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CHAPITRE n

PREMIERE DIVISION DE LA DIVINE CONTEMPLATION

Nous divisons d'abord la divine contemplation en deux esp^ces, a savoir :

1° La Divine Contemplation comme elle se trouve en Dieu Lui-meme qui en est la premiere source ; 2° Comme elle decoule de Lui et se communique h. ses creatures raisonnables.

Dans une revue de mon livre sur la Vie Mystique, un critique s'etonne que j'y parle de la Divine Contemplation « comme elle se trouve en Dieu ». Mais, ne se tiouve-t-elle pas en effet en Dieu? La Divine Contemplation est la vie de Dieu.

LA CONTEMPLATION CHRETIENNIS La Divine Contemplation est le secret de la joie infinie de Dieu en Lui-m^me. C'est I'acte par lequel Dieu le P^re engendre ^ternellement son Divin Fils, et I'acte ulterieur (pour parler notre pauvre langage humain), par lequel, dans une extase d'amour mutuel, Dieu le P^re et Dieu le Fils respirent eternellement leur Saint Esprit d'amour.

En realite ces deux actes sont simultanes : I'acte par lequel nous concevons que Dieu est k la fois I'objet de sa contemplation et le sujet contemplateur, et celui par lequel II est en m6me temps I'objet de son amour et le sujet qui aime : actes necessairement et infiniment beatifiques, puisqu'ils se terrninent dans le bien absolu, saisi pleinement. La Divine Contemplation est done, — si j'ose me servir de ces expressions — la source essentielle des d^lices de Dieu, le riche festin servi a son Infinie Majesty, le torrent dc

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volupt6 auquel il s'abreuve sans cesse et qui ne s'epuisera jamais.

II est clair que Dieu eut pu se r^server a Lui seul ce banquet magnifique de sa Divine Contemplation. On ne saurait imaginer aucune creature possedant le droit inherent et la capacite natuielle de voir Dieu tel qu'il est et de jouir de Lui dans la vision beatifique. C'est par un pur effet de son infinie bont6 que Dieu a voulu faire partager son bonheur eternel a quelques-unes de ses creatures. A cette fin il composa I'univers, d'une variet6 quasi infinie de choses visibles et invisibles, et dans cet univers il pla^a les Anges d'abord, puis I'homme, et les eleva a Tetat surnaturel. Apr^s les avoir crees a son image et ressemblance, il les fit entrer par gr^ce en participation de sa nature divine, pour les acheminer vers le royaume de sa gloire oil il se montrera k eux face-^-face et leur fera part de ses ope-

La contemplation chrstienne

rations divines et de son bonheur ineffable.

Ainsi, Dieu qui est le bienheureux objet de son eternelle contemplation, d6couvre ce meme objet aux yeux ravis de ses 61us dans le ciel. Ces heureux enfants d'un Dieu qui est tout amour, sont assis k la m^me table que leur P^re Celeste ; ils sont nourris des memes mets que Lui, ils boivent au nleme torrent de delices. Le Psalmiste e^l^bre leur bonheur en ces termes : lis seront rassasies de Vahondance de ta maison, ils s'enivrefont au torrent de ta jilicite. (Ps. xv, 9.) II n'y a aucun danger, ni aucune possibilite qu'ils perdent jamais ce bonheur, ou qu'ils viennent k s'en lasser, car il est in^puisable et infini, tou jours nouveau et apportant avec soi des forces nouvelles pour rendre capable de supporter Tintensit6 de la jouissance.

Nous qui sommes encore sur la terre, 32 —

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sommes-nous prives de toute participation k ce banquet divin? Certes non. Nous avons I'inestimable privilege de pouvoir, si nous le voulons, recueillir et devorer les miettes qui tombent, pour ainsi dire, de la table de Dieu et des Bienheureux en paradis. Nous aussi, nous sommes appel^s a nous adonner a la Divine Contemplation, de la maniere qui convient a notre presente condition de voyageurs sur la terre d'exil, encore dans un etat d'epreuve avec toutes les suites du p^che originel, et ne marchant qu'a la lueur mi-obscure de la foi. II nous est donne de participer deja dans une certaine mesure k la connaissance de Dieu tel qu'Il est en Lui-meme et k son bienheureux amour. Tout ce que nous avons k faire est tout simplement de vouloir bien appliquer notre esprit k la consideration de cet objet, le plus aimable de tous, Dieu tel qu'Il nous est r^v^l^ par la foi, et d'ouvrir nos

Coiitemi)lation chretienne. — 3.

LA CONTEMPLATION CHRETIENNE coeurs aux saintes effusions de son amour.

Tous les hommes, sans exception, sont invites k ce festin, de meme que tous sont appeles k sauver leur ame. La salle du banquet, c'est I'Eglise Catholique.

Tous sont presses instamment de venjr y prendre place ; non seulement les riches et ceux qui sont dans I'opulence, je veux dire, les intellectuels, les personnes a I'esprit cultivd, orne, mais aussi bien les pauvres, les mendiants, les estropies, c'est-^-dire les esprits sans culture, sans Jettres, sans education, les tout jeunes, les ignorants et enfin ni6me les pecheurs, si du moins ils sont resolus de quitter leur peche. La Sagesse s'est kdti une maison, supportee par sept cotonnes qu*elle a tailUes de sqs propres mains, EUe a envoy d ses servantes a la cHadelle et aux murs de la cite pour inviter les hommes et leur dire : Quiconque est petit qu'il vienne a moi. Elle s'udresse

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a rinsense et lui dit : Viens, nourris-toi du pain que j'ai peiri pour toi, hois mon vin. {Prov., ix, 1-5.) — Pressez-les, et pour ainsi dire jorcez-les d'entrer afin que ma maison se remplisse, dit I'hote divin, Notre-Seigneur lui-meme, en saint Luc.

(Ch. XIV, 23.) Une douce violence est faite a tcus les hommes pour les faire prendre place a la table de Dieu et niangfer et boire les bonnes choses qu'Il leur a preparees ; c'est-a-dire que chacun est presse vivement de s'adonner a I'exercice de la sainte contemplation, de considerer avec amour les mysteres de Dieu et de Notre-Seigneur Jesus-Christ, u La grace de la contemplation » dit saint Gregoirc-le-Grand, « n'est pas une grace reservee a ceux qui sont haut places, et refusee a leurs inferieurs, mais souyent les plus petits la re^oivent tout comma les plus grands ; elle se trouve plus frequemment chez ceux qui vivent dans la

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retraite ; cependant on la rencontre parfois jusque parmi les personnes marines II n'y a aucun rang, ni aucun ^tat des fiddles d'ou soit exclue la grace de la contemplation. » (In Ezech. L. ii. Horn.

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