi, en 1783, après avoir moissonné une grande partie des pèlerins, entassés près d’Hurdwar, aux sources du Gange, elle s’y éteignit et ne parvint pas I jusqu’au village de Feuvallapare , qui n’en est j qu’à une distance de sept milles : l’épidémie finit I avec le pèlerinage. Ainsi cette maladie qui, en I moins d’une demi-semaine , sur mille artilleurs
Iqiie commandait le colonel Pearse, en fit périr 700, cessa au bout de six jours par le changement de station et ne reparut plus. Ainsi, en 1 790, i{ le choléra s’étant déclaré pamii les troupes que d commandait le colonel Cockerel, disparut aussii tôt que ces troupes eurent changé de cantonue-
i ment.
» Mais le caractère le plus général du choléra-
niorbus est la progression et le déplacement ; dans l’Inde ordinairement il s’avançait de i5 à i8 milles par jour. Du Delta du Gange, où il parut aa commencement de 1817, il atteignait, dès le mois d’août de la même année , la ville de Jessore, à cent milles au nord-est de Calcutta.
» En 1818, il avait envahi un territoire de 5oo milles de long, depuis l’embouchure du Gange jusqu’à son confluent avec la Djumna, la côte de Coromandel , Ceylan et Bombay. En 1819, l’épidémie fut reconnue aux îles de France et de Bourbon ; elle ravagea la presqu’île au-delà du Gange, et l’île de Java. En 1820 , elle pénétra dans le Tonquin , la Cochinchine etla Chine, où elle entra par Canton. En 1821 , elle reparut dans l’île de Java, et se montra dans la Perse , à Bassora sur l’Euphrate, à Bagdad, à Schiras , à Téhéran et sous les murs d’Ispahan. En 1822 , elle se répandit au nord de Téhéran , et dans la Syrie, à Mosul, Biry, Alep, et dans la Turquie d’Asie. En 1828, elle fut, pour la première fois, reconnue à Amboine , une des Moluques, tandis que, continuant sa marche vers l’ouest, elle se déclarait à Orfou, Diarbekr, Antioche, Bakou et Astracan.
» Il paraît qu’en 1 824 et 1 828 le choléra s’étendit vers la Mongolie et dans les provinces de l’Asie centrale dépendantes de la Chine. En
i8û6 et 1827, il suivait à l’extérieur la grande muraille, et se manifestait dans la ville de Kou- Kou-Cholou, qui en est à la distance de 100 verstes. Les progrès et la marche du choléra en Asie, pendant les années 1828 et 1829, ne sont pas connus. En i83o, il attaqua l’empire russe de plusieurs côtés à la fois, par la Nouvelle-Russie, par la Sibérie, par la Géorgie. Au mois de juin , il était k Aslracan , à Gourieff ; au mois d’août, à Saratoff; au mois de septembre, à Rostolf ; sur le Don, à Pensa, à Tiflis, à Moscou, et dans les gouvernemens de Simbirsk et de Nischnei-Novogorod. En i83i, les pèlerins de Syrie le portèrent à la Mecque, d’où il passa en Egypte. Il y exerçait ses plus grandes fureurs aux mois de septembre et d’octobre. Dans la même année, en juin et juillet, il désolait Saint-Pétersbourg. Dès le mois de mai, les armées russes l’avaient introduit en Pologne, sur la route de Posen à Varsovie; il était à Riga, à Revel, à Mittau. Dans la même année, il a pénétré en Prusse par Dantzick, par Kœnigsberg, par Posen ; il était au mois d’août à Kustrin et à Berlin ; au mois de septembre , à Francfort-sur-l’Oder, Breslau, Stettin et Magdebourg. Dans le cours de la même année, la Silésie , la Gallicie , la Hongrie , la Bulgarie, la Moldavie, la Valacbie, l’Autriche, la Bohême, la Saxe, ont subi l’invasion du choléra, ainsi que
Hambourg, cVoù, vers la fin d'octobre, il passa à Sunderlaud; il est à Londres depuis le mois de février i832, et à Paris depuis le 22 mars.
Transmission, Le choléra a été porté du Volga au Don par des voyageurs; à Orenbourg, sur les frontières de la Sibérie , par la caravane et les commereans qui, chaque année, y viennent de la Chine; dans la Podolie, la Volhynie et la Pologne par les armées russes ; dans la Livonie , par des barques qui descendirent la Duna jusqu’à son embouchure; à Miltau et Revel , par des personnes qui fuyaient Riga; en Prusse, par un convoi, parti d’un port russe, qui vint mouiller à Dantziek ; de Dantzick, il s’est répandu dans le reste de l’Allemagne, d’où il est passé en Angleterre sur des navires venant de Hambourg (i).
» (Quarantaines. Une quarantaine, ayant été établie sur la route de Moscou à Saint-Pétersbourg, l’épidémie n'a pas passé par cette route; c’est par celle de Saraloff où il n’y avait pas de quarantaine, qu’elle a pénétré d'ans la nouvelle capitale de la Russie. Weisclau, quoique située
(1) Le professeur Delpech pense que le choléra est arrivé à Sunderland de Riga et Cronsladt, par des navires qui ont apporté des lits de plumes, dont quelques-uns avaient probablement servi à des cholériques. Voyez plus bas.
à quelques milles de Riga , a élé préservée de la contagion par un isolement complet. A Berlin , l’isolement d’un grand nombre d’ëtablissemens les a garantis de l’atteinte du choléra , dans l’hôpital des Enfans-Trouvés aucun cas ne s’est manifesté. Quoique dans le voisinage du choléra, la Silésie en a été long- temps préservée par les cordons établis sur la frontière polonaise : l’isolement complet a parfaitement réussi à plusieurs villes et villages de la Gallicie*, et même au foyer de l’épidémie, à Lemberg, où comme cela est dit plus haut, il y a eu i malade sur 9 habitans, et i mort sur i3, la princesse Lobkowitz a sauvé toute sa famille et ses gens par une séquestration entière.
» Contagion. A Bude , les voituriers et les fossoyeurs ont succombé presque tous, et l’autorité a été obligée de les remplacer par des hommes condamnés pour délits. Les divers membres d'une même famille ont souvent été atteints; dans les maisons où un cas de choléra s’est mafesté, d’autres cas se manifestent très-souvent; sur 770 malades, ces cas nouveaux ont été observés 16 1 fois : 65 fois après l’intervalle d'un jour, 34 fois après l’intervalle de 2 jours, 23 fois après 3 jours, 16 fois après 4 jours, ii fois après 5 jours, 7 fois après 6 jours, 3 fois après 7 jours et 2 fois après 8 jours. A Vienne, 4 médecins
sont morts du choléra, et à l’hôpital du faubourg Rosseau, le desservant , l’inspecteur, un infirmier, trois manœuvres, le portier, sa femme et sa fille ont été mala tes. Cependant presque partout ailleurs les médecins et les personnes qui donnent des soins manuels aux cholériques ont été épargnés. Sur deux cents médecins et chirurgiens exerçant à Bude et à Pest, un seul a succombé. Des nourrices atteintes du choléra ne l’ont point communiqué à leurs nourrissons. »
11 résulte de ce tableau delà marche rapide du choléra, à partir de son berceau jusqu’en Angleterre, qu’il a suivi constamment les grandes routes les plus fréquentées communiquant des contrées envahies avec celles infectées, quand il a voyagé par terre ; et qu’il en a été de même lorsqu’il a voyagé par mer. Son importation, soit avec les marchandises , soit à dos d’hommes , n’a jamais fait question dans toutes les villes qu’il a ravagées, et il a fallu, chose étrange! qu’il parvînt au milieu des nations les plus civilisées et les plus éclairées pour qu’on lui déniât son caractère contagieux, dont la connaissance, en nous imposant l’obligation de nous mettre sur la défensive, pouvait seule nous mettre à l’abri de ses atteintes.
Cette vérité avait d’ailleurs été portée au dernier degré de l’évidence par M. Moreau de Jonnès, dans son Rapport au conseil supérieur de santé
sur le choléra-morhus pestilentiel fOXXW'dL^Q dans lequel on trouve les documens les plus intéressans, les plus lumineux, en même temps que les plus officiels et les plus authentiques sur la propagation de ce fléau, et dont, malgré mon désir d’abréger, je ne puis encore me dispenser d’extraire ici les passages les plus victorieux pour la démonstration de la contagion.
Après avoir examiné avec une profonde sagacité et la plus franche bonne foi toutes les causes qui, dans certains cas de la propagation de la maladie , peuvent porter de l’incertitude ou de l’obscurité sur son véritable caractère contagieux, et les avoir reconnues dans une foule de circonstances toutes plus ou moins probables, auxquelles il aurait pu ajouter la mort des premières victimes importatrices du germe , avant d’avoir eu le temps ou l’occasion d’en faire la révélation , la négligence ou la légèreté des observateurs, qui, ou ne s’occupent pas de remonter aux antécédens pour s’éclairer sur l’origine de la maladie, ou tirent des inductions trop précipitées des faits dont ils ont pu être témoins , savoir : le défaut ou l’exemption de la transmission du mal à beaucoup d’individus qui se sont exposés à l’action de la contagion, sans rechercher auparavant quelle a pu être la cause de cette anomalie ou de cette exception, voici dans quels termes
s’exprime, sur ce sujet délicat, le savant rapporteur:
« Pour atteindre la vérité dans la recherche des circonstances qui favorisent ou empêchent la propagation des principes contagieux » ( lorsque ces principes ne sont pas visibles et appréciables par nos sens, comme dans la petite vérole , la rage, etc. ), « il faut se résoudre à les trouver ailleui's que parmi les transactions importantes de la vie; il faut reconnaître que le terme de nos destinées dépend, dans ce cas comme dans beaucoup d’autres, d’occurrences fugitives, accidentelles et presque inaperçues »
Puis il ajoute :
«I C’est dans un autre ordre de transactions que nous rechercherons les témoignages qui prouvent que le choléra oriental est bien certainement contagieux. Ces transactions sont des faits historiques notoires , constatés par des documens publics, officiels, dressés en présence de populations entières , et dont l’exactitude rigoureuse n’a jamais été contestée.
» Ces transactions établissent que le choléra est importé et transmis d’un pays ou d’un lieu à un autre :
5» 1° Par les communications maritimes;
» 2® Par les caravanes;
» 3° Par les corps d’armées ;
« 4° troupes de pèlerins et de fuyards ;
» 5** Par les individus isolés.
» D’où il suit qu’il ne diffère nullement de la peste » (et il aurait pu ajouter, de la petite vérole, de la rougeole, etc.) « par son mode de propagation.
1° Importation par les communications maritimes,
«* C’est ainsi qu’il a été importé:
» 1° A l’île de France, par la frégate anglaise la Topaze y venant de Calcuta, en 1819.
» 2° A l’île de Bourbon, par un débarquement de Nègres de traite, venant de l’île de France, l’année suivante, et c’est ainsi qu’il s’est propagé dans un grand nombre d’îles et de villes d’outremer.
» 3° Dans l’île de Bombay, au mois d’août 1818, par les bateaux qui traversent journellement le canal de sept lieues de large, qui sépare cette île de la terre ferme, où la maladie régnait avec une grande violence, surtout au village de Panwell , lieu de débarquement des passagers.
» 4° l’île de Ceylan, en janvier 1819, par les communications de Colombo et de Jaffnapatam avec Palamcottah, ville située de l’autre côté du détroit, à l’extrémité de la presqu’île de
l*inde , que ravageait alors le choléra pestilentiel. Il fut en outre importé à Trinqueraale , dans la même île, par le vaisseau amiral le Léander^ venant de Pondichéry^
♦> 5° A Tîle de Sumatra, en i8ig, par les nombreuses embarcations qui traversaient le détroit de Malacca, et en apportèrent la maladie dans le port d’Achem.
5> 6° Dans fîle de Penang et à Singapore, en 1819, par les navires venant de Malacca.
» 7° A Bankok , capitale du royaume de Siam , en 1820, par les hâtimens de commerce venant de rinde britannique et remontant le fleuve jusqu’à cette ville, dont 40 mille habitans périrent;
» 8“ A Canton , en 1 820 , et à Macao , en 1 828 , par les meme voies , d’où la maladie se répandit ensuite dans l’empire chinois.
» 9° A Java , en 1821 , où il enleva 102 mille personnes , par les jonques qui commercent avec Samarang.
10° A Manille, en 1820, par des navires provenant des lieux infectés ; la maladie se propagea dans tout l’Archipel des Philippines, où, d’après le rapport du docteur Mac-Léod , il n’avait jamais régné, jusqu’alors, ni épidémie ni contagion.
» II® Aux Molluques, en 1828, par des bâtimens hollandais venant de Calcula.
» 12° A l’entrée des extrémités de l’Asie, dan» les îles d’Ormus et de Kishmé, à l’ouverture du golfe Persi que , à Mascale , à Bahreim, sur le littoral de l’Arabie ; enfin , à Bander- Aboushir , sur le littoral delà Perse, par des navires anglais venant deBombay; la maladie pénétra, en 1821, au moyen de ces importations maritimes , dan» la péninsule arabique , dans l’Irac-Arabie et ea Perse*
» De la Perse , la maladie a été communiquée à la flotille russe de la mer Caspienne, qui. la transmit à la population de la ville d’A»trakban, première du territoire européen que cette contagion ait désolée. »■
Enfin , c’est aussi par des navires de commerce et des bâtimens de guerre venant des lieux in^ fectés, et ces faits ont été bien constatés par le» autorités locales , qu’il a pénétré en Russie , 1° dans la ville de Nicolaïef, 2° de Kertz, 3° de Sabastopole d’Odessa, 4° dans les nombreuse» villes qui bordent le 'Wolgai.
Et c’est aussi de toutes ces villes ou ports de mer que le choléra s’est étendu sur le territoire russe , dans les contrées qui avaient le plus de relations avec les lieux infectés. Il existe , à cefe égard , des enquêtes les plus authentiques.
2° Importation par les caravanes.
Je transcris ici en entier cet article qui est du plus haut intérêt.
« 1° En 1821, le choléra, importé par les communications maritimes dans la ville populeuse et commercante de Bassorah , s’étendit bientôt à Bagdad sur le Tigre et à Anah sur l’Euphrate, en remontant ces deux fleuves avec les bateaux chargés des marchandises de l’Inde. La saison froide l'assoupit ; mais, en 1822, dès le commencement du printemps, il traversa, avec les caravanes , l’espace de deux cents lieues qui le séparaient de la Syrie; et, passant les vastes déserts gisant entre la Mésopotamie et l’Anti- Liban,il envahit successivement toutes les villes où les caravanes séjournent : Moussol,Merdine, Diarbékir, Orfa, Biri, Antab et Alep. M. Guys, consul de France en Syrie, d’accord avec la population de ces contrées, reconnaît que ce sont les caravanes qui l’ont importé, et que leur arrivée a coïncidé partout avec son apparition.
y> 2° Pendant la même année, le choléra, introduit dans le port de Bender-Abassi par les navires venant de Bombay, pénétra dans l’intérieur de la Perse avec les caravanes ; il suivit leurs
lignes de marchq à travers ce vaste pays , arrivant avec elles successivement à Schiras , Yerd , Ispahan, Cachan, Koras , Carbin et "fauris, et traversant ainsi l’immense espace qui sépare le golfe Persique de la mer Caspienne.
» 3° En 1828, la population d’Orenbourg et des environs fut attaquée, au milieu de l’automne, par le choléra pestilentiel, immédiatement aprèa l’arrivée d’une caravane de 35o chameaux , venant de la Haute-Asie, à travers les steppes d& la Tartarie. Le gouvernement russe reconnut que la maladie provenait de cette source, puisqu’il a ordonné, depuis cette irruption , que les caravanes seraient soumises à une quarantaine lorsqu’elles approchent de la frontière européenne, et que les marchandises qu’elles apportent seraient exposées à des fumigations dans de vastes tentes de feutre , préparées à cet effet.
» On ignore si , dans l’importation du choléra par les caravanes, ce sont les marchandises, les hommes ou les animanx servant au transport, qui conservent le germe de la maladie, pendant un voyage de deux à trois mois, à travers les steppes ou les déserts, et qui le transmettent à des populations éloignées de plusieurs centaines de lieues de celles d’où provient son infection.. Mais son importation par cette voie, quelles que les circonstances en puissent être, ne saurait être^
révoquée en doute ; et voici d’autres témoignages, qui en complètent la preuve.
» De 1822 à 1824» le choléra, introduit en Syrie par les caravanes , ravagea ce pays en suivant toutes les lignes de communication. En s’établissant en Judée et dans la province de Damas, il menaça de pénétrer bientôt en Egypte, au moyen de nombreuses relations de ces contrées avec elle , et par le chemin d’El-Arisch ou par les ports de Rosette et d’Alexandrie. Mais à cette époque, le vice-roi ayant consulté la France sur les dispositions qui pouvaient délivrer de la peste le pays soumis à son autorité, celte occasion permit au conseil supérieur de santé de lui adresser une instruction sur les moyens de prévenir l’introduction du choléra en Egypte. En conséquence, une surveillance sévère fut exercée sur les navires venant de la côte de Syrie et sur les caravanes arrivant par l’isthme de Suez. Ces mesures eurent un plein succès; et la maladie fut repoussée d’un pays où de nombreuses communications avec l’Europe la rendaient pour nous encore plus menaçante qu’elle n’avait pu le devenir dans les autres contrées du Levant.
» Un second exemple porte un témoignage bien plus direct encore.
» Lorsque, en 1821 , le choléra, introduit en Perse par les relations maritimes, fut propagé
dans rinlérieurdu pays par les caravanes, il parvint à peu de distance de Téhéran, qui est la résidence du Schah. Ce souverain, alarmé par son approche , consulta le docteur Martinengo , médecin piémontais , employé long-temps au service de la France, et il suivit sans hésitation le conseil qu’il en reçut, d’interdire aux caravanes l’entrée de sa capitale. On doit croire que ce fut à cette mesure que la population de Téhéran dut son salut, puisque toutes les villes qui rece-vaient les caravanes furent ravagées par la maladie, et qu’elle seule y échappa.
3® Importation par les corps d'armées,
n L’histoire du choléra pestilentiel, dans l’Indoustan, présente une multitude d’exemples de l’importation de la maladie d’un lieu à un autre par des corps d’armée en marche ; je pourrais en citer plus de quatre-vingts. Je me bornerai à quelques-uns d’entre eux, tirés des documens publiés par les bureaux médicaux de Calcuta , Madras et Bombay.
» 1® En i8i8, des troupes détachées de Madras, pour se joindre à celles du Bengale, qui faisaient le siège de la forteresse de Chanda, rencontrèrent le choléra dans un village près do Nagpore ; elles en furent soudainement attaquées,
et, dans leur retour à Madras, la plupart des lieux où elles séjournèrent furent infectés par la maladie, qui y fit périr une foule d’habilans.
» 2° Au mois de juillet de la même année, un corps de troupes, en parfaite santé, ayant traversé la ville de Delhi , alors ravagée par le choléra , fut atteint de ce fléau le surlendemain , en continuant sa marche; et il en communiqua le germe à un autre corps qui le joignit en chemin, et qui jusqu’alors ne l’avait point encore éprouvé. Tous les médecins de ces troupes demeurent convaincus que l’infection avait été transmise par cette jonction d’individus contaminés à d’autres bien portans.
» 3° Au mois de novembre, l’armée anglaise campée à Terayt, et dans un état de santé satisfaisant, reçut un détachement qui, au passage de la Jumna, avait été attaqué par le choléra; aussitôt cette maladie parut dans le camp , et y causa une grande mortalité.
» 4° 1819, une compagnie , qui avait déjà
perdu quelques hommes en route, arriva à Trichinopoly , dont les habitans n’avaient point encore été attaqués par le choléra. Immédiatement cette maladie se manifesta parmi eux , gagna les troupes de la garnison, et se répandit dans les environs.
» 5® Le i5® régiment d’infanterie indigène.
qui était infecté du choléra, s’étant mis eu marche pour Gooty, les villages par lesquels il passa furent, immédiatement après, désolés par ce fléau, dont jusqu’alors ils avaient été exempts.
» 6° Enfin, pour abréger la répétition du même fait , je rappellerai , d’après le docteur William Scott, que le choléra parut à Aurengabad et à Malligaum, après l’arrivée des troupes qui avaient quitté la ville de Jaulnah où régnait la maladie, et qui dans leur marche en avaient éprouvé les effets; qu’il éclata également à Secundrabad, après l’arrivée d’un détachement qui en avait souffert, et qui l’avait disséminé dans les villages sur son chemin; que Gooty n’en avait point eu d’exemples depuis six mois, lorsqu’un bataillon, qui en était atteint, vint y prendre poste, évènement qui fut suivi d’une grande mortalité ; enfin, que partout les corps de troupes en marche, arrivant dans les lieux infectés du choléra , en ont été attaqués le lendemain ou le surlendemain au plus tard ; et que ces mêmes corps, en proie aux désastres de la maladie, arrivant dans des villes et des villages où la santé publique était parfaite, ont aussitôt communiqué la contagion aux habitans et aux troupes soit britanniques, soit indigènes.
» 7° L’importation du choléra par les troupes russes dans la Podolie et la Volhynie et par
suite en Pologne, est, de tous les ëvènemeus semblables arrivés depuis 1817, celui qui menace d’être le plus funeste. Lorsque , au mois de septembre i83o, les provinces orientales du midi de la Russie furent envahies par la maladie, il existait , dans les gouvernemens de Koursk et de Kharkof, des troupes que l’on mit en mouvement à la fin de l'automne, et qui furent dirigées vers la Vistule. Le choléra se manifesta le long de leur ligne de marche , dans les villes et dans les villages, à Kief, Braslaf, Kamenetz, Zaslaf et Lutz , d’où il pénétra en Pologne par Lublin jusqu’à Varsovie , où la contagion éclata le 1 5 avril, à deux cents lieues de son point de départ , au passage du Dnieper.
4° Importation par les troupes de pèlerins et de fuyards,
r> On sait que les cérémonies de la religion braminique réunissent, dans l’Indoustan, à certaines époques, une foule immense, qui accourt de toutes parts en pèlerinage vers des lieux saints ou des pagodes renommées ; ces cérémonies ont fourni constamment au choléra pestilentiel l’occasion de se propager et d’étendre ses ravages.
» Le docteur Coates, dans une lettre au bureau médical de Bombay , rapporte qu’à Pundor-
pore, en 1818, lors de la grande fête de Jatra, la maladie éclata dans la multitude rassemblée dans ce lieu, et fit périr trois mille personnes en peu de jours. Les pèlerins la disséminèrent dans toutes les directions, en cherchant à retourner chez eux.
» En 1820, le roi de Siam, alarmé par l’irruption du choléra dans sa capitale, réunit la population sur le bord de la mer , afin de prononcer, dans une solennité religieuse, une sorte d’anathème et d’exorcisme contre la maladie. L’effet de ce rassemblement fut terrible; sept raille personnes périrent sur la place, et les fuyards répandirent la contagion dans toutes les provinces environnantes.
» En 1828, les fêtes du Mohourroum ayant amené à Bénarès une multitude d’indous , le choléra se manifesta parmi eux avec une extrême violence.il succomba, dans la ville, six mille pèlerins; et les routes, ainsi que les eaux du Gange furent couvertes de cadavres que dévoraient les oiseaux de proie. La terreur chassa de leurs maisons les hahitans de Bénarès, qui se répandirent dans les villages et y portèrent la maladie. L’irruption s’étendit à la plupart des lieux habités du Bengale.
» En 1827, un rassemblement, qu’on estime à cent cinquante mille individus , éprouva un
( ïQo )
pareil ddsastre dans tin village près de Bonrhampore. Au moment où la foule était la plus grande, dit un journal indou, un vent pestilentiel commença à souffler, et une multitude de personnes périrent sur le lieu; toute cette vaste population se dissipa comme par enchantement, fuyant de tous côtés, et abandonnant les marchandises de toute espèce qu’on avait apportées pour cette foire. La perte du commerce fut immense , et ne peut être évaluée.
5° Importation par des individus isolés,
« Dans un rapport au bureau médical de Bombay, le docteur Taylor affirme que le choléra fut introduit , pour la première fois , dans cetle grande ville, par un homme venant de Panwell , village situé de l’autre côté du détroit , et où régnait alors la contagion avec une extrême violence.
» Peu de jours après, au mois d’août i8i8, d’après le témoignage du docteur Jukes, le choléra fut importé dans l’île de Salsette par un détachement des troupes de Panwell, qui escortait un prisonnier. La maladie se répandit de proche en proche par suite do ces deux importations. Dansl’île de Bombay, elle atteignit 1 5,945 ha-
bilans, dont 2,43a succombèrent, ou plus cVun sixième (i)*
>» En 1818, dans le camp du lord Hastings , à Gorrouckpore , un Cipaye mourut du choléra. Cinq de ses camarades , qui n’avaient aucun symptôme de la maladie, furent employés à porter son corps à la sépulture. Tous furent atteints du mal , pendant la nuit suivante, et tous en moururent (2).
» Un Européen, ayant quitté Madras, où régnait le choléra, au mois d’octobre 18 18, il tomba malade en route , et fut amené à Saint-Thomasdu-Mont, où la contagion n’avait pas encore paru; il y mourut : le lendemain, sa femme succomba; deux jours après, le propriétaire de la maison éprouva le même sort ; au bout de deux autres jours , l’épouse de cet homme fut également attaquée du choléra; et les domestiques qui les servaient en furent atteints pareillement (3). Quand cette maladie, ajoute le docteur Scott , apparaît dans une rue, elle en envahit toutes les maisons; et, quand elle s’introduit dans une famille, elle assaille tous ses membres, les uns après les autres. Ceux qui assistent les malades sont
(1) Report of ihe medical board of Bombay.
(2) Report of the medical board of Calcuta , p. i3o.
(5) Report of the medical board oj Madras ^ p. 49«
atteints du mal, soit pendant la durée de leurs soins, soit immédiatement après. Par exemple, la femme d’un soldat est frappée du choléra , et meurt; son amie, qui l’avait secourue, est atteinte du même mal ; mais elle échappe , tandis que le mari de la défunte tombe malade à midi, et expire le soir. Dans les hôpitaux, les hommes attaqués d’autres maladies prennent bientôt le choléra, et notamment ceux couchés près des individus qui en sont infectés. Les domestiques, qui soignent leurs maîtres atteints de la maladie, l’éprouvent eux-mêmes fréquemment. Les médecins, toutes les personnes du service de santé y sont particulièrement exposés ; et il est arrivé , dans l’Inde , que le seul de tous les Européens d’une ville qui, dans une irruption meurtrière parmi les indigènes, se trouvait partager leur sort, était le médecin, dont ils avaient reçu l’assistance (i).
» Pendant l’invasion du choléra en Russie, plusieurs faits analogues ont été constatés. Le conseil médical de Pétersbourg fait connaître , dans son rapport officiel, dressé d’après les témoignages les plus authentiques, que la contagion fut importée à Moscou par un étudiant , qui avait été à Saratof, ville où le choléra régnait avec
(0 Docteur Scott.
violence depuis le milieu du mois d’août. Ce fut pareillement un Cosaque de l’une des stations militaires sur le Don qui, ayant été envoyé en mission à Donborska, sur le Volga, en rapporta le germe de la maladie à Katschalinskaya, d’où elle se répandit , en suivant les deux rives du Don , jusqu’à la mer d’Azof et en Crimée. Enfin , on a acquis la certitude que ce fut un individu venant de Nischnei-Novogorod, où le choléra faisait de grands ravages, qui l’introduisit , le septembre, dans la ville de Kazan.
» Ces témoignages affirmatifs peuvent être corroborés par des preuves négatives qui, dans la question de la contagion, sont singulièrement concluantes.
» Lorsqu’au mois de novembre 1822 Alep fut envahie par le choléra pestilentiel, M. de Lesseps, consul de France, se réfugia, avec tous les Francs qui voulurent l’accompagner, dans un jardin clos de murs et de fossés, et situé à peu de distance de la ville; il y demeura pendant toute l’irruption , soumettant ce qu’il recevait du dehors aux précautions usitées dans les lazarets. Quoiqu’il n’y eût pas moins de deux cents personnes ainsi séquestrées, et que leur constitution, leurs habitudes et leur origine fussent très-diverses, le choléra qui régnait autour d’elles , dans la ville et dans ses environs, n’en atteignit pas une seule.
» A la fin de Juin 1823, quand le même flëau décimait la population de Làtakié et les villages voisins, M. Guys , consul à Tripoli , se renferma pareillement dans son jardin; tous les u.utres Européens suivirent son exemple, et, en prenant contre le choléra les mêmes précautions qu’on emploie contre la peste, ils lui échappèrent -tous.
» L’usage de ce seul moyen suffit complètement pour préserver les Francs habitant plusieurs autres villes maritimes de la Syrie , quoiqu’ils vécussent au milieu des ravages de la maladie, qu’ils éprouvassent l’action de tous les agens du climat comme ceux qu’elle attaquait, et qu’il n’y eût aucune différence entre eux, autre que l’absence de toute communication avec des individus infectés.
» En 1S19, lorsque la frégate anglaisera Topaze ratroduisit le choléra pestilentiel à l’île de France, la maladie s’étendit bientôt du Port-Louis aux campagnes voisines , et progressivement dans les autres parties de la colonie. Mais toutefois, plusieurs habitations , entre autres celle de M. Chamaret de Chozal, l’une des plus considérables de l’île,n’en éprouvèrent aucune atteinte, leurs propriétaires ayant prescrit à tous ceux qui y demeuraient une rigoureuse séquestration , et cette mesure ayant été strictement exécutée.
n En 1820, une irruption du cholëra eut lien dans la ville de Manille , aux Philippines, et fît périr i5,oog habitans en quinze jours. Persuadés que la maladie se propageait par contagion , les capitaines de navires du commerce mouillés dans le port et dans la rade interdirent à leurs équipages toute communication avec la terre , et ils les préservèrènt ainsi de toute attaque du choléra. Le gouverneur de Cavité adopta la même mesure pour la population de cette ville , et il en obtint le même succès (i).
« En 1818, quand Vile de Bombay fut envahie par ce fléau , plusieurs villages que des préjugés de castes ou de sectes tenaient isolés du reste de la population demeurèrent intacts pendant quatre mois, tandis que les autres éprouvaient la plus terrible mortalité (2).
» Pendant l’irruption qui eut lieu en 1818, à Ellore, ville de la côte de Coromandel, dans la presqu’île de l’Inde, les détenus renfermés dans une prison environnée de très-hauts murs, échappèrent au choléra qui régnait autour d’eux (3).
En 1819, tandis que le choléra s’étendait, à l’île de France , de la population du Port-Louis
(1) Rapport officiel.
(2) Report of the medical board ef Bombay.
(3) Scott, p. 48.
à celle de toutes les campagnes de la colonie la maladie était concentrée à Tîle de Bourbon dans la ville de Saint-Denis , par une chaîne de postes qui, empêchant sa communication avec les autres parties de l’île, parvint à les préserver de l’infection (i).
» Enfin, l’année dernière, pendant l’immense irruption du choléra pestilentiel dans les provinces de l’empire russe, les autorités de la petite ville de Sarepta, située sur le Volga, à loo lieues d’Astrakhan, interdirent toute communication aux barques qui venaient de cette ville où la maladie faisait d’affreux ravages; elles défendirent pareillement aux rouliers venant de la foire de Nischnei-Novogorod, où la contagion se montra plus tard , de passer par la ville et de s’arrêter dans ses environs. Ces mesures , dit M le docteur Loder, suffirent pour préserver les habitans du choléra ; tandis que les villes situées sur le Volga, au-dessus et au-dessous de Sarepta, furent infectées par la maladie, et virent succomber une partie de leur population (2).
Ces faits sont tout-à-fait inconciliables avec l’idée d’une infection locale, d’une cause épidé-
(1) Rapport officiel.
(2) Mémoire de M. Loder, médecin de l’empereur de Russie, à Moscou,
inique ayant pour moteur l’air atmosphérique , puisqu’alors la maladie se gagnerait à distance; que des murs d’enceinte seraient impuissans pour l’arrêter; qu’au lieu de suivre les grands chemins, les voies de communication , elle suivrait la direction des vents; qu’elle se disséminerait rapidement dans toute une ville, dans tout un pays, au lieu de se propager successivement]d’une maison ou d’un quartier à l’autre , et de s’avancer lentement par des lignes itinéraires qui sont pré-* cisément celles que parcourt le plus fréquemment la population. Ces faits établissent, contradictoirement à l’opinion qui attribue la maladie à une cause épidémique résidant dans l’atmosphère :
» 1® Que le choléra pestilentiel provient d’un germe, d’un principe sui generis ;
» 2° Qu’il se transmet exclusivement par les communications avec les individus qui sont infectés de ce germe, et par l’usage des choses qui le recèlent;
» 3° Qu’il apparaît uniquement dans les lieux où s’opèrent ces communications;
» 4° Qu’il est importé d’un endroit à un autre par les bâtimens de guerre, les navires du commerce, les embarcations de passage, les caravanes, les rouliers, les corps d’armée, les troupes de pèlerins et de fuyards, et les individus isolés;
» 5® Qu’il se répand à bord des navires par
les rapports de leurs équipages avec des individus ou des choses qui en sont infectés, et qu’il est introduit par eux dans les ports de leurs relâches ou de leur destination ;
» 6" Qu’il s’étend des points du littoral infectés de cette manière, à travers l’intérieur des pays les plus vastes, suivant les hommes dans toutes' leurs communications, et se propageant avec une rapidité proportionnelle à l’activité des relations sociales;
» 7° Qu’il pénètre constamment dans une contrée par la partie de ses frontières qui est en rapport avec d’autres pays déjà infectés , et qu’il s’introduit dans une ville par les quartiers dont les habitans sont en rapport avec des lieux qu’il a déjà ravagés;
» 8° Que, pour en préserver un port, une ville frontière, il suffit de surveiller ou d’interdire l’arrivée des navires ou des voyageurs provenant des contrées où il règne ;
* 9° Que» pour en garantir une masse d’individus habitant une ville où il s’est introduit, il suffit de les séparer du reste de la population et d’empêcher qu’ils aient avec elle aucune communication ;
>* 10° Que l’air atmosphérique est tellement impuissant pour le propager à distance qu’une famille , une réunion de personnes peuvent vivre
avec sécurité au milieu de ses ravages, dans la ville , dans le pays où il cause la plus terrible mortalité, pourvu qu’elles soient séquestrées strictement avant d’avoir été exposées à son action et jusqu’au moment où elle a totalement cessé.
» D’où il suit que le choléra oriental se transmet et se propage , comme la peste , par les communications médiates ou immédiates avec les individus qui en sont infectés; ce qui constitue le caractère propre et essentiel des maladies contagieuses , et le fait différer entièrement des maladies épidémiques dont les causes résident dans> l’atmosphère. *
Mais un écrit qui n’est pas moins intéressant, sous tous les rapports , entre autres sous celui de la contagion, c’est l’ouvrage du professeur Delpech ( Elude du choléra-morbus en, Angleterreet en Ecosse, pendant les mois de janvier et de février 1882). Ce médecin, aussi laborieux que profondément instruit, dont tous les instaus sont consacrés à la recherche des vérités utiles qui peuvent agrandir le domaine de la médecine, étant, comme il le dit lui-même, dans le doute, relativement à la nature du choléra asiatique, et calculant toutes les conséquences qui devaient résulter pour l’humanité de la solution de cette importante question , n’a pas craint de se dévouer spontanément pour aller l’étudier dans les
îles britanniques , avant qu’il fît irruption en France.
Tout appelle l’attention dans cette production , qui est, à mon avis, une des meilleures monographies publiées sur le choléra indien. Exactitude dans l’observation, candeur dans l’exposition des faits, délicatesse impartiale et consciencieuse dans la recherche de la vérité; profondeur dans les vues et les inductions philosophiques; son ensemble , en un mot , quoique tracé rapidement et, en quelque sorte, à la barbe de l’ennemi, ne dément point la brillante réputation de son auteur ; et, lorsqu’on l’a lue attentivement, on n’est surpris que d’une chose , c’est qu’elle n’ait pas produit les importans résultats querauteur s’en était promis, et qui étaient bien dus à ses lumières et à son noble dévouement.
Au surplus , lorsqu’on réfléchit aux circonstances actuelles, il est facile d’expliquer cet évènement. Le professeur Delpech est arrivé d’Angleterre avec la profonde conviction que la maladie était contagieuse, et il a publié, à cet égard, franchement son opinion , motivée sur des faits irréfragables, de même que l’avait fait M. Moreau de Jonnès. Mais le moment n’est pas toujours opportun pour faire entendre la vérité, et il a rencontré, pour aborder au sanctuaire du pouvoir, des anli - contagioiiistes puissans, qui s’étaient